Ne rien faire ? Une forme d’action !

Helen Freeh, traduit par Pierre

vendredi 24 avril 2020

Face à une attaque, une catastrophe naturelle, un assaut guerrier, les humains éprouvent un désir insurmontable de passer à l’action. Au Nebraska, nous avons subi l’an dernier des inondations exceptionnelles et nos concitoyens se sont unis pour des tâches telles que préparer des sacs de sable, effectuer des nettoyages, préparer des repas et boissons. Nous avions à faire, face à la catastrophe. Nashville, Tennessee, a été frappée récemment par des tornades faisant vingt-cinq morts, et détruisant des quartiers entiers. Des milliers de volontaires vinrent aider pour les secours et les déblaiements. Ils étaient si nombreux que les autorités durent en refouler.

Nous sommes ”cablés” pour agir en réaction à la souffrance, à la perte, aux attaques, aux menaces contre notre communauté.

Cependant, alors que survient le pire événement depuis la seconde guerre mondiale, nous sommes juste invités à une réponse : l’inaction. Nous ne pouvons nous mobiliser pour faire face à l’assaut mondial du Coronavirus de Wuhan. Nous ne pouvons nous engager au bureau local de recrutement. Nous ne pouvons apporter nos produits en participation à l’effort de guerre. Nous ne pouvons même pas aller défiler en signe de protestation ou de soutien à l’action du gouvernement.

Nous sommes mobilisés pour l’inaction.

L’action à présent consiste à rester à la maison, pas à aller au travail, à l’école, à des réunions, à des évènements sportifs, à des concerts, ou — hélas pour beaucoup d’entre nous — à la Messe. Notre devoir civique, et même moral, consiste à ne rien faire. En plein Carême, peu avant les festivités pascales, nous avons été invités par notre gouvernement à entrer dans une vie monacale, cloîtrés dans nos demeures. On ne saurait négliger le sens spirituel de cette contrainte.

Dans son ouvrage God or Nothing [Dieu ou rien] S.E. Le Cardinal Sarah nous met en garde contre ”l’hérésie de l’activisme” qui nous a fait oublier que le cœur de nos vies repose exclusivement en Dieu. L’activité dans la vie actuelle nous aveugle et nous assourdit devant la réalité de notre dépendance envers Dieu. Nous sommes des passagers à bord de ce bas monde, et notre existence échappe généralement à notre contrôle.

La situation due au coronavirus met en lumière une vérité de toujours. Ce virus, tout comme les autres désastres naturels, échappe à notre contrôle. Mais nous sommes en mesure de contrôler nos réactions. Si nous avons égaré notre sens du contrôle nous sommes désarmés. Cette sorte de désarmement révèle une beauté cachée dans nos esprits. Nous devons réagir par la docilité, la confiance, la soumission à la Divine Providence, et, plus encore, par la charité. Et puis, « par-dessus tout, la charité » [Col, 3:14], « conservez entre vous une grande charité » [1 P, 4:8]. La charité est le lien entre toutes les autres vertus et les domine toutes.

Nous sommes dans une situation bien ironique, pleine d’une forte signification spirituelle. Pour agir contre la contagion, nous devons ne rien faire. Pour consolider nos alliances internationales, il faut fermer nos frontières. Nous n’avons jamais été aussi proches par la pensée qu’éloignés physiquement les uns des autres. C’est par amour pour nos voisins que nous devons nous abstenir de leur rendre visite. Nous devons éparpiller nos communautés pour les préserver. À présent notre société est formée de foyers isolés. Et nous sommes attirés davantage vers Dieu et Son domaine en étant éloignés de Sa présence sacramentelle. Ces privations sont notre sacrifice.

Une vie cloîtrée apporte inconvénients et avantages. Un avantage : nous pouvons tous être nus-pieds. Pourtant, nous avons été incarcérés sans y être convenablement préparés. Même en cellule, nous sommes encore capables de ”faire quelque-chose”. Comment nous dévouer, les actions à entreprendre consistent à aider famille et amis à être ”de sages moines”. Il faut encourager les autres, connus et inconnus, par le biais des réseaux sociaux. Rétablir l’union autour du Christ tout de suite, et non la laisser à l’abandon. Nos premières pensées pour autrui devraient être guidées par la charité, tout d’abord par la charité.

Un des effets marquants de ce virus est l’isolement auquel sont soumis nos anciens. Il existe des réponses pratiques à ce problème. Je tente au sein de ma paroisse de susciter des liens d’équipes de jeunes bien-portants avec des anciens ou des personnes fragiles. Un contact quotidien permettrait de détecter les besoins et d’y remédier.

L’isolement est déjà bien pénible pour une famille, songez à ce qu’il peut infliger à celui qui est condamné à la solitude. Nos paroisses peuvent apporter leur aide en suscitant un programme ”Adoptez un paroissien isolé” afin de soutenir ceux qui sont le plus exposés à présent. Une forme de charité qui pourrait sauver des vies.

Il faut tous nous soumettre à un jeûne sévère, nous ne jeûnons pas en raison de fautes mais pour notre bien afin de nous rapprocher de Dieu, source de toute notre existence. Il faut nous priver de l’agrément de la vie en communauté. Le jeûne n’est pas perpétuel. Songez à la joie de se retrouver en commun à la fin de ce jeûne !

La communauté avec nos semblables nous paraît un bien acquis, tout comme recevoir la Sainte Communion à la Messe nous est naturel. Combien cette privation quotidienne nous aura éprouvés. Un trait splendide de la Genèse : Joseph déclare à ses frères : « vous considériez que c’était mal, mais, pour Dieu, c’était un bien. » Le coronavirus et ses effets sont une épreuve, et notre réaction peut accentuer et aggraver ses effets, ou bien, avec l’aide de Dieu, nous pouvons en tirer un bien.

L’isolement est une croix à porter par chacun. Mais si nous portons notre croix elle nous mènera vers une plénitude de vie comme on n’en aura jamais connu.

Nous avons reçu un don considérable avec cette épreuve historique de souffrance en commun — le don du temps consacré à la prière, à la réflexion et si possible au loisir. Prenons ce que nous ne pouvons éviter et acceptons que ce ”ne rien faire” nous apporte le nécessaire.

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