Newman, inspirateur de Vatican II ?

par le Père Keith Beaumont, Prêtre de l’Oratoire de France

vendredi 10 septembre 2010

On a souvent parlé de l’influence de Newman sur le dernier Concile. Cette influence s’est exercée indirectement, à travers d’autres grands théologiens présents au Concile, comme les futurs cardinaux français Yves Congar et Henri de Lubac, le cardinal américain John Courtney Murray, principal architecte de la Déclaration sur la liberté religieuse, et le jeune peritus ou théologien expert du cardinal Frings, archevêque de Cologne, Joseph Ratzinger.

Quelles sont les idées de Newman qui ont pu marquer tout particulièrement le Concile ? Paul VI a cité « la question de l’œcuménisme, le rapport entre le christianisme et le monde, l’accent mis sur le rôle des laïcs dans l’Église et le rapport de l’Église aux religions non-chrétiennes » [1] . Mais ces idées forment chez Newman un tout cohérent. Quel est leur principe unificateur ?

En tout premier lieu se trouve sa conception même de la vie chrétienne. Pour lui, le chrétien « peut presque être défini comme un homme qui a un sens souverain de la présence de Dieu en lui »2. Par son Esprit, le Christ « vit » ou « habite » en chacun de nous, pour autant que nous acceptions d’accueillir sa présence.

Ce qui est vrai de chacun de nous est vrai aussi du « corps » que nous formons. Newman propose ainsi une conception de l’Église comme « corps » du Christ, composé de membres interdépendants qui ont tous un rôle à jouer. C’est dans ce contexte qu’il faut situer son insistance sur le rôle des laïcs.

Cependant, l’Église est aussi le « corps mystique du Christ ». Plus d’un siècle avant l’encyclique de Pie XII, Mystici corporis, Newman a compris cette vérité fondamentale. C’est cette conception de l’Église comme corps « mystique » et « sacrement » du Christ, qui sous-tend sa compréhension également de la présence du Christ dans les sacrements.

Le rôle du Christ est inséparable de celui de l’Esprit Saint, aussi bien dans la vie de l’Église que dans l’« âme » de chaque chrétien. Car tout ce qui nous vient de la part du Christ nous vient par Son Esprit, qui fait de chacun d’entre nous et de l’Église tout entière Son « temple » dans lequel Il « habite ».

« Temple » de l’Esprit, tout chrétien est appelé à la sainteté, ici et maintenant dans le monde où il vit. Newman annonce ainsi le thème conciliaire de « l’appel universel à la sainteté ».

Il devance aussi de plus d’un siècle non seulement le Concile, mais toute l’évolution de la théologie catholique dans la seconde moitié du 20e siècle, en reconnaissant la place centrale de Pâques et de la Résurrection dans la vie chrétienne et dans la liturgie.

Au cœur de sa pensée se trouve aussi sa conception de la conscience, autre grand thème du Concile. Elle est à la fois conscience morale et conscience (consciousness) de la mystérieuse présence de Dieu au plus profond de chacun (d’où la qualification de sa conception d’« éthico-religieuse »). C’est en raison de la conscience que Newman prône le respect profond de la personne, ainsi que la liberté religieuse.

C’est la conscience aussi – puisqu’elle est présente en tout homme, et donc au sein de toute culture et de toute civilisation – qui constitue le premier fondement du dialogue interreligieux. Elle est le fondement de ce que Newman appelle la « religion naturelle », que la Révélation vient non pas remplacer mais compléter.

Enfin, selon le futur pape Benoît XVI, son « enseignement sur le développement de la doctrine » constitue, avec sa « doctrine de la conscience », une « contribution décisive au renouveau de la théologie » en nous enseignant à « penser historiquement en théologie »3.

Cependant, si Newman annonce et anticipe sur bien des thèmes du Concile, sa pensée extrêmement subtile et complexe nous permet de creuser encore davantage beaucoup de ces thèmes.

Par exemple, il propose une conception dynamique de l’Église fondée sur l’existence de trois « pôles » entre lesquels il existera toujours une tension qui est à la fois inévitable, nécessaire et salutaire.

Sa conception du « développement » articule de manière subtile les concepts de changement et de continuité, d’innovation et de fidélité. Il nous aide ainsi à redécouvrir une conception dynamique et vivante de la Tradition.

Il nous propose, en s’inspirant de la pensée des Pères de l’Église, une théologie du salut qui établit un lien intime entre notre conception du salut et notre vie spirituelle.

Enfin, il propose ce qu’on peut appeler une « psychologie », et même une « phénoménologie », de la foi, qui traite des questions des rapports entre foi et raison, foi et vie éthique ou morale, et foi et vie spirituelle.

La réflexion de Newman sur toutes ces questions peut nous être d’une aide inestimable.


[1Discours prononcé devant les participants du Cardinal Newman Academic Symposium en 1975. L’Osservatore Romano, éditions anglaise, 17 avril 1975.

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