Notre cher célibat

par le père Francis Volle, cpcr

vendredi 24 février 2017

Lorsqu’un prêtre de l’Église catholique de rite latin renonce, pour se marier, à la promesse de célibat qu’il a assumée lors de son ordination, c’est un affaissement d’autant de la voix prophétique de son Église. Cette grande voix répercute dans sa discipline celle de Jésus lorsqu’il définit la nature de la vie paradisiaque des élus. Par un biais, elle est comme celle des anges. On n’y prend ni femme ni mari : «  Neque nubent neque nubentur  » Mt.22,30.

Si des hommes ont été mariés avant leur ordination – ce qui n’est pas plus exclus chez nous que chez les orthodoxes – ils le restent, certes, sans se couper de leur famille mais le fait qu’ils ne puissent, en cas de veuvage, convoler nouvellement est déjà assez significatif de l’orientation fondamentale d’éternité. Mais l’est bien davantage le célibat qui dit «  ciel  » dans son étymologie même.

Cette voix prophétique qui est celle des moines, religieux, religieuses et assimilés dans leurs vœux de chasteté est perçue plus fortement dans le cadre du sacerdoce. Sans doute à cause du lien singulier du sacrement avec l’Eucharistie, la Messe, mais aussi parce qu’associée manifestement d’entrée de jeu à une structure, choisie, vécue dans l’amour. Qu’un homme comme Jean Vanier, par exemple, déclare avoir choisi pour lui le célibat, on dira que «  c’est son affaire  », mais qu’il soit voulu en cadre juridique c’est beaucoup plus éloquent. Une défection est alors perçue par les pieux fidèles un peu comme une secousse sismique, surtout s’il s’agit d’un porteur mêlé à la vie du monde par son ministère.

Cette grande voix prophétique de l’Église latine dérange évidemment ceux pour qui la perspective d’une vie sans activité sexuelle est dépourvue d’intérêt («  Si c’est ça votre Paradis, gardez-le pour vous ! »), mais elle dérange ou plutôt contrarie surtout le diable. C’est sa défaite brutale dans l’homme, lui qui, en tant qu’esprit, n’a pas eu à mener le combat de la chair.

Aussi bien, s’efforce-t-il de l’étouffer par ses manœuvres. C’est particulièrement palpable dans les mesures anticléricales d’un gouvernement qu’il inspirerait. Tel celui de notre Révolution française ou celle d’un gouvernement à la Plutarque Elias Calles dans le Mexique des années1925. Les moines, on les met à la porte car ils ne servent à rien, mais les curés –pour un temps au moins, tant que les paroissiens les réclament –, pour eux, rien de plus important, de plus pressé que de les marier. Après, ils pourront célébrer toutes les messes qu’ils voudront !

L’actualité nous oblige à voir sous cet angle certaines ruptures, sous quelque enveloppement de joliesse qu’on nous les présente éventuellement. C’est en réalité le flanc blessé de Jésus, ou un bâillon si on veut maintenir l’image de départ.

Messages

  • Cet éditorial est un peu long, mais je ne peux pas me taire. En effet, notre diocèse vient de vivre une tempête, largement relayée par les médias, avec le départ du sacerdoce d’un prêtre charismatique, le Père DG, qui était curé de la paroisse Sainte-Blandine. Il n’est pas possible de passer cela sous silence.

    http://www.laredemption-stjoseph.fr/actualites/edito-du-26-fevrier-2017

  • Le Père David Gréa n’est ni le premier ni le dernier à renoncer au sacerdoce pour cause de relation conjugale. Apparemment ça ne lui inspire pas beaucoup de problèmes de conscience.

    Je veux bien qu’on mette sur le compte du diable la tentation de surpuissance à laquelle l’utilisation habile des médias modernes peut soumettre certains clercs comme d’ailleurs certains laïcs. En son temps, Mgr Gaillot en a lui aussi été victime : on aurait dit un papillon de nuit attiré par les projecteurs.

    Encore un bon exemple non ’"glorious" nous invitant à nous méfier des "gourous" en Eglise, je veux dire de ceux qui se mettent en réalité à leur compte avec leur charisme propre...

    Mais je ne vois pas trop ce que vient faire le rappel de la révolution française dans toute cette histoire.

    Même si elle s’est déroulée dans des conditions douloureuses et conflictuelles, la fin du pouvoir politique de l’Eglise en tant qu’institution d’Ancien Régime en France de 1791 (constitution civile du clergé) à 1905 n’a rien eu de diabolique mais au contraire fut libératrice puisqu’elle a contraint l’Eglise à se recentrer sur sa mission spirituelle : ce furent les conciles Vatican I puis II.

