Canonisation

«  Newman antidote à la sécularisation  »

Propos du P. Keith Beaumont, prêtre de l’Oratoire de Jésus recueillis par Aymeric Pourbaix

mercredi 9 octobre 2019

Les armes de Newman. Elles rappellent sa devise : «  Le cœur parle au cœur  », inspirée de saint François de Sales, dont il avait le portrait dans sa chapelle.
CC BY-ND 2.0 / Fr James Bradley

Prêtre anglican converti au catholicisme, le cardinal John Henry Newman (1801-1890), sera canonisé le 13 octobre prochain. Suivons les traces d’un prophète qui n’a pas seulement été un brillant théologien, mais aussi un pasteur du peuple.

En quoi Newman a-t-il été visionnaire sur la situation délicate et les défis que l’Église allait devoir affronter ?

Père Keith Beaumont, prêtre de l’Oratoire de Jésus, France : Newman n’a certainement pas pu prévoir la crise actuelle suscitée par les affaires de pédophilie. Mais en historien chevronné il était parfaitement lucide sur les nombreuses crises qui ont jalonné l’histoire de l’Église. Il s’est penché tout particulièrement sur la crise de l’arianisme aux IVe-Ve siècles, ainsi que celle occasionnée par la Réforme protestante au XVIe siècle, qui ont toutes deux profondément déchiré l’Église. Il voyait dans le monde moderne une crise profonde de la foi ; mais derrière celle-ci, il voyait aussi une crise philosophique et même métaphysique, une tendance grandissante à rejeter toute forme de transcendance. Est-il besoin de dire que cette tendance s’est encore accrue de nos jours ?

Quelle solution préconisait-il ?

La première des deux crises évoquées, l’arianisme, a été surmontée, selon Newman, grâce surtout à la fidélité des laïcs, là où une majorité d’évêques – succombant il est vrai à des pressions politiques – avaient embrassé l’hérésie. La seconde, la Réforme protestante, par l’activité et l’exemple, en grande partie, d’un très grand nombre de saints catholiques. Il appliquait ces mêmes critères à sa propre époque : il plaidait pour un laïcat bien formé, capable d’expliquer et de défendre sa foi ; il en appelait à un clergé bien formé et saint ; et surtout, plus d’un siècle avant le concile Vatican II, il préconisait ce que le concile appelle «  l’appel universel à la sainteté  ».

Plus largement, Newman prônait un retour à la vision des premiers chrétiens et des Pères de l’Église. Le chrétien «  apostolique  », selon lui, était caractérisé par un lien personnel avec le Christ, présent au plus intime de lui-même ; par une attitude de «  veilleur  » ; par une vie de prière incessante ; et par une joie intérieure profonde.

Il définit le chrétien non seulement comme un «  croyant  », mais aussi comme quelqu’un qui possède, ou qui désire posséder, «  un sens souverain de la présence de Dieu  » au plus intime de lui-même, pour citer un sermon anglican. C’est peut-être la leçon la plus importante que nous avons à apprendre de lui aujourd’hui.

Lire l’entretien de l’article dans le magazine.

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