Épidémie

Nos citadelles

par Aymeric Pourbaix

mercredi 25 mars 2020

Le Mont-Saint-Michel
© skeeze / Pixabay

« Ainsi, nous sommes tous des flots battus d’une incessante tempête, et nos maisons sont des forteresses dans la mer.  » Combien, dans cette situation pourtant inédite, les mots de Charles Péguy décrivent bien notre condition de reclus domestiques !

Avec lui et d’autres, entrons dans la difficile mission d’essayer de mettre un peu d’ordre dans ce chaos qui nous environne. Première certitude dans ce flot d’incertitudes : ce sera long. Personne ne croit plus que la fin mars verra la fin de notre réclusion. Il faut donc, contre la pente naturelle de notre société hyperactive, s’armer de patience. Au sens plénier du verbe. Car n’en doutons pas : il s’agit bien d’un combat qu’il nous est donné de vivre. Combat contre nous-mêmes au premier chef : contre le découragement, le laisser-aller, le doute… Nos armes les plus efficaces seront d’abord cette persévérance dont parle saint Paul : «  La détresse elle-même fait notre orgueil, puisque la détresse, nous le savons, produit la persévérance ; la persévérance produit la valeur éprouvée ; la valeur éprouvée produit l’espérance ; et l’espérance ne trompe pas, puisque l’amour de Dieu a été répandu dans nos cœurs par l’Esprit Saint qui nous a été donné.  »

Églises domestiques

Et c’est la deuxième certitude : ce sens qui nous échappe, c’est avec les mots qu’il faut le chercher. En premier lieu, avec ceux qui ont subi la patine des siècles, et l’épreuve, bien avant nous, et charrient une sagesse en eux. Mots de l’histoire, de la littérature, de la Bible et de la foi bien sûr. Celui-ci par exemple, toujours de Charles Péguy, ô combien adaptés en ces temps où les petites Églises domestiques que sont nos foyers sont devenues l’ultime refuge, nos Arches de Noé. La guerre à mener n’est plus tant à l’extérieur qu’à l’intérieur-même, chez nous, contre l’infidélité de nos vies. Voilà pourquoi selon l’écrivain, nous sommes en permanence sur la brèche : la frontière entre ce qui est mondain et ce qui est divin passe au-milieu de nous, et «  nos fidélités sont des citadelles  ». Enjeu de la fidélité à tout ce qui compte, quand notre monde s’effondre, y compris dans ce qui semblait une sécurité : travail, vie extérieure, etc.

Au moment de l’armistice de 1940, là aussi tout paraissait désorganisé. Un père de famille voyant passer les réfugiés commandait alors à sa famille, pour remettre les choses en ordre, de créer un poste de secours pour ceux qui manquaient de tout. «  Voyez ce que vous pouvez faire pour les autres  », leur disait-il. Une expérience dont les enfants se souviendront toute leur vie.

C’est le troisième repère : la charité. Tous ces petits gestes, amis et famille qui se téléphonent, qui prient pour vous, et qui prennent un relief considérable lorsque nous nous sentons démunis. Nul besoin d’engager des actions héroïques, juste cette charité du quotidien dont parlait sainte Thérèse de Lisieux, jamais sortie de son monastère, et devenue patronne des missions.

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