    Cela dit, entre des curés qui se prennent pour des vedettes et qui finissent comme des vedettes, et des évêques à la communication inexistante, on aimerait bien que l’Eglise trouve un équilibre sain dans son approche des médias...

  • Parlant de cette affaire avec des amis j’ai été frappé par une observation pertinente d’une jeune femme : "mais enfin, la personne avec laquelle ce médiatique prêtre lyonnais a décidé de "construire" sa vie se rend elle compte de la gravité d’une telle histoire car un prêtre, c’est une personne sacrée !". Réfléchissant à cette observation que d’aucuns pourront qualifier de passéiste il me semblerait utile de rappeler que la nature du sacerdoce des prêtres devrait être considérée avec "tremblement" par celles qui seraient tentées de s’engager dans une telle construction.

    • Oui, certes.

      Mais au risque de surprendre, je serai plutôt d’avis que ce danger n’est pas le propre du célibat...

      Il y a certainement des prêtres (jeunes, plutôt) qui prennent de grands risques en se laissant serrer d’un peu trop près par un entourage de "philothées" ou par une philothée plus entreprenante...Gare au pèlerinage qui finit mal...

      Mais qui ne connaît pas d’homme marié, même catho, avec femme et enfants, qui a fini par partir avec sa secrétaire ou une collaboratrice après avoir déraillé au cours d’un séminaire à l’étranger...?

      Et s’il fallait qu’on parle de "tempête" chaque fois qu’un couple catho a le malheur de divorcer...

      Donc, la question me semble plutôt être celle de la fidélité au sacrement reçu, à l’engagement, et la façon dont on doit protéger la fragilité humaine, sa propre fragilité. Le prêtre n’est pas plus fragile ou plus solide qu’un autre. C’est un homme comme les autres avec une vocation particulière.

      A mon avis, la bonne réponse ne consiste pas à mettre le prêtre sur un piédestal ou à le traiter avec tremblement comme un être à part mais au contraire à veiller à ce qu’il ait de saines conditions de vie pour son sacerdoce : pas d’isolement, d’où l’importance que peut avoir une vie en communauté fraternelle, et pas de proximités à risques, dont lui-même peut ne pas avoir conscience aussi vite que des tiers fraternels et attentifs (ce qui suppose que le prêtre accepte d’entendre une parole de confrère ou d’ami laïc, si possible "viri probati", capable de lui dire dans l’intimité d’un échange : "attention, padre, tu te mets en danger").

      Déjà, un prêtre qui fait son show en église au lieu de montrer le Christ se met en danger parce que l’ego prend le dessus. Les vidéos de "David" qu’on trouve sur internet, de ce point de vue, peuvent amener à s’interroger...Je ne vois pas un prêtre mais une vedette locale.

      Je pense qu’on doit d’autant plus veiller à ce genre de dérapage qu’on a un peu trop tendance à aduler les jeunes prêtres devenus rares dans certains diocèses (ces dames aussi, surtout s’ils ont "du char(is)me") . Ce n’est pas leur rendre service. L’esprit peut être parfaitement rayonnant mais la chair est faible...et le Malin en embuscade.

    • Que des hommes mariés quittent épouse et enfants pour "refaire leur vie", que des prêtres renoncent à leur voeu de célibat pour se marier sont des choses qui arrivent et qui arriveront encore. S’il ne s’agit pas de faire une "tempête" chaque fois qu’un catholique divorce et qu’un prêtre catholique latin rend sa soutane, il ne s’agit pas non plus de traiter ces questions douloureuses comme des fatalités au risque de les banaliser. Marié et prêtre sont des hommes avec leurs qualités et leur faiblesses, sauf qu’au delà de l’individu ce qui est en cause c’est la responsabilité de l’engagement. L’homme marié à charge de famille sur tous les plans, et le prêtre a charge d’êtres, corps et âmes.
      "No man is an island" ("Aucun homme n’est une île") est la phrase d’un écrivain anglais qui exprime le mieux, peut-être, ces situations.

