Notre agriculture en détresse

par Gérard Leclerc

mardi 10 octobre 2017

Il y a deux ans, j’avais évoqué la cérémonie d’hommage aux agriculteurs morts par suicide qui avait été organisée à Saint-Anne d’Auray. 600 croix avaient été installées sur le parvis de la célèbre basilique dédiée à la sainte, patronne de la Bretagne. 600 croix représentant chacune les vies disparues en un an de nos agriculteurs morts de désespoirs. L’événement avait été plutôt bien relayé à l’époque, mais force est de constater que rien n’a changé en ce qui concerne la situation de notre agriculture et que le drame continue. Dimanche dernier, un cérémonie analogue s’est déroulée dans les mêmes lieux, avec une messe célébrée à l’intention des victimes de cette année, aussi nombreuses que les années passées. Jacques Jeffredo, qui est à l’origine de cette initiative, a pu déclarer au Figaro : « Il ne se passe pas un jour sans que l’on me communique un faire-part de décès d’un agriculteur qui s’est donné la mort ou que des proches m’appellent au secours. » Les chiffres recueillis par lui sont deux fois supérieurs à ceux reconnus par les pouvoirs publics.

Il y a, bien sûr, des raisons économiques au désespoir de nos campagnes. Mais il y a aussi des causes morales, qui se rapportent à l’histoire récente de notre agriculture. J’en prends conscience dans le cadre de ma propre famille. Presque tous mes cousins et petits-cousins qui étaient nés à la ferme ont suivi des carrières hors de l’agriculture. Je vis deux mois par an dans une région où les exploitations agricoles ont massivement disparu. Un seul fermier a pris la suite de dizaines de petits exploitants qui ne pourraient plus vivre de la terre aujourd’hui. C’est un véritable phénomène de civilisation dont on n’a pas pris suffisamment la mesure et qui aurait exigé une réflexion appropriée pour l’avenir de notre équilibre social. Tout se passe comme si le processus se poursuivait inexorablement.

C’est quand même paradoxal, à l’heure actuelle où le souci écologique est devenu prédominant. Nos paysans ne sont-ils pas les premiers gardiens de la nature ? Je sais bien qu’on leur reproche souvent de travailler hors des impératifs écologiques. Mais il faudra bien concilier la nécessité de nourrir la population et celle de sauvegarder la nature. Cela ne se fera pas sans nos paysans !

Chronique diffusée sur Radio Notre-Dame le 10 octobre 2017.

Messages

  • bonjour,
    ce sont toujours des hommes qui commentent.
    j’aimerais donner mon avis de femme, très simplement.
    merci de votre compréhension
    bien à vous

    solange strimon

  • La conclusion de Gérard Leclerc est juste. Mais elle est juste seulement dans la bouche d’un homme honnête qui cherche à raisonner honnêtement et à résoudre honnêtement un problème.

    La problématique agricole se situe à un autre niveau. Celui de la perversité, de la roublardise et du profit.
    Il ne s’agit plus, depuis très longtemps, de savoir comment nourrir une population, ni de faire prospérer le monde agricole (il n’en reste quasiment plus rien au fil du dernier demi siècle), ni même de maintenir un tissu rural pourvoyeur d’emplois proches de la nature et enracinés dans le terroir français ; pas plus que de se soucier d’une autonome alimentaire nationale (pourtant stratégique).

    Non, il s’agit de faire prospérer les énormes poids-lourds de l’industrie agro-alimentaire internationale.

    Tous les choix opérés en l’occurrence par les politico-technocrates depuis les années cinquante vont dans le sens de la maximisation des profits pour une minorité d’affairistes et d’actionnaires.

    Un livre blanc serait à écrire sur le sujet (mais à quoi cela servirait-il ?).

    Les petites et micro-exploitations agricoles ont été sacrifiées depuis longtemps sur l’autel du profit et du gigantisme.
    La finance publique n’a que faire de petits producteurs qui vivent et consomment en autarcie : ça ne produit pas de TVA ! Alors qu’une salade emballée "prête-à-mettre-dans-l’assiette" coûte certes un prix astronomique mais a généré toute une cascade de taxes successives depuis son arrachage (sa sortie du bocal hors sol ?) et de bénéfices dont nul cultivateur n’a vu la trace...

    Une quantité invraisemblable de terres agricoles sont concédées (moyennant profit) à la spéculation immobilière et à une irréparable et dramatique bétonisation (les saignées opérées par les routes nouvelles et les voies rapides ne sont pas en reste).

    Pendant ce temps-là, ce qu’il reste de fermes tombe en ruines et la production agricole délocalise. La France qui pourtant, en Europe occidentale, posséde des atouts exceptionnels en matière de production agricole et d’élevage a préféré le business. Il est vrai que c’est infiniment plus profitable et moins fatigant de faire commerce et de boursicoter sur les produits agricoles que de les produire.

    Les gouvernements successifs sont gravement coupables d’avoir poursuivi cette pseudo politique agricole. L’U.E. n’a fait qu’amplifier le mouvement initié par un marché commun qui a posé les bases d’une répartition internationale des domaines de compétences. C’est ainsi qu’on est arrivé à la situation absurde (et désormais irréversible) de devoir acheter à l’étranger de nombreux produits (parfois et souvent de qualité médiocre) que la France proposait auparavant sans aucun effort et, en particulier, dans une multitude de circuits courts (mais ça ne générait pas le business dont tout un tas de structures parasites se repaissent aujourd’hui...).

    C’est ainsi que les exploitations agricoles moyennes n’entrent plus dans le schéma prévisionnel. En dépit des nvestissements ruineux de leurs exploitants, leur disparition est programmée. Dans les plans de la technocratie, les suicides d’agriculteurs ne pèsent pas plus que les innombrables burn-out des travailleurs harcelés par la pression compétitive. Ce sont, très cyniquement, des dégats collatéraux de la mondialisation du profit

    Pendant ce temps-là, quelques nutritionnistes et des associations de consommateurs s’émeuvent de la présence de pesticides, de perturbateurs endocriniens et de toute une foule d’additifs aux effets indésirables dans les produits alimentaires vendus dans les supermarchés.

    Il ne s’agit pas de s’arrêter à quelques effets. Il faut remonter méthodiquement et impitoyablement toute la chaîne des causalités, avec la même rigueur que pour une enquête criminelle d’envergure.
    Immanquablement on constatera que les solutions passent nécessairement par des décisions politiques (et surtout pas politiciennes !).

    En l’absence de tout arbitrage étatique digne de ce nom, des lobbies puissants se sont emparés de nombreux leviers. Seule la puissance régalienne peut être en mesure de contrebalancer les puissantes baronnies du capitalisme agro-alimentaire.
    Encore faut-il que le régalien n’ait pas choisi d’abdiquer la souveraineté nationale au profit des puissances d’argent !...

  • Un grand merci et félicitations à Réginald de Courcy pour ce commentaire, un véritable cri d’alarme et une condamnation de la gestion de notre agriculture par des puissances d’argent, avec complicité de l’Etat ! Il vaudrait la peine de poursuivre dans ce sens et d’alerter largement l’opinion. Qui est vaguement au courant de l’assassinat de notre agriculture, et surtout de nos agriculteurs, mais qui manque d’informations suffisamment complètes et précises. Permettez-moi de vous suggérer de continuer à travailler et alerter dans ce sens. Et que France Catholique emploie tous les moyens en son pouvoir pour modifier le cours des choses...
    Cordialement

    Benoît A ; Dumas

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