Traduit par Bernadette Cosyn

On recherche : les bons types

par Elizabeth A. Mitchell

lundi 10 juin 2019

Alors que je lisais récemment « La guerre de Troie » avec ma classe, une main s’est levée au fond de la salle. L’élève voulait désespérément savoir : « qui sont les bons ? » Le fil conducteur du bien et du mal, du juste et de l’injuste, a été perdu dans la confusion et la machination, les complots et la perfidie et dans les luttes entre l’immortel et le mortel, entre les forts et les faibles. Savoir qui était en train de gagner n’importait pas pour ce jeune homme. Savoir qui se tenait dans le droit et l’honneur était ce qui fortifiait son cœur. Il voulait savoir : « de quel côté dois-je me battre ? où dois-je m’engager ? »

Dans cet appel à la clarté, j’ai vu une nouvelle fois combien le cœur humain a un besoin inné de savoir qui sont les bons. Cela aide à nous garder des bases. Cela nous fortifie. Nous pouvons endurer la souffrance si nous reconnaissons les forces du bien, pourquoi elles se battent et le socle moral sur lequel elles se tiennent ou tombent.

Quand Sir Ernest Shackleton a embarqué pour son expédition impériale trans-antarctique, il a fait paraître une annonce dans le London Times : « On recherche des hommes pour un voyage dangereux. Faible salaire, froid extrême, longues heures de complète obscurité, danger constant, retour sain et sauf non garanti. Honneur et reconnaissance en cas de succès. »

Plus de 5 000 ont postulé.

La même annonce a été passée par le Saint-Esprit de nos jours, et la même réponse est en train d’affluer. Nous avons seulement besoin de le reconnaître.

Tout au long de l’histoire, et pas moins maintenant, les bons ont souvent été peu nombreux, ou cachés, ou apparemment vaincus. Ils ont réfléchi aux implications d’un refus de serment et ont choisi d’être d’abord serviteurs de Dieu. Ils sont allés se cacher dans un grenier d’Amsterdam et ont gardé l’espoir vivant dans un cahier. Ils ont laissé leur sang sur le sol des églises au Sri Lanka le matin de Pâques et ont témoigné de la Résurrection. Leur retour sain et sauf n’était pas garanti. Ils ont perdu et ont été réduits au silence. Enfin c’est ce qu’il semble parfois.

Durant la Deuxième Guerre Mondiale, un appel a été lancé pour que les écrivains conservent les journaux et les journaux intimes. C’était un effort conscient pour sauvegarder le témoignage des ces combats sur des champs de bataille non conventionnels : distribuer des provisions en bicyclette, cacher des familles dans des cours de ferme et chuchoter des informations derrière les lignes ennemies. Nous avons connaissance de ces chics types parce que nous avons leurs histoires.

Qu’en serait-il si Saint Thomas More avait résumé ses pensées quand il a réfléchi à son chemin vers le martyre ? Qu’en serait-il si le journal intime d’une enfant de Mossoul avait révélé son espoir rebelle ?

La vérité, et les chics types qui la sauvegardent et la défendent même au prix de leur vie, sont plus que jamais nécessaires. Dans la bataille actuelle entre le bien et le mal, les lignes de front sont souvent dangereusement brouillées. Les puissants ont de l’influence, ils falsifient la vérité en faisant de l’obstruction et la voie morale est abandonnée comme relique d’un passé rétrograde.

Et parfois, ceux que nous jugeons les bons types s’avèrent être des escrocs. Ils trahissent notre confiance, infligeant de profondes blessures.

Mais la clarté du bien moral a un pouvoir ultime et durable qui ne peut pas être réduit au silence. L’existence du bien est en soi une réponse au mal.

Vous devenez un chic type dans les actions silencieuses et régulière de la vie de tous les jours ou dans ses moments les plus dramatiques. Quand Todd Beamer a pris le vol United Flight 93 le 11 septembre, il emportait avec lui foi, courage et principes. Dieu l’avait choisi pour ce vol parce qu’Il avait besoin d’un chic type. Todd a conduit les passagers contre les terroristes avec le « Notre Père » et un « on y va ».

L’existence même de chics types dans l’Eglise actuelle préserve notre patrimoine sacré : les traditions spirituelles, doctrinales et morales transmises par Dieu à travers les âges par l’entremise des esprits et des cœurs de chics types qui ont résisté aux attaques contre la vérité en vue de nous fortifier pour ce qui va venir, pour ce que nous sommes appelés à supporter.

Ils réfléchissent aux conséquences de corriger l’erreur dans des pièces lambrissées de rouge en aval du Tibre à Rome. Ils peuvent recevoir une correction parce qu’ils ont vu le mal derrière des portes closes et ont refusé de consentir aux avantages d’un étouffement de l’affaire. Ils sont réduits au silence, isolés dans une cellule à Melbourne, et sont témoins chaque jour de la Crucifixion vécue.

L’appel est un privilège. Rentrer sain et sauf est incertain.

Les hommes de Shackleton n’ont jamais atteint leur destination. Ils ont perdu leur navire, l’Endurance, et ont dépéri loin des côtes de l’Antarctique dans ce qui semblait l’étau sans fin des éléments. Mais cette expédition ratée est connue comme l’un des plus grands triomphes de l’esprit humain. Shackleton est rentré avec tous ses hommes vivants, tirant sa force sans aucun doute de la devise de sa famille : « nous conquérons par notre endurance ».

Dans un message radiodiffusé de 1969, Joseph Ratzinger prédisait : « l’Eglise de demain émergera de la crise actuelle... la véritable crise a à peine commencé. Nous devrons compter sur de terribles bouleversements. Mais je suis également certain de ce qui restera à la fin... l’Eglise de la foi... Elle jouira d’une fraîche floraison... où l’homme trouvera vie et espérance au-delà de la mort. »

Il peut bien y avoir de longues heures d’obscurité devant nous, nous sommes assurés de la victoire finale. Les dieux sur des chars avec des éclairs dans leurs arsenaux n’auront jamais le dernier mot. Le Dieu d’Israël, qui parle dans le silence à l’âme des fidèles, a toujours le dernier mot.

On recherche : les bons.

Ne sous-estimez pas combien il est nécessaire que vous répondiez à l’appel.

Elizabeth A. Mitchell, a reçu son doctorat de Communications Sociales de l’Université Pontificale de la Sainte-Croix à Rome où elle a travaillé comme traductrice pour l’office de presse du Saint-Siège et l’Osservatore Romano. Elle écrit depuis le Wisconsin où est doyenne pour les élèves de Trinity Academy, une école catholique privée.

Illustration : « Sir Ernest Henry Shackleton » par Reginald Grenville Eves, 1921 [National Portrait Gallery, Londres]

Source : https://www.thecatholicthing.org/2019/06/08/wanted-the-good-guys/

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