      Bien des opinions ont été données sur le cas David Gréa mais, ici, c’est la lettre à ses paroissiens qui me pose problème. Sans porter aucun jugement sur sa décision, sa personne, ses motivations, c’est le contenu et le "ton" de cette lettre qui ont provoqué un sentiment d’"inconfort", comme une gêne. Peut-être plus que l’événement, la lettre de D. Gréa a son importance :

      - le premier paragraphe est une description du progrès accompli, "ensemble" avec les fidèles, "d’adopter un langage accessible...
      permettre à de nombreuses personnes de revenir à l’Eglise... entendre l’Evangile d’une manière fraîche... développer une louange vivante...".
      Serait-il disproportionné de voir dans ce passage comme un bilan tout ce qu’il y a de plus positif du ministère de 6 ans déployé à l’attention des citoyens de France et de Navarre. Simple constat : on dirait quelqu’un occupé à se lancer des fleurs...

      - le § 2 commence par "JE SUIS CONVAINCU d’être appelé par Dieu pour ce beau ministère... j’ai commencé une relation avec une femme avec laquelle JE PENSE que Dieu m’appelle à vivre". Ce passage peut être perçu comme une justification, plaçant Dieu au coeur de sa démarche.

      Gréa en "a fait part au cardinal et nous ("nous") avons évoqué l’idée d’un dialogue avec le pape... Cette rencontre en tête à tête ("en tête à tête") a pu avoir lieu. Il m’a écouté avec bienveillance et a honoré ma démarche d’intégrité...". Voilà Mgr Barbarin d’accord avec l’idée d’une rencontre avec le pape, et à son tour le pape qui trouve honorable la démarche d’intégrité de D. Gréa. Sans mettre en doute le dialogue avec le pape il n’empêche qu’un "tête à tête" suppose une confidence
      intime, pour ne pas dire secrète, entre deux personnes. D. Gréa ne peut cependant pas s’empêcher d’en dévoiler un aspect, le plus "parlant" : le pape qui "a honoré ma démarche d’intégrité"...
      On est tenté d’interpréter ce passage, sous toutes réserves, comme une "couverture" par François : le pape donne quitus avec sa bénédiction et plus, avec ses compliments, à la décision de Gréa. Qu’on veuille excuser ces mots, mais il y aurait là comme une volonté de rendre le pape quelque part "complice" d’une décision personnelle alors qu’il n’en est que l’oreille du confesseur qui écoute. Voilà donc, après Dieu, Mgr Barbarin et le pape François en personne soutenant D. Gréa. D’autres n’ont pas eu la grâce de bénéficier de ce priviliège.

      La vie de David Gréa lui appartient, aucun jugement ne saurait être porté ici ni ailleurs sur sa personne, ni sur sa future épouse, ni sur sa décision. Il m’est d’avis que ce prêtre était en droit, et avait aussi probablement le devoir, d’adresser à ses paroissiens une lettre brève et fraternelle décrivant la situation avec l’humilité qui convient. Tout le reste : bilan de son passage à Ste Blandine, ce que lui, David Gréa "pense" et ce dont il est "convaincu", le "tête à tête" avec François et la réaction de ce dernier, tout cela n’a, à mon avis, aucun intérêt, même plus : aura pu et pourrait desservir la cause de Gréa alors qu’il semble avoir tout tenté pour la défendre.

      N’ayant jamais entendu le père Gréa chanter ni commenter une homélie, ne l’ayant jamais vu danser le "rock", un sentiment étrange m’a étreint à la lecture de son épitre : c’est comme s’il n’était pas seul à l’avoir rédigée... Disons simplement pour finir en résumant : David Gréa, comme d’autres hommes avant lui, est l’objet de ce qu’on appelait du temps de mes parents : "le démon de midi".

      Au risque de passer pour manquer de miséricorde selon François, et pour en terminer : il n’y a vraiment pas de quoi transformer l’âge (la quarantaine) du père David en une "affaire Gréa". Une affaire de plus...

    • Jésus Christ est véritablement Dieu et véritablement homme.

      En tant qu’homme, il est donc « un homme comme les autres ». Oui, mais il possède les deux natures divine et humaine. Jésus n’est donc pas « un homme comme les autres » puisque, sauf à n’avoir rien compris à mon catéchisme, Dieu est de nature divine et non de nature humaine.

      Le prêtre est un homme, sa nature humaine fait qu’il est par bien des aspects « un homme comme les autres ». Mais la consécration sacerdotale qui lui permet de célébrer cet étonnant mystère (même les anges ne le peuvent pas) qui est celui de la venue de la personne du Christ dans les espèces du pain et du vin fait qu’il n’est plus un homme comme les autres !

      Limiter cette différence à un « avec une vocation particulière » est le symptôme d’une vision naturaliste étroite ou d’une volonté de nier la dimension surnaturelle de la consécration.

