Natacha Polony et la tranmission de la culture

par Gérard Leclerc

mercredi 2 juin 2010

Pour lire Natacha Polony dans Marianne puis Le Figaro depuis des années, je connais son bon combat en faveur de la culture et de sa transmission. Je dis bon combat et j’ai sans doute en tête le mot de saint Paul dans la seconde Épître à Timothée : « J’ai combattu le bon combat, j’ai achevé la course, j’ai gardé la foi... » Ce bon combat là n’a rien à voir avec ce que Philippe Muray appelait l’Empire du Bien et qu’il nous a appris à détester, parce qu’il prétend dès ici bas éradiquer le mal, contrairement au conseil évangélique qui impose d’attendre avant de séparer le bon grain de l’ivraie. Il y a une façon de vouloir le Bien, ici et tout de suite, qui tue le Bien et la bonté, et qui rend le monde lisse et insupportable. C’était d’ailleurs le rêve inavoué du totalitarisme : abolir le mal en ce monde, établir définitivement l’Empire du Bien, fut-ce au prix de l’éradication de l’homme. Il y a une façon d’éradiquer les maux de l’humanité, qui aboutit à l’abolir.

Et c’est là, devrais-je ajouter, que Muray est grand, et qu’il faut absolument aller écouter Fabrice Luchini au théâtre de l’atelier interpréter quelques-uns de ses textes les plus marquants. Bien sûr, il y a une tristesse de Muray, comme il y a une tristesse de Luchini que celui-ci avouait récemment chez Alain Finkielkraut. Mais il y a aussi une mélancolie chez Molière, comme il y a une infinie tristesse chez Louis-Ferdinand Céline. Il faut se méfier de l’optimisme mondain, comme Bernanos s’en est toujours méfié. L’optimisme qui se fonde sur une idée de perfection et d’achèvement de l’humanité se donne un objectif à fuir absolument. Les héros et les saints ne sont pas des optimistes qui fixent à leurs frères et sœurs l’objectif du bonheur immédiat, de la transparence absolue, de l’idylle humanitaire. Non, il ne font qu’infuser un peu de courage et d’amour, pour venir humblement servir leurs semblables.

Mais j’en reviens à l’éducation et à la transmission. Pour moi, un des plus grands crimes, et sans doute le plus grand, accompli par l’Éducation nationale, aura été la suppression de l’histoire de la littérature française et évidemment l’étude des grands textes qui lui correspondaient. Dieu sait si j’aime la philosophie, mais je considère que la littérature la précède, même en dignité, parce qu’elle est la seule à nous faire comprendre nous-mêmes et le monde qui nous entoure. Nous faire comprendre dans notre complexité, avec nos défauts et même au fond de notre enfer. Bernanos, déjà nommé, et Dostoïevski, en dépit ou plutôt à cause de leur christianisme, sont des explorateurs de notre abîme intérieur. Et l’héroïsme et la sainteté consistent chez eux à affronter l’abîme, sans jamais le nier. Le monde post-littéraire voudrait, au contraire, nous introduire définitivement dans l’empire du Bien, détruisant du même coup nos différences les plus significatives. J’en parlais avant-hier à propos de l’imposition de la notion de Genre à l’encontre du sexe. C’est dire, pour terminer d’un mot, que la mission de l’école consiste à travers la transmission de la culture à faire aimer la vie, la vraie, la plus dense, la plus redoutable, celle qui est à sauver !

http://blog.lefigaro.fr/education/

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