Non à la religion d’État

par Gérard Leclerc

jeudi 11 janvier 2018

Lors de ses vœux aux responsables des cultes réunis à l’Élysée, le président de la République a fait une déclaration qui mérite toute notre attention : «  Je ne souhaite pas qu’une religion d’État soit substituée […] aux religions. Mais pas d’avantage la religion ne saurait colorer la vie politique de la nation.  » Sans doute, une telle formulation réclamerait quelques précisions, mais reconnaissons qu’il y a de la part d’Emmanuel Macron une tentative intéressante pour défendre la neutralité religieuse de l’État qui exclut toute prétention de sa part à s’ériger en substitut de religion. Comme le souligne l’historienne Valentine Zuber, dans un entretien publié par Libération, la parole présidentielle se distingue de la position de combat de ceux qui voudraient faire de la laïcité républicaine l’instrument d’un «  combat émancipateur  ». Il s’agit, dans ce cas, de disqualifier et d’exclure du débat commun les différentes propositions religieuses. Le Président se refuserait à créer «  une relation de concurrence frontale entre une pensée philosophique républicaine et les discours religieux  ».

Cette mise au point constitue un élément d’apaisement dans le climat actuel. Il ne règle, d’évidence, pas toutes les difficultés qui tiennent à la complexité de la situation religieuse du pays. Emmanuel Macron a rappelé à juste titre que l’islam était peu présent sur le territoire français au moment de l’élaboration de la loi de 1905. C’est la présence forte de cette religion qui pose aujourd’hui le plus de questions à un État qui voudrait qu’elle se constitue en interlocuteur organique, à l’image du judaïsme et des confessions chrétiennes. Par ailleurs, le terme religion appliqué uniformément à des réalités différentes est trompeur. Les différentes religions participent de traditions historiques hétérogènes et elles n’ont pas de langage commun, en dépit du dialogue interreligieux. Cela ne les empêche pas de prendre parfois des initiatives ensemble. Ainsi à Rouen, l’archevêché a accueilli tous les responsables du culte pour faire part d’un message adressé à toutes les autorités politiques, civiles, militaires et judiciaires.

En toute hypothèse, l’État ne peut que recevoir avec reconnaissance ce type de coopération prometteur, qui lui permet d’exercer sa responsabilité, au-delà des suspicions et des attitudes de combat. Les religions peuvent l’y aider, et particulièrement le catholicisme. Celui-ci a le privilège de l’ancienneté et il connaît l’interlocuteur musulman, qu’il côtoie sur le terrain et dont il comprend la culture mieux que quiconque. L’État devrait reconnaître ce privilège pour mieux être égal à sa mission de conciliation et de paix.

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