      Quels que soient ses faiblesses et ses défauts, le prêtre est un médiateur entre le Ciel et la Terre. Il ne s’agit pas de le « mettre sur un piédestal » mais de voir en lui le Christ qui agit lorsqu’il exerce sa mission sacramentelle (*).

      Il n’est pas non plus interdit à un chrétien à faire appel au discernement (un des sept dons du Saint Esprit) pour jauger les actions de leurs prêtres lorsqu’elles leur paraissent étranges ou en rupture avec ce que le catéchisme leur enseigne (encore faudrait-il que les chrétiens s’intéressent un tout petit peu plus à la catéchèse...).

      Les Pères du désert donnent une bonne indication (non départie d’humour) dans leurs écrits de ce que peut être le discernement appliqué à la vie courante.

      Rien de nouveau sous le soleil. Un consacré assailli par les tentations et particulièrement celles de la chair (rebaptisées pour la circonstance en un slalomant « appel de Dieu à s’engager dans la voie du mariage »...), c’est vieux depuis que les hommes ont décidé de se consacrer à Dieu (quelle que soit la voie retenue pour ce faire).

      « Le prêtre n’est pas plus fragile » ni « plus solide qu’un autre ». En revanche il est plus que d’autres la cible des attaques du Malin destinées à le faire trébucher. Comme tout chrétien qui s’engage (tous sont appelés !) dans la voie de la sainteté ou de l’union mystique à Dieu...

      Le Carême qui s’annonce est un de ces chemins au cours duquel tout chrétien qui s’y engage sincèrement va expérimenter ce combat. Même si c’est dans de toutes petites choses, cela devrait lui permettre d’envisager à quoi le prêtre est confronté (très insidieusement souvent) pour le détourner de sa vocation.

      Il est clair que tout homme d’Eglise (séculier ou régulier) « qui fait son show (...) au lieu de montrer le Christ se met en danger parce que l’ego prend le dessus ».

      Après, les recettes pour contenir les tentations sont multiples. Ce n’est qu’une question de discernement et d’organisation des conditions (la Règle des moines et moniales, la clôture, la direction spirituelle, la vie communautaire, la prière, etc.).

      Pour ce qui concerne « le rappel de la révolution française », il est pertinent (on aurait pu y ajouter la Commune et certains épisodes du combat des huguenots contre l’Eglise catholique et son clergé). Il entre pleinement dans le combat spirituel évoqué ci-dessus. Il suffit de retourner aux termes mêmes de l’article du P. Francis Volle qui s’en explique fort clairement.

      Cela n’a rien à voir avec la forme monarchique ou républicaine de gouvernement de la France. En revanche, et pour faire court, les forces de mort ont été pleinement à l’œuvre dans cette Révolution que d’aucuns prétendent « mettre sur un piédestal ». L’Eglise (**) en a été une cible privilégiée.

      * sauf si l’on est protestant...

      ** une fois encore, à ne pas confondre (naïvement ou non) avec quelques aspects temporels de l’institution ecclésiale...

    • Vous plaisantez...

      Est-ce que le libertinisme n’était pas à l’oeuvre dans l’Eglise d’Ancien régime où d’ailleurs un certain nombre de clercs étaient moins dans la carrière ecclésiastique par vocation que par obligation ou intérêt compte tenu des avantages, privilèges et rentes qui y était attachés ?

      La Révolution française a mis fin non seulement au pouvoir politique institutionnel de la hiérarchie catholique mais à cette activité lucrative d’Eglise doublée parfois de moeurs dissolues de la part d’une partie du personnel catholique et plus personne ne songerait à un retour en arrière !

      Bon, j’admets qu’il il y ait encore quelques curés de Cour mais ça reste des cas isolés...

      Comme dit l’autre membre de votre duo, vous détournez le sujet, ci-devant Coucy...

    • Vous avez certainement compris ce que vous appelez "l’autre membre de votre duo" de de Coucy vous dit...

    • @ 27 février 10:34

      C’est une énième diversion à caractère trollistique, alors que le sujet reste le célibat des prêtres.

      Au passage, le lecteur pourrait s’étonner de tels propos autant anti-cléricaux sous la plume de quelqu’un qui se prétend catholique.

      Conciliaire ? Même pas ; du Concile, il n’a retenu que les articles et les commentaires lui permettant d’abonder dans sa vision personnelle.

