Noël dans la cité

par Gérard Leclerc

lundi 19 décembre 2016

« Le peuple qui marchait dans les ténèbres a vu se lever une grande lumière ; sur ceux qui habitaient le pays de l’ombre, une lumière a resplendi. (…) Oui, un enfant nous est né, un fils nous a été donné ; l’insigne du pouvoir est sur son épaule ; on proclame son nom : merveilleux conseiller, Dieu fort, Père à jamais, Prince de la Paix.  » La tradition chrétienne a toujours reconnu dans cette citation du prophète Isaïe l’annonce de l’événement de la Nativité. L’éclat que le prophète proclame de cet événement projette sur l’avenir les prodiges de l’avènement des temps messianiques : «  Ainsi le pouvoir s’étendra, la paix sera sans fin pour David et pour son royaume. Il sera solidement établi sur le droit et la justice dès maintenant et pour toujours. Voilà ce que fait l’amour invincible du Seigneur de l’univers.  » L’universalisation de la promesse qui se fait jour déjà dans la période prophétique donne encore plus de portée à la venue de l’enfant dont le règne devra s’étendre sur le monde entier.

Au regard même de l’histoire, on est obligé de convenir que la naissance de Jésus a bouleversé le cours du temps. La rupture des Lumières n’a nullement interrompu la propagation de l’onde de choc, qui a débordé très largement le cadre de la chrétienté médiévale. Il est vrai que le rationalisme moderne avait voulu convertir le contenu du christianisme en termes rationalistes, à l’image du Vendredi saint spéculatif de Hegel. Plus gravement, c’est parfois une volonté d’éradication totale de la Promesse qui a caractérisé les totalitarismes modernes, ces religions séculières infernales. Mais l’histoire continue, avec son tragique, avec ses défis nouveaux qui imposent aux chrétiens de prendre une conscience plus aiguë de leur tâche, pour être plus fidèles à la nature de la Promesse.

Un de ces défis consiste à restituer la véracité de l’avènement de Noël dans une civilisation mercantile. Un autre consiste aussi à maintenir l’éclat de la lumière et la force de la Révélation, en refusant les moyens impurs, mais en maintenant avec constance le témoignage d’une foi explicite et agissante. Lorsque le conseil d’État admet l’installation de crèches dans des bâtiments publics, pour des motifs culturels et non cultuels, il relance le débat plus qu’il ne le dénoue. Car le culturel n’est pas neutre. Maurice Clavel prétendait même qu’il était option sur l’absolu. Ce serait trahir que d’accepter que la symbolique chrétienne déserte la culture contemporaine. Mais ce combat doit aussi obéir aux règles d’une différence évangélique qui modifie de l’intérieur sans contraindre les consciences. C’est la tâche ardue des libres enfants de Dieu.

Pour aller plus loin :

Messages

  • L’amour s’est refroidi et le cœur de l’homme s’endurcit toujours plus face à la vérité, au péché, au pardon, à l’innocence, à l’accueil de la faiblesse.

    La mondialisation des esprits contribue à propager une culture de mort que la Modernité humaniste a su retourner en progrès et en vertu incontestables. La famille s’y décompose et l’égoïsme s’y accroît.

    Le refus des limites et de la finitude exacerbe le besoin de consommation et consacre l’argent Roi. Les nouvelles idoles, Technologie et Hédonisme, distraient de la mort, et le transhumanisme promet l’immortalité. Tout ce qui vient troubler cette fuite du réel est réduit au silence. Mais le silence lui-même est associé à la mort, c’est pourquoi le bruit et le mouvement se déchainent pour ne rien entendre de ce que la conscience veut encore murmurer à l’homme de ce temps. Qu’il a une âme et qu’il importe de la sauver.

    Il y a un combat entre la Lumière et les ténèbres et ce combat a lieu en chacun de nous à chaque instant.

    Voilà dans quoi advient l’Enfant venu appeler tous les pécheurs.
    Tant que nous ne serons pas éblouis et bouleversés comme les Bergers et comme les Mages, nous ne nous ouvrirons pas au bonheur que Dieu promet. Bonheur qui exige la mort de nos illusions et la guérison de nos peurs de perdre notre vie.

    Nous pouvons donc dire devant la Crèche de Noël "Viens Esprit-Saint et envoie du haut du Ciel un rayon de ta lumière en nos cœurs malades et inconvertis. Donne-nous faim et soif de l’amour du Sauveur".

    Saint Noël à Gérard Leclerc et à France Catholique.

  • « Être chrétien, c’est renoncer à toute forme de violence, c’est marcher sur les pas de la non-violence évangélique selon Jésus. C’est voir la vie avec les yeux de la paix, c’est lutter sans violence pour envelopper la terre dans la paix. C’est renoncer à sa propre violence ; c’est ne plus être complice dans la culture de la violence. Brisons nos armes, ne soutenons plus les armées, éteignons nos téléviseurs, servons les pauvres, accueillons les réfugiés, plaidons pour la justice, travaillons au désarmement. Bâtissons une nouvelle humanité fraternelle, un nouveau monde exempt de toute violence. » (traduction libre d’un texte de John Dear, jésuite, 24 décembre 2015)

    • "Le peuple qui marchait dans les ténèbres a vu se lever une grande lumière...".

