Neurasthénie

par Gérard Leclerc

mardi 19 décembre 2017

Il est des jours où la lecture du journal et l’écoute des médias pourraient vous rendre neurasthénique, en vous confirmant dans une vision désespérée du monde. Je relève en une seule journée qu’il existe bien un racisme structurel en France, que la justice est impuissante face à l’arme du viol en temps de guerre, que le dopage de masse est une réalité tenace dans le monde du sport, que les violences faites aux femmes sont un réel danger de santé publique, que les agressions sexuelles existent aussi dans le sport (décidément !), que l’Autriche va être gouvernée pour moitié par des fascistes, que les États-Unis sont en train de diffuser sur la planète une malbouffe qui entraîne le développement de l’obésité… J’arrête cette liste qui pourrait se prolonger jusqu’au bout de ma chronique. Mais que faut-il en conclure ? Sûrement pas que les informations rapportées sont fausses, que les diagnostics alarmants sont inutilement anxiogènes. Pour autant, c’est une certaine perception de la réalité qui se formule ainsi. Une perception à laquelle je me permets d’apporter quelques critiques. On n’est pas obligé de les partager, mais je les propose pour le simple plaisir (qu’on daigne me l’accorder !) d’une réflexion en commun.

Ce qui ressort de cette vision unilatéralement pessimiste, c’est un monde cabossé, une sorte de corps tuméfié, entièrement couvert de cicatrices. Je ne voudrais pas à l’inverse imposer l’idée d’un monde idéal, merveilleux, qui cacherait nos misères sous un masque artificiel. Mais je crains qu’à force de pessimisme, on ne donne pas sa chance à l’éclosion de biens, de services réciproques, de gratuité dont est capable ce monde, si perclus de misère soit-il. J’ai parfois l’impression que l’action politique se résume à ce qu’on appelle « la lutte contre les discriminations ». Loin de moi l’idée qu’il ne faut pas lutter contre ce type de pathologie. Mais à vouloir tout ramener aux discriminations, on donne l’impression que tout est défectueux, si ce n’est pourri dans nos liens sociaux. Et on aboutit à des accusations graves que je considère, personnellement comme injustes. Je ne crois pas que la société française soit structurellement raciste, comme certains voudraient nous l’imposer. Je crois que cette société possède des ressources internes, visibles et tangibles dans nos vies quotidiennes. S’il y a beaucoup à changer et à réformer chez nous, on n’y parviendra que grâce à une société qui est aussi pleine de vie et de promesses.

Chronique diffusée sur Radio Notre-Dame le 19 décembre 2017.

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