      Conciliant ? Pas plus ! L’Église d’Ancien Régime, à l’en croire, était un ramassis de pervers et d’abbés de Cour... On se demande encore comment, dans ces conditions, il a pu y avoir (avant 1789) tant de saints que l’on honore encore aujourd’hui.

      Ainsi Jeanne d’Arc qui considérait que de l’Eglise et du Christ il en allait de même ? (*) Sûrement des hallucinations auditives...

      @ 26 février 00:47

      Ce qui se passe chez les orthodoxes pourrait nous servir d’exemple. Une notable partie du clergé est marié et cohabite avec les prêtre ayant choisi le célibat (ceux-là ont le statut de moine et peuvent devenir évêques).

      Sauf que cela s’inscrit dans un contexte social différent et des traditions familiales différentes. Nombre de prêtres ont épousé des filles de prêtres. En France, on voit tout de suite la difficulté (**) !

      A tous ceux qui s’offusquent d’un clergé catholique marié, on peut rappeler que cela existe déjà ! Oui, dans l’Eglise catholique orientale... Et ça marche plutôt bien.

      * « M’est avis que Jésus-Christ et l’Église, c’est tout un ! »

      ** Surtout lorsque de surcroît on constate que, même dans des familles pratiquantes l’appel à la vocation, d’un enfant est loin d’être toujours bien vécu

    • 1° Bis repetita : l’affaire David Gréa n’est pas une affaire de célibat mais de fidélité à l’engagement, ici sacerdotal.

      En fait ce prêtre était déjà sur une pente dangereuse à cause du vedettariat dans lequel il s’était imprudemment engagé. Il y avait un truc qui clochait dans ses shows pastoraux.

      2° Une précision sur le célibat : les évêques de l’Eglise russe sont toujours des célibataires. Cela relativise la différence avec l’Eglise romaine.

      Enfin si les deux traditions existent (prêtres mariés ou non) cela n’enlève rien à la signification eschatologique du célibat.

      3° J’ajoute en tant qu’homme marié que je ne vois pas comment un homme peut à la fois se consacrer pleinement à sa vocation dans la mariage et à son sacerdoce. Pas plus que les prêtres célibataires vivent une vocation au rabais, les hommes mariés restés laïcs ne sont-ils des demi-chrétiens. Ces deux vocations sont pleines et entières, se suffisent à elles-mêmes, exclusives pour moi l’une de l’autre. J’ajoute qu’un homme marié à un avantage sur le prêtre célibataire, celui d’avoir à ses côtés quelqu’un qui peut l’alerter quand il déjante ou pour le critiquer quand il fait erreur. C’est ce qui a manqué au père Gréa, semble-t-il.

      Je suis donc vigoureusement opposé à la réforme qui consisterait à consacrer prêtres des "viri probati", ce qui aurait pour effet pervers de renforcer la cléricalisation des laïcs. Le diaconat suffit.

      4°Nicodème (Rostov) métropolite de Léningrad avait lui-même recommandé à Paul VI en 1971 de ne pas céder sur le célibat dans l’Eglise romaine, en faisant valoir notamment que les hommes mariés étaient infiniment plus vulnérables aux pressions des pouvoirs que les hommes célibataires.

      Il en savait quelque chose à l’époque de l’URSS : comme déjà les clercs célibataires de l’Eglise russe ont été vulnérables aux sollicitations du régime, puisqu’un certain nombre dont l’actuel patriarche de Russie ont dû donner des gages au KGB pour atteindre les hautes sphères...

      5° Sur l’Eglise d’Ancien régime enfin, ce n’est pas parce qu’il y a eu Dieu merci de la sainteté que le système des privilèges d’Eglise comme celui des privilèges de l’aristocratie n’étaient pas condamnés.

      Liberté, égalité et fraternité est d’ailleurs une devise qui convient parfaitement au christianisme puisqu’il l’inspire...

      Bon, si on parlait d’autre chose que de cette affaire qui excite surtout les vieilles taupes, comme dirait Guy Gilbert...

    • Ce genre de "diversions" ne se comptant plus, il est devenu urgent de passer outre pour enrichir les débats par des échanges sérieux en évitant des pertes de temps. C’est ce qui s’appelle "faire d’une pierre deux coups" (cette pierre-là ne ferait pas de mal à une mouche).

