Traduit par Charlotte

Nos papes itinérants

Par Brad Miner

lundi 28 août 2017

Le pape Benoît XVI a dit qu’il renonçait à la papauté pour cause de fragilité ; il voulait dire faiblesse de corps. On peut le croire. Assurément, il n’y avait pas de signe – en 2013 quand il a abdiqué ou plus tard – qu’il y ait eu une faiblesse dans l’esprit de cet homme.

Dans une conversation longue comme un livre avec son ami de longue date Peter Seewald (publiée sous le titre de Dernier testament), le pape émérite dit que c’est la journée mondiale de la jeunesse qui l’a incité à prendre la décision d’abdiquer. Elle allait avoir lieu à Rio de Janeiro et il ne se sentait pas la force d’y assister alors qu’il pensait qu’un pontife devait y assister. Ceci est aussi crédible, moins pourtant, étant donnée la longue histoire de la papauté.
Saint Jean Paul II a inauguré La Journée mondiale de la jeunesse en 1985. La première JMJ qui a eu lieu dans un endroit spécifique s’est tenue en 1987 (Buenos Aires).Tous les papes régnants sont allés aux réunions tri-annuelles depuis. Il est bon que le pape soit là et, s’il n’y allait pas, il est possible que la participation en soit diminuée ; bien que ce ne soit qu’une spéculation.

Il y a aussi toutes ces visites du Pape à de nombreuses nations souveraines grandes et petites, catholiques et non-catholiques, qui ont placé ces anciens prisonniers du Vatican parmi les plus grands voyageurs de l’histoire. Jean Paul II a fait 104 voyages, parcourant près de trois-quarts d’un million de miles [1.207.000 kilomètres] pendant les vingt-sept années de son pontificat.

C’est beaucoup plus que les neuf voyages de Paul VI en quinze ans. Benoît XVI a fait de nombreux voyages aussi pendant les huit années de sa papauté, presqu’au même rythme que son illustre prédécesseur, jusqu’à ce qu’il dise : Nicht mehr..

Mais où est-il écrit que ce doit être ainsi – que les papes doivent être itinérants ? Avant Paul VI, aucun pape depuis 1809 n’avait quitté l’Italie. Et personne dans un conclave avant les années 1970 n’a jamais pensé que parmi les devoirs du pape il existe un programme de voyages qui éprouverait la force physique d’hommes beaucoup plus jeunes que ceux qui sont élus à la papauté.

A savoir : je ne peux tout simplement pas comprendre pourquoi Benoît XVI n’aurait pas pu parler aux jeunes à Rio via satellite. Nos papes utilisent maintenant la technologie, y compris les médias sociaux, pour communiquer avec les fidèles, tout comme les papes autrefois utilisaient les encycliques, les lettres apostoliques et pastorales, et des messages radio pour le faire. Et avouons-le : les rencontres face à face ne sont accordées qu’à très peu de gens pendant les voyages des papes.

Quand j’ai vu Jean-Paul II à New York en 1979, par exemple, c’était très rapidement lorsqu’il est passé dans la papa-mobile allant vers le nord dans l’avenue Madison.

Considérez ceci : Léon XIII (pape pendant plus de vingt-quatre ans) a écrit quatre-vingt-cinq encycliques, Pie X (pape pendant onze ans) en a écrit dix-sept. Benoît XV en a écrit quinze en sept ans. Pie XI en a écrit trente-et-une en seize ans. Pie XII en a écrit quarante-et-une en plus de dix-huit ans. Jean XXIII en a écrit huit pendant son court règne, mais il a aussi inauguré Vatican II.

Puis vinrent les voyages.

Paul VI n’a écrit que sept encycliques ; Jean Paul II en a écrit quatorze’ Benoît XVI n’en a écrit que trois ; et, jusqu’à maintenant, le pape François n’en a écrit que deux.

Nous disons souvent que la catéchèse catholique s’est effondrée. Cela pourrait-il expliquer la chose ? Jean Paul, Benoît, et maintenant François ont tous écrit des livres alors qu’ils étaient papes. De bons livres, peut-être, mais, comme le savent tous les écrivains, les livres prennent beaucoup de temps. Et quelle que soit sa qualité, un livre papal a la même autorité ecclésiastique qu’un appel téléphonique papal.
Il nous faudrait moins de voyages et moins de livres et plus de direction énergique de la part du magistère.

Comme le prouve la vie de tous les papes avant Paul VI, les fidèles n’ont pas besoin de voir le Saint Père dans un stade de baseball ou de football pour le connaître et l’écouter. Et il se pourrait même que toutes ces apparitions personnelles diminuent en fait l’autorité du pape à la longue.

C’était merveilleux de voir les Polonais sortir pour entendre le pape Wojtyla et de les entendre chanter : « Nous voulons Dieu. » Et quand le Pape Bergoglio est apparu à Manille en 2015, il était surprenant de voir jusqu’à sept millions de gens assister à sa messe à Luneta.

Mais la foi en Pologne est-elle aussi forte maintenant qu’il y a trois décennies ? L’évidence indique qu’elle est beaucoup plus faible. Le catholicisme aux Philippines est-il aussi fort aujourd’hui qu’il l’était même il y a deux ans ? Apparemment pas.

La sagesse du monde dit peut-être que les dirigeants modernes, politiques ou religieux, doivent se mêler aux gens. Pourtant Jésus est monté au ciel il y a près de 2 000 ans et son pouvoir et ,,, son charisme n’ont pas diminué. « Crois-tu parce que tu m’as vu ? » a demandé Notre Seigneur à Thomas. « Bénis soient ceux qui n’ont pas vu et qui ont cru. »

Toute la force de la foi que les catholiques ont ressentie sous la direction des papes, de Pierre jusqu’à Paul VI n’avait rien à voir avec le fait qu’ils avaient vu le pape ou non.

Je ne suis pas opposé aux voyages du pape, per se. Mais je suis totalement contre l’affirmation que de tels voyages sont essentiels à la fonction.
Benoît devrait être encore pape, déléguant autant de tâches qu’il est nécessaire pour que le Vatican et la foi mondiale prospèrent. La réforme du Vatican ressemble au nettoyage des écuries d’Augias, et aucun pape ne peut la faire seul. Mais le pape n’est pas le PDG de l’Eglise Universelle. C’est le guide spirituel et le maître de 1,2 milliard de catholiques. Cela fait trop de personnes à voir – surtout si le pape passe du temps à visiter des endroits où il y a peu de catholiques, comme le pape François semble vouloir le faire.
Pour être honnête, je doute que la perspective d’un voyage épuisant soit la raison de la démission du pape Benoît. Plus probablement, c’est la crainte qu’avec l’âge sa santé ne décline comme celle de Jean Paul II. Encore une fois, c’est une spéculation de ma part.

Mais si une santé déclinante est une raison pour démissionner – en fait, si cette circonstance faisait de l’abdication un « devoir », comme Benoît XVI l’a décrit lui-même – alors pourquoi Jean Paul II n’a-t-il pas abdiqué ? Saint Jean Paul était vraiment infirme, remarquablement et douloureusement compromis à l’âge de quatre-vingts ans d’une manière qui ne ressemblait pas de loin à la condition de Benoît XVI qui a maintenant dans les quatre-vingt-dix ans.

Et la mort de Jean Paul II a été un glorieux témoignage de foi et de courage.
Image :Voyage papal : Jean XXIII sur la sedia gestatoria en 1960.

Source : https://www.thecatholicthing.org/2017/08/21/our-peripatetic-popes/

Photo : Jean XXIII sur le sedia gestatoria, 1960.

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