ENTRETIEN AVEC RICHARD BASTIEN

Nourrir sa foi au temps de la sécularisation

propos recueillis par Gérard Leclerc

mardi 11 décembre 2018

Originaire du Québec, Richard Bastien est journaliste, économiste et ancien haut fonctionnaire. Membre fondateur de la revue Égards, il publie Cinq défenseurs de la foi et de la raison (éd. Salvator). Cinq écrivains, anglophones, mais qui nous sont singulièrement proches. Chacune de leurs œuvres apporte une lumière précieuse pour aujourd’hui.

Les cinq auteurs que vous évoquez dans votre livre sont issus de la culture protestante, et se sont tous, sauf un, convertis à la foi catholique. En quoi cette démarche est-elle significative ?

Richard Bastien : Il y a un paradoxe. Les plus grands apologètes catholiques du XXe siècle sont, presque tous, des convertis du protestantisme. Je mentionne ceux-là mais il y en a d’autres : Scott Hahn, un Américain converti du mouvement évangélique, qui publie beaucoup et est une des forces de frappe du catholicisme américain. Richard Neuhaus, fondateur de la revue First Things, converti du luthéranisme.

Selon vous, le fait de provenir de cette culture protestante sensibilise aux grandes questions d’aujourd’hui. Notamment d’ordre anthropologique…

Ces auteurs nés dans une culture protestante ont en effet cherché à réfléchir sur celle-ci, et se sont aperçu qu’il y avait des lacunes graves. Ils ont alors posé la question de la nature humaine et de ce qu’est l’homme.
En approfondissant leur recherche, ils se sont rapprochés du catholicisme. Ils y ont adhéré, parfois à grand prix. Imaginez celui que Newman a payé pour devenir catholique. Chesterton aussi, dans une moindre mesure car il avait déjà une grande réputation. Mais son hebdomadaire G.K.’s Weekly avait besoin d’être constamment renfloué. Quand le journal était dans une situation financière précaire, il faisait venir sa secrétaire et il lui disait : «  Le temps est venu d’un autre Father Brown  », du nom de sa série de romans policiers à succès. C’était un génie. Le plus grand hommage rendu à Chesterton vient du philosophe Étienne Gilson, qui le considère comme un des plus grands penseurs de tous les temps. Quand on lit sa biographie de saint Thomas d’Aquin, c’est lumineux, et plein d’humour en plus !

Selon un universitaire de la Sorbonne, Jean-François Braunstein [1], la philosophie est devenue folle à travers trois thèmes : le gender, le refus de la question animal/humanité, et la mort, avec l’obsession de l’euthanasie. Et à chaque fois on retrouve un nom : Peter Singer…

Singer [universitaire d’origine australienne favorable à l’avortement et pour qui la barrière des espèces n’existe pas NDLR] est le philosophe le plus en vogue aux États-Unis à l’heure actuelle. C’est un homme malhonnête qui n’est malheureusement pas dénoncé. C’est l’anti C-S. Lewis, qui lui avait vu par avance la progression de ces idées-là. Lewis est un vrai prophète. Chesterton aussi, mais il en parle moins, car il est mort en 1936. Il n’a pas vu la Seconde Guerre mondiale et ses horreurs, contrairement à Lewis.

Retrouver l’intégralité de l’entretien dans notre magazine.

— 

Richard Bastien, Cinq défenseurs de la foi et de la raison, Salvator, 200 p., 20 €.


[1Jean-François Braunstein, La philosophie devenue folle. Le genre, l’animal, la mort, Grasset, 400 p., 20,90 €.

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