      Il n’y a rien de dégradant à avouer l’émotion ressentie à la vue d’une crèche... celle construite sous les décombres d’une église à Damas...
      En effet, à ciel ouvert à cause de boulets de canon et autres armes qui ont fait s’effondrer le plafond et des murs d’un lieu de prières, les habitants d’Alep ont tenu à ce que la crèche soit présente en ce Noël 2016 après la libération d’Alep-Est. Voir et entendre un jeune homme dire combien il était important qu’une crèche soit présente, même sous un amas de pierres et de débris de ce que furent des bancs et des prie-dieu, parce qu’une crèche c’est le symbole de la vie, de la joie et de l’espérance, entendre cela dans un décor apocalyptique, il y a de quoi reprendre courage.

      Pendant qu’ici et là, on interdit des crèches, on élimine des statues de la Sainte Vierge, on et on et on... Les motifs - ou les prétextes - sont nombreux pour effacer des symboles rappelant les racines chrétiennes
      d’une région, d’un pays, d’un village... Quelque part on peut, sauf erreur, lire dans cet espace : "...on ne va pas démolir les calvaires qui bordent nos routes !"... Affirmation fantaisiste ne reposant sur aucune assurance fondamentale : en effet, qui peut sérieusement asséner qu’un décret municipal ou une loi, ne pourront pas surgir dans un avenir proche ou lointain, exigeant la destruction des "calvaires qui bordent nos routes" au prétexte de la création d’emplacements parkings et/ou autres aménagements "pour l’amélioration du bien-être et du confort des citoyens"... Rien n’est moins sûr que des affirmations définitives.

      Est-ce bien Aristote qui a écrit : "La nature a horreur du vide" ? Il ne serait peut-être pas inutile d’y réfléchir... Aujourd’hui on élimine - légalement - une statue, rien ne garantit que demain on ne fera pas disparaître la petite église du village ou la basilique d’une cité.

      Prier et agir pour que cela ne se produise pas, est-ce encore possible ?

    • Puisque toujours dans cette période autour de la Joie de la Nativité...

      Une petite digression profane pour évoquer Papa Noël assorti de toutes les salades qu’on nous sert immanquablement à la veille de la fête : Papa Noël est un mensonge, on trompe les enfants, quand ils découvrent la vérité ils sont gravement choqués psychologiquement etc... Doctes attentions et conseils pour "préserver" les enfants du Mal ; bienveillance désintéressée portée à la santé mentale et intellectuelle de nos petits... Ceux-là mêmes exposés, malgré eux, à travers écrans télé et autres engins télécommandés, à des violences physiques et morales, à de navrantes vulgarités qualifiées de programmes festifs, à des scènes allant jusqu’aux obscénités les plus dépravantes, et au langage que l’enfant capte et retiens... Mais, allons, ne nous égarons pas, revenons plutôt à Papa Noël.

      Voilà ce que m’avait racontée une amie très chère, Patricia, Irlandaise croyante et pratiquante qui avait épousé un Français. Une de ces années, ayant jugé leur petit François apte dorénavant à assimiler la réalité et d’accord avec son mari, elle s’est chargée de lui la lui expliquer :

      - Tu vois François, tu connais Papa Noêl depuis que tu était tout petit. En fait, personnage d’une jolie légende avec son habit rouge et sa longue barbe blanche, le traîneau et la hotte sur le dos, Papa Noêl encourage les petits enfants à être encore plus sages et plus gentils que d’habitude et à Noêl il leur distribue les cadeaux bien mérités.

      - Même que je lui envoie une lettre...

      - Oui, mais vois-tu, François, maintenant que tu as grandi, il faut que tu saches que, c’est papa et moi qui recueillons ta lettre à la Poste et qui achetons ce que tu as demandé. Et c’est papa qui fait les paquets avec les jolis rubans et qui les dépose après minuit au pied du sapin. Tu comprends ?...

      François ayant écouté attentivement sa maman reste, quelques instants, un peu songeur en regardant le mur d’en face. Puis :

      - Oui, j’ai bien compris, maman. Papa Noêl n’existe pas vraiment.

      - Cela te déçoit ?

      - Peut-être un peu. Mais je ne suis plus un petit garçon maintenant.

      Un soupir intérieur de soulagement délivre le plexus de Pat’ alors que le petit François poursuit, en se tordant les mains :

      - Seulement, pauvre papa ! ce qu’il doit être noir de suie en sortant de la cheminée !...

      PS

      Une histoire vraie, elle, propice à communiquer, peut-être, un peu de cette fraîcheur de l’innocence. De nos jours, perdue trop tôt. (avis personnel).

    • Etant encore dans la Joie de la Nativité, il est quand même permis de méditer sur ce passage de Jean 1,11) :

      "Il est venu chez Lui, et les siens ne L’ont pas reconnu"...

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