On arrête tout et on réfléchit

par Gérard Leclerc

mardi 24 mars 2020

En dépit de la gravité de l’heure, si nous renoncions un instant à être sérieux ! Entendons-nous… il y a différentes façons de décliner ce terme de sérieux et l’on pourrait recourir à la philosophie pour mieux cerner le concept. Contentons-nous d’évoquer, pour le rejeter, cet esprit de sérieux qui enferme dans un morne conformisme, par refus de se remettre en question et de remettre en question le monde tel qu’il va. Mais justement, le monde tel qu’il va vient de s’arrêter brusquement. La fébrilité a quitté nos rues en même temps que toute agitation, comme pour défier ce qui est le moteur de notre civilisation technique. Pour qualifier la supériorité des États-unis, c’est à cette image de la fébrilité des rues que l’on a eu parfois recours. L’Américain ce n’est pas l’homme tranquille, c’est l’homme pressé. Mais voilà que l’homme pressé est contraint de s’arrêter, de s’immobiliser. Ce n’est pas drôle, ça ne donne pas envie de rire. Pas seulement parce qu’il y a cette affreuse pandémie mais parce que toute l’activité économique s’est arrêtée.

Justement, et si nous prenions le parti des gens pas sérieux, c’est-à-dire des personnes qui trouvent quelque avantage à cet arrêt de l’activité, parce qu’il donne l’occasion de réfléchir à frais nouveau. Cela rappelle des souvenirs, pour qui a connu les folies qui ont entouré Mai 68. Gébé, un dessinateur satirique publiait L’an 01, qui va devenir un film au succès étonnant, fondé sur la pure imagination utopique. Et si on arrêtait tout, et si l’on recommençait à zéro. « On arrête tout, on réfléchit, et c’est pas triste. » Cela ne va pas durer longtemps. L’esprit de sérieux ne tardera pas à reprendre le dessus et les militants utopistes des années soixante ne tarderont pas à rejoindre l’appareil de production dont ils seront les agents très efficaces.

Mais aujourd’hui que l’utopie de Gébé se trouve momentanément réalisée, que l’on a tout arrêté, ne pourrait-on pas réfléchir à la possibilité d’un redémarrage qui tiendrait compte de ce qui ne marchait pas dans notre système avec la ferme résolution d’y porter remède. Quelqu’un d’aussi sensé qu’Hubert Védrine, notre ancien ministre des Affaires étrangères, rentre tout à fait dans ce pari : « Il faut procéder à une évaluation implacable de tout ce qui doit être corrigé ou abandonné au niveau international, européen, national, scientifique, administratif, collectif et personnel » Le Figaro, 23 mars). Concrètement, il faudra écologiser complètement notre système de production et cela nous mènera à une mutation totale en dix ou quinze ans. Ne pas être sérieux aujourd’hui, ne serait-ce pas la seule façon d’être sérieux ?

Chronique diffusée sur Radio Notre-Dame le 24 mars 2020.

Messages

  • Arrêter tout et réfléchir dit le chroniqueur du jour.

    Réfléchir après la pandémie et agir dans l’urgence disent les professionnels de santé.
    Oui il le faudra sans doute, et c’est peu dire de penser que les sanitaires, les politiques, les familles humanitaires, les écologistes, les économistes, les éducateurs et enseignants de l’université se priveront de le faire, le moment venu. L’heure n’étant pas à la polémique de savoir qui est le coupable ailleurs, et chez nous "du retard à l’allumage" dans un grand pays et un continent développé comme le nôtre.

    Mettre à plat le contenu des savoirs universitaires et sanitaires devant une pandémie si peu préparée et conduite dans la presse devant le risque de mort généralisé à l’humanité entière.

    Oser parler d’urgence humanitaire internationale après la première défense du sanitaire qui enflamme l’unité nationale en chaque pays dans le monde.
    On le voit d’expérience les urgences sanitaires du passé au nombre de cinq, depuis le temps de l’
    Algérie plusieurs fois de 1955 à 1962, de la rébellion dans les banlieues parisiennes, en Nouvelle Calédonie, puis encore en mars 2020 pour notre présent, ne sont plus de même origine.

    Politique, puis médicale, en alternance, et jamais identiques, les urgences reviennent mais celle que nous traversons est unique dans son genre, comme rapporté par des experts.

    Une page se tourne grandeur nature.
    On écoute moins les prophéties des réseaux sociaux et livre les actualités quotidiennes des pontes de la médecine en acte.

    La presse se tait dans ses colonnes si fournies de commentaires libres et personnels.

    La parole des experts tient le devant de la scène, des écrans, et des radios.

    La réalité dépasse les fictions de films d’épouvante qui distraient l’imaginaire mais ne réjouissent le profil hors sol de la vérité objective du moment.

    Il se passe quelque chose de totalement inédit, inattendu, impalpable et factuel.

    Qu’en ferons-nous par la suite.
    Les guerres du passé, de gouvernance et de prise de pouvoir des Etats et des Nations n’ont que peu de prise sur une telle calamité sanitaire.
    Il faudra en convenir, ensemble, quelles que soient nos prismes d’intelligence partisane et idéologiques probables.
    Un sursaut spirituel peut voir le jour, après l’horreur de ces morts d’innocents,

    L’expérience des temps du passé d’après, pourront inscrire notre perception de la vérité dans un environnement revu et corrigé de nos conduites irrationnelles.

    Accepterons-nous de le faire, juste après l’hécatombe qui se dévoile chaque jour, en chaque continent, et chaque jour que l’Eternel nous laisse libre de réfléchir pour notre propre destin, et l’avenir qui s’écrit tristement dans les chiffres ajoutés des jours mémorables de ce mois de mars 2020 !

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