Noël, lumière dans la nuit

par Gérard Leclerc

lundi 24 décembre 2018

Reconnaissons-le. Si grande soit notre foi dans Jésus le Sauveur, il est des moments où nous avons peine à accueillir la grâce de Noël. L’époque n’est pas à l’optimisme. Nous venons de vivre une révolte qui remet en question l’avenir de notre pays. Nous sommes très loin de l’élan progressiste des années d’après-guerre. Beaucoup prêtent attention à un « catastrophisme éclairé » dont un Jean-Pierre Dupuy s’est fait l’interprète convainquant. Et si l’on se réfère au monde ecclésial, force est aussi de reconnaître qu’il est loin du climat conciliaire des années soixante et de ses promesses de nouvelle Pentecôte. Une enquête récente fait part de la proximité avec l’athéisme d’une moitié de la jeune génération. Oui, dans ces conditions, comment accueillir la promesse de Noël ?

La réponse est assez simple. L’Écriture sainte et l’orchestration que lui confère la liturgie nous indiquent la seule voie, qui consiste à attendre le Sauveur, tel qu’il s’offre à nous et non tel que nous voulons bien l’imaginer. Certes, dans la nuit, une grande lumière a resplendi et il y a une douceur ineffable dans cette étonnante théophanie où Dieu se fait petit enfant du sein de la Vierge Marie. L’hymne marial de l’Avent exprime cela de façon merveilleuse : « Tu quae genuisti, natura mirante, tuum sanctum genitorem. » Toi qui as engendré, à l’admiration de la nature, celui qui t’a lui-même créée. Mais ce petit enfant, miraculeusement engendré, reçu avec émerveillement par les bergers et les mages, est aussi celui sur lequel plane la plus mortelle des menaces. Celle que l’Apocalypse formule : « Le Dragon en arrêt devant la Femme s’apprête à dévorer son enfant aussitôt né. » (Ap. 12,4)

La tentation de l’athéisme dont nous parlions rend difficile et parfois impossible l’identification de ce nouveau-né, dont toute une culture laïciste voudrait effacer jusqu’à la représentation dans l’espace public. Benoît XVI, en son temps, avait caractérisé les différentes façons de faire sortir la figure du Christ de l’histoire : « Les formes du refus de Dieu à l’époque contemporaine sont peut-être plus insidieuses et dangereuses : du net refus à l’indifférence, de l’athéisme scientiste à la présentation d’un Jésus qui est défini comme modernisé ou post-modernisé. Un Jésus homme, réduit de manière différente à n’être qu’un simple homme de son temps, privé de sa divinité ; ou bien un Jésus tellement idéalisé qu’il semble parfois le personnage d’un conte » (3 janvier 2007).

Pour recouvrer le véritable Jésus, Dieu et homme, c’est le silence de la méditation avec la lecture savoureuse de la Parole qui s’impose, ou encore la participation plénière à la liturgie. À chacun ses dispositions propres à recevoir le mystère de Noël, l’extraordinaire entrée dans notre humanité du Fils de Dieu.

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