      A propos de certaines églises catholiques de rite oriental, donc rattachées à Rome, un éventail de vie consacrées existe : ermites, moines, religieux, prêtres séculiers, prêtres mariés. Sur la situation des prêtres mariés dans ces églises : autant parler d’un quiproquo en Occident où bien du monde l’explique... le plus souvent en se trompant allègrement. Il y a quelques années, j’ai entendu, de mes oreilles entendu et vu, de mes yeux vu à la télévision un évêque très connu regretter : "Dommage qu’ici ce n’est pas comme en Orient où les prêtres se marient" (!!).

      Un ami m’a raconté que le garagiste qui entretenait sa Citroën, était un excellent mécanicien, et qu’il était aussi un prêtre maronite marié (et père de sept enfants à l’époque de cet entretien) ; le matin, il arrivait en soutane dans un couvent de religieuses, célébrait la messe à 6h, prenait son petit déjeuner sur place, puis sortait pour, à quelques pâtés d’immeubles, retrouver son garage et ses deux fils majeurs. Son histoire personnelle : depuis très jeune il souhaitait être prêtre, et quelques années plus tard cette idée était toujours là lorsqu’il a rencontré la jeune fille vers laquelle il était attiré pour fonder un foyer. Dilemme... Durant les fiançailles (cette chose existait) il se confie en toute franchise à sa probable future épouse. Durant cette période de réflexion, un prêtre les accompagne le temps de les informer très exactement des conditions essentielles pour que l’homme marié accède à la prêtrise, dont : la future épouse doit impérativement donner son accord, donc, s’engager elle aussi ; un homme marié consacré prêtre ne peut pas accéder à de hautes fonctions dans l’Eglise, devenir évêque, par ex., etc... Voilà résumée la situation concernant l’Eglise maronite à laquelle appartient cet ami.

      Allant plus loin : est-ce bien Alexis II qui, d’un commun accord avec son épouse s’en est séparé afin de pouvoir être nommé patriarche de Moscou ? On voudra bien corriger si erreur. (L’Eglise orthodoxe russe, ses histoire, tradition et liturgie sont tellement complexes et riches qu’on devrait, avant de s’aventurer à en parler, être très bien informé sur le sujet pour éviter de raconter des bêtises... Idem pour les églises catholiques de rite oriental).

      En tout cas, célibat des prêtres, consécration d’hommes mariés etc... sont de vastes sujets qu’il devient impératif d’examiner en profondeur et à tous les niveaux. A noter que les prêtres, contrairement aux religieuses, ne font pas "voeu de chasteté" mais "voeu ou engagement de célibat". (Là aussi corriger svp en cas d’erreur).

      Ces thèmes ne supporteraient pas d’être discutés à la légère. Les choses évoluent, des situations existantes pourraient être appelées à connaitre quelques changements conséquents. Toute éventuelle démarche dans l’Eglise sur ce sujet doit être entreprise, non pour obéir à une mode ou à quelque diktat, mais pour la plus grande gloire de Dieu et le bien de tous. Le Carême pourrait inciter à prier dans ce sens.

      Non, il n’est pas facile d’être chrétien...

    • cf. : 28 février 21:44

      Juste pour signaler qu’en ce mercredi des cendres et l’entrée en Carême, alors que les chrétiens sont invités au jeûne, il eut été très apprécié que le jeûne de la langue, de la plume, du clavier etc... soit l’inauguration, dans cet espace de FC, d’une restriction volontaire de toutes accusations, qualificatifs, épithètes contre "les vieilles taupes", ailleurs on avait lu "chochotes" et autres définitions très chrétiennes de la part d’un très chrétien catholique romain.

      Si Monsieur Untel ne respecte rien, il est vivement invité à respecter les participants, lecteurs, contributeurs des forums de FC. Seulement l’espace de ce temps de Carême, temps de "nettoyage" du corps et de l’esprit. Ce serait pour le plus grand bénéfice de tous, à commencer au bénéfice de Monsieur Untel lui-même.

      Bon Carême !

    • On a des contre-exemples : une amie russe peu christianisée vivant à Rostov sur le Don m’a dit avoir été vraiment choquée qu’un prêtre de l’Eglise russe marié lui demande des dollars pour baptiser un de ses enfants. Quand elle s’est rendue chez lui, elle a vu qu’il avait un train de vie conséquent : meubles, voiture, hifi... Ca faisait bizarre...

      Je maintiens : quand on doit se préoccuper de faire vivre femme et enfants, on ne peut pas être entièrement donné à son sacerdoce.

      Donc, ce qui est pratiqué en orient en raison d’une autre tradition ne me paraît pas souhaitable du tout dans l’Eglise latine.

