Objection de conscience

par Aymeric Pourbaix

mercredi 13 octobre 2021

Pour Alexandre Soljenitsyne, une «  maladie analogue  » prospérait de chaque côté du Mur.
© Evstafiev / CC by-sa

Ramenée sur le devant de la scène politique à l’occasion de la pré-campagne présidentielle, une proposition de loi de députés de gauche envisage de supprimer la clause de conscience pour les médecins qui refusent de pratiquer un avortement. Autre exemple : en Belgique, depuis le vote de la loi autorisant l’euthanasie il y a 21 ans, ce qui était interdit est désormais devenu obligatoire pour les médecins, l’objection de conscience étant dès lors considérée comme une obstruction inacceptable.

Illustrations, parmi d’autres, des dérives d’une société où il n’existe plus de soubassement moral commun. C’est ce que le cardinal Ratzinger avait appelé la «  dictature du relativisme  », c’est-à-dire une idéologie «  qui ne reconnaît rien comme définitif et qui donne comme mesure ultime uniquement son propre ego et ses désirs  ». Hélas, les chrétiens n’en sont pas indemnes, soulignait-il, victimes des courants de pensée et des «  modes  » idéologiques les plus néfastes au cours des dernières décennies.

Pourtant, en 1917 déjà, la Sainte Vierge Marie à Fatima avait prévenu : si le monde ne renonce pas à la folie d’une vie sans Dieu, «  la Russie [c’est-à-dire le matérialisme athée] répandra ses erreurs sur le monde  ». Certes, le mur de Berlin est tombé, mais sommes-nous certains que ses méfaits aient totalement disparu de nos esprits ? Le consumérisme et le relativisme qui l’accompagne ne s’appuient-ils pas sur les mêmes fondements, déguisés sous d’autres oripeaux ?

C’était le constat dressé par Alexandre Soljénitsyne, lorsqu’il affirmait en 1978 : «  À l’Est, c’est la foire du Parti qui foule aux pieds [la vie intérieure], à l’Ouest, c’est la foire du Commerce.  » Mais pour l’auteur de L’Archipel du goulag – qui savait de quoi il parlait –, c’était une «  maladie analogue  » qui prospérait de chaque côté du Mur. De ce côté-ci, avons-nous trouvé les anticorps ? Rien n’est moins sûr. Sans doute parce que le virus nous a été inoculé plus subtilement…

Ces anticorps, il faut donc les chercher chez ceux qui, tel l’écrivain russe, ont résisté dans le sanctuaire inviolable de leur conscience. Et qui ont parfois obtenu de faire dérailler la machine totalitaire. En affirmant contre vents et marées les valeurs humaines et éternelles auxquelles ils croyaient.

Un humanisme où le mal est nié

Pour Soljénistyne, le point de départ de ces fléaux a été une «  conception humaniste  » qui nie l’existence du mal dans l’homme, et considère avec Rousseau que c’est la société qui pervertit l’homme, et pas l’inverse. Il suffirait donc de la changer – ce qu’ont tenté toutes les entreprises totalitaires depuis la Révolution française. Sauf qu’à nier le mal à l’intérieur même de l’être humain, et à vouloir le réformer par ses propres forces, l’homme se prive de la possibilité d’une rédemption par un autre que lui-même, bien plus puissant car divin. Sans doute faut-il plutôt commencer par se mettre à genoux, pour retrouver une juste perception de ce qu’est l’homme, ni ange ni bête, mais capable du meilleur comme du pire… Et implorer la miséricorde de Dieu, seule capable de lutter efficacement contre le mal et son origine diabolique ! Là se trouve un fondement solide pour le bien de tous.

Messages

  • La liberté de conscience laisse penser que la conscience individuelle existe et rend possible l’expression personnelle de la liberté.

    Il est une forme plurielle de cette liberté dans le sens du secret, de la confidentialité et du devoir de réserve que moulte professions ou missions de secret exercent pour le bien commun d’une société sans laquelle la vie deviendrait une jungle, et les rapports entre les individus une foire d’empoigne infinie.

    Le secret, a perdu de son essence même, devenu tabou ou déclassé, comme une conduite morale nécessaire pour le vivre ensemble.

    Les diffusions sans contrainte des informations les plus cruelles et les plus primitives dans des poches incontrôlables de l’information massifient le faux du vrai, le relatif du possible, le rapporté de l’exactitude des sources obtenues sans filtre, sans réserve.

    Une communauté humaine où le secret médical, le devoir de réserve de l’homme de loi retenu par le droit de se taire, et de se protéger de l’intox, de ces fausses vérités qui pullulent, est exposée au délire du mensonge.

    A-t-on renoncé sciemment aux risques engagés hors de toute conscience de quelque vérité souveraine, aux déviations de ce qui peut être dit, de ce qui ne doit être rapporté, de ce qui est en attente de jugement des hommes, et d’une justice en quête de sens d’objectivité ?

    La supercherie et la propagation d’informations erronées, calculées et distillées sans vergogne donne particulièrement en ce temps d’incertitude politique universelle, une dimension redoutable aux auteurs de ces domaines de propagande viciée, perverse et sans limite.

    Se réclamer de la liberté de conscience est devenu un exercice du" surhomme quotidien", pour ceux qui continuent à croire que le meilleur des mondes est encore possible, dans un déballage d’impuretés polluées du commerce des imposteurs.

    Il est devenu quasi banal de penser que le fossé des uns et des autres empruntent des voies parallèles sur des sujets majeurs de la vérité humaine.
    On obtient dans le pour et le contre des résultats diamétralement hostiles sur des thèmes fondamentaux comme la définition de ce qu’est l’humanité, de ce que propose la spiritualité, si par oubli de penser par soi même le destin d’une vie, si on laisse des tiers aux intentions contestables, décider à notre place !
    Liberté de conscience, celle de croire, de penser, d’exister sont l’apanage des pensants, et des gens libres de le faire.
    Plus difficile de le vivre que de pouvoir le déclarer, sans quérir des limites possibles face à l’abysse des risques de s’en dédouaner et d’en payer le prix coûtant du renoncement !

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