Noël 2014

par Mgr Michel Chafik, Recteur de la Mission copte catholique de Paris

jeudi 25 décembre 2014

Chers amis,

« Bonnes fêtes ! », peut-on lire sur les guirlandes qui en ces temps éclairent la ville.

J’avoue que ces « bonnes fêtes » m’agacent un peu. J’aurais préféré « bon Noël » mais laïcité oblige, n’est-ce pas ? Et puis n’y a-t-il pas de l’indécence à parler fête quand tant d’hommes et de femmes souffrent de la misère ou de la guerre ? Comment penser à se réjouir quand, en Irak, en Syrie, tant de familles vont vivre Noël dans le froid, dans la peur et loin de leurs foyers ?

Passés le premier agacement, la première interrogation, je comprends que je fais fausse route. Nous avons besoin de l’effervescence de la fête qui, périodiquement, nous rassemble dans la joie et le partage, dans la mémoire d’une histoire commune et l’expression d’une espérance partagée.

Pour toutes ces raisons, les fêtes constituent un temps fort dans la vie des communautés. 2014 fut ainsi marquée pour nous par l’anniversaire de notre Mission qui a célébré, en mars, ses 25 ans en présence de sa Béatitude Ibrahim Sidrak. Ce fut l’occasion pour notre communauté de mesurer le chemin parcouru. Au départ, elle n’avait aucun lieu où célébrer, selon son rite, la sainte liturgie, aucun lieu où se réunir. Désormais nous nous retrouvons, chaque dimanche et lors des grandes fêtes religieuses, à Notre Dame d’Egypte. Cette petite chapelle nous ressemble. Avec son iconostase et sa photo de Sainte Thérèse, elle est à l’image de notre identité tout à la fois copte et catholique. Après la messe d’action de grâce et les belles paroles de notre patriarche, nous nous sommes réunis autour d’un buffet oriental préparé par les femmes de notre Mission.

Les fêtes privées ont également leur importance. Puisque nous parlions anniversaire, je dois vous avouer que j’ai franchi en mai le seuil de la soixantaine. Lors d’une messe célébrée à Saint François de Sales, j’ai rendu grâce pour les bienfaits dont m’a comblé le Seigneur et pour l’Eglise à qui je dois tout. Elle a formé mon âme et mon esprit, elle m’a offert mes joies les plus profondes et mes plus belles amitiés. En ce jour particulier, j’étais très heureux de la présence à mes côtés de ma sœur religieuse et de mon frère aîné, venus tous deux d’Egypte me porter les vœux de ma famille.

La famille tient une place centrale dans nos vies comme l’a rappelé le Synode qui, dernièrement, lui a été consacré. Qu’adviendrait-il en effet de notre monde si le lien familial venait à se distendre, si les adultes, atomisés, étaient renvoyés à leur solitude et les enfants livrés à eux-mêmes, sans personne pour leur montrer le ciel ?

Ils sont si malléables, les enfants, prêts à suivre le loup dans les contes d’autrefois et aujourd’hui, en embuscade sur la toile, les prophètes mortifères de l’Etat Islamique ! Des errances de notre jeunesse, nous sommes tous responsables. Si elle se fourvoie ainsi, c’est que nous n’avons su l’aider à se construire, que les pères sont absents et les mères dépassées.

En Orient, les enfants sont les premières victimes de la misère et de la guerre ; en Occident, ils pâtissent de la crise des valeurs et des familles en crise. Il semble que l’histoire bégaie, que le massacre des Saints Innocents ne doive jamais s’achever.

La crèche annonce la Croix, la fête de l’Incarnation se vit à l’ombre de la passion. Voilà pourquoi, quelles que soient les difficultés rencontrées, nous répondons, pleins d’espérance, à l’appel de la fête.

Joyeux Noël, Bonne et sainte nouvelle année !

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