      Il est vrai aussi qu’on ordonne plus facilement en Russie que chez nous : sinon comment l’Eglise russe aurait-elle pu reconstituer aussi vite son clergé en 25 ans ?

      Enfin, là où on admet le mariage des clercs, comme c’est le cas pour les pasteurs protestants, la crise des vocations n’est pas moindre. Donc la fin du célibat ne changerait rien aux données du problème.

    • La question des hommes mariés ordonnés prêtres ne saurait être la même dans tous les milieux. Un exemple : des pays où des villages sont disséminés sur les flancs de montagnes : un prêtre avec épouse et enfants seraient les bienvenus pour assurer la liturgie, s’occuper avec les habitants de catéchèse, donner le baptême, bref, accomplir son ministère. L’épouse du prêtre, de son côté, participe aux tâches de son mari sur le plan social et aussi religieux. D’autre part, un couple avec enfants possède, en général, une expérience de plus qu’un célibataire pour évaluer le contexte et aider des fidèles en butte à des problèmes familiaux, et à certain degré, de couples, bref, il y a là une approche différente. (On se souvient de ces prêtres parachutés dans des villages isolés, flanqués d’une servante, - âgée, pour empêcher les cancans - , et la solitude d’un homme sur une planète étrangère... surtout s’il n’a pas le charisme d’un ermite ou d’un moine).

      Quand on discute de ce genre de sujets il convient de faire preuve d’extrême prudence et surtout éviter des comparaisons, éviter d’uniformiser les besoins et les situations. Une ville et un village sont deux espaces en bien des points différents. Tel pays et tel autre n’ont pas de points communs à tous les niveaux, etc. Pour ce qui est de la "crise de vocations", les causes pourraient en être multiples dans un monde où tout devient permis, autorisé et même encouragé... Une civilisation en perte de repères aurait peut-être des effets dévastateurs à plus d’un titre. Ne pas aller trop vite dans les déductions avant de voir ce qui ne va plus chez nous. Au vu des changements de toutes sortes qui surviennent dans le monde, il serait prétentieux de se croire autorisé à se prononcer sur ce qui est souhaitable ou non pour telle ou telle Eglise, dans telle ou telle société. Nos souhaits personnels ne sont peut-être pas les vues du Seigneur sur nous et pour notre bien.

      Puisque le nom de David Gréa est revenu, je prends moi aussi le droit de rappeler qu’il est impératif d’éviter de se prononcer sur ce qui aurait encouragé son départ, ici le "vedettariat" pour reprendre la formule. (Aussi a-t-il été question du "démon de midi" pour minimiser en la généralisant, cette démarche de Gréa, afin d’enrayer des suppositions et des jugements. Dieu seul "sonde les reins et les coeurs"). Ledit "vedettariat" a, peut-être, été "la pente dangereuse". Il se pourrait aussi que Gréa aura cru "avoir la vocation" alors que ce n’était pas là que le Seigneur l’attendait. Il se peut que... et que...etc...

      Pour finir, une surprise : lire que le ci-devant a une amie... "russe" (!) Oui, "russe" ! En tous cas, quelle "mauvaise langue" que cette amie puisqu’elle rapporte des choses pas jolies sur un pope. Mais c’est vrai qu’elle est "peu christianisée". Enfin, elle doit avoir quelques qualités la petite Trouvaytcha. Oui, une seule : elle est Russe !

    • @ 28 février 21:44

      « en tant qu’homme marié que je ne vois pas comment un homme peut à la fois se consacrer pleinement à sa vocation dans la mariage et à son sacerdoce »

      C’est là une objection traditionnellement opposée. Ledit objecteur, lui-même marié (il nous le précise) a-t-il su « se consacrer pleinement à sa vocation dans le mariage » et se consacrer à la fois pleinement à ses charges professionnelles peut-être très lourdement exigeantes ?
      Quand on sait, de surcroît, qu’on passe désormais souvent plus de temps au travail et auprès de son assistante qu’auprès de son épouse...

      Combien d’épouses, par ailleurs, mènent de front une « vocation dans le mariage », la tenue domestique d’un intérieur et la poursuite d’une activité professionnelle (sans compter une large partie de l’éducation des enfants) ?

      Il y a parfois quelque hypocrisie à opposer vocation sacerdotale et vocation maritale.

      Sur le principe, il n’y a rien qui s’oppose à l’ordination d’hommes mariés dans l’Eglise catholique romaine puisque cela se pratique déjà (depuis des siècles) en son sein oriental.

      Simplement, ça ne peut en aucun cas être un moyen de pallier une absence cruelle de vocations. Ce choix stratégique serait un faux-remède qui pourrait avoir des effets secondaires indésirables.

      Croire que cela aurait pour « effet pervers de renforcer la cléricalisation des laïcs » est confondre les registres (*) et dénote, une fois encore, une étrange pointe d’anticléricalisme chez l’auteur de cette réflexion.

      * Un prêtre est un prêtre et non point un laïc

    • J’ai relu ce week-end le chapitre qu’Alain Besançon consacre à notre sujet dans son livre récent "Problèmes religieux contemporains".

      C’est toujours stimulant de l’écouter.

      Pour se montrer plus ouvert que moi au changement, il est loin de le préconiser...

      J’ajoute cette constatation de bon sens : l’occident, ce n’est pas l’orient, Dieu merci (because Islam et collusion orthodoxie-politique). Cela vaut aussi pour le rapport des laïcs au clergé.

      On me répondra qu’en orient comme en occident, la sainteté du prêtre n’est pas une question d’état et on aura raison.

      Conclusion : tout ça ne risque pas plus de bouger que l’oecuménisme au patriarcat de Moscou...

  • Personnellement, je trouve que le célibat des prêtres est très beau mais je ne vois pas directement de contradiction avec une éventuelle possibilité d’un sacerdoce marié... je trouve du sens dans les deux cas étant donné que le mariage est également un sacrement en vue de la sainteté (et donc à ne pas minimiser trop vite) même si le célibat a peut-être une signification plus direct du Christ époux de l’Eglise et quelque chose de très grand et de très beau qu’il faut reconnaître à sa juste valeur. Ne voulant pas faire une grande théologie sur le sujet, il me semble quand même que la grandeur du sacerdoce ne se trouve pas (au risque de choquer) dans le célibat (même si c’est très beau et très louable... je le pense sincèrement) mais dans le sacerdoce en lui même (marié ou pas). On oublie trop souvent de mentionner que la grandeur du prêtre c’est de pouvoir célébrer réellement dans le Christ en vue de la sainteté et tous. Une fois ordonné, le prêtre célèbre dans le Christ ! Un prêtre marié n’est donc pas un sous prêtre lorsqu’il célèbre la messe... et le but du sacerdoce c’est de donner Dieu au monde de façon sacramentelle. Voilà voilà... je trouve qu’il faut être plus nuancé sur la question même si il est tout à fait louable de préférer un sacerdoce consacré...

    • Cela fait un bon moment déjà que les conversations et les media sont saturés d’histoires de prêtres pédophiles, homosexuels, bi-sexuels, et d’autres qui, abandonnent soutane et voeux, convolent en noces avec leur dulcinée, etc... Il n’est, par contre, jamais question de ceux-ci qui restent à l’écoute, qui accompagnent bien de personnes en difficulté, qui, malgré leur âge avancé, restent au service du Seigneur et des fidèles prêts à effectuer des remplacement, etc... Forcément, cela n’intéresse personne, il n’y a que le bruyant sensationnel qui importe, qui colporte. Qui rapporte...

      Toutefois, une consolation, un baume, une fraîcheur sont donnés dans la revue de France catholique du 17 février dernier - ou je me trompe de date - oui, des lignes à réjouir le coeur et l’esprit : l’article sur les aumôniers dans la Légion étrangère, depuis longtemps et jusqu’à nos jours... Ces hommes de Dieu dans toutes les disciplines aux armées présents à leurs frères en toutes circonstances, apportant le réconfort et la paix de Christ à leurs camarades.

      Il ne s’agit pas de mettre la personne du prêtre "sur un piédestal",
      formule écrite et reprise plusieurs fois. Mais au moins reconnaitre et faire connaitre d’autres réalités sur ces hommes ayant donné leur vie à Dieu et qui, humblement, sont au service de tous et un peu partout. Ceux-ci ne se trouvent pas que dans des livres d’il y a des décennies, puisqu’ils sont encore là, toujours là, avec humilité et disponibilité pour témoigner de Christ. Dans le silence. Loin des bruyantes agitations.

      De grâce, accordez-nous un peu de temps pour réaliser qu’il y a autre chose que des torchons pourris pour ne décrire que des salissures qui font la "une" des papiers, alors que des Vincent de Paul, des curés d’Ars, des Don Bosco, des François de Sales et tant d’autres existent bel et bien, en toute humilité, engagés dans notre monde pour la gloire de Dieu.

      Et, ne vous en déplaise, ce n’est pas fini...

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