Les maisons d’éducation de la Légion d’honneur

Napoléon et l’éducation

par l’Abbé Louis Reynouard

mercredi 5 mai 2021

Maison d’éducation de la Légion d’honneur, abbaye de Saint-Denis, 1870.

Il n’y a pas que le Code civil. En matière d’éducation également, l’Empereur s’est montré un législateur attentif, et soucieux du bien des âmes.

Elisa, la sœur de Napoléon, fut élevée à Saint-Cyr. Sa cousine Stéphanie, comme sa belle-fille Hortense, furent élevées par Madame Campan à Saint-Germain-en-Laye. «  Ces filles sont des bégueules. Madame de Maintenon s’est bien trompée avec d’excellentes intentions  », a pu dire Louis XVI au sujet de l’éducation dispensée à Saint-Cyr. Napoléon confirmera : «  Saint-Cyr n’était qu’une guirlande de fleurs offerte à Madame de Maintenon pour l’amour de Louis XIV. Deux cent cinquante filles nobles n’étaient rien pour 8 000 familles de pauvres gentilshommes  ».

Une idée précise de l’éducation

En signant le décret de création des Maisons d’éducation dans son quartier général du palais de Schönbrunn le 15 septembre 1805, l’Empereur a déjà une idée précise de l’éducation qui doit s’y dispenser. Il confie les bases de l’institution au comte de Lacépède, bien que franc-maçon depuis le temps de l’Ancien Régime. Napoléon, qui n’appréciait pas les errements intellectuels de cette mouvance, lui faisait toutefois entière confiance.

Dans une lettre du 15 mai 1807, rédigée depuis son quartier général de Finkenstein, Napoléon établit les bases de l’institution. «  Qu’apprendra-t-on aux demoiselles qui seront élevées à Écouen ? Il faut commencer par la Religion, dans toute sa sévérité. N’admettre à cet égard, aucune modification. La Religion est une importante affaire dans une institution publique des demoiselles. Elle est, quoi qu’on en puisse dire, le plus sûr garant pour les mères et pour les maris. Élevez-nous des croyantes et non des raisonneuses… Presque toute la science qui sera enseignée doit être celle de l’Évangile. Je désire qu’il en sorte non des femmes agréables, mais des femmes vertueuses, que leurs agréments soient de mœurs et de cœur, non d’esprit et d’amusement… Que les élèves fassent chaque jour des prières, entendent la messe et reçoivent des leçons sur le catéchisme. Cette partie de l’éducation est celle qui doit être la plus soignée.  »

S’il semble que tout cela soit dicté par le fondateur d’un ordre religieux enseignant, les raisons invoquées dans la même lettre par Napoléon ne se retrouveraient pas dans les écrits de sainte Angèle Mérici ou de sainte Madeleine-Sophie Barat. Il écrit en effet : «  La faiblesse du cerveau des femmes, la mobilité de leurs idées, leur destinée dans l’ordre social, la nécessité d’une constante et perpétuelle résignation et d’une sorte de charité indulgente et facile, tout cela ne peut s’obtenir que par la Religion, une religion charitable et douce.  »
On jugera du propos !

Choix stratégique des aumôniers

Pour obtenir un tel résultat, l’Empereur va mettre un soin particulier au choix des aumôniers. Il avait écrit au Grand Chancelier : «  Il faut donc qu’il y ait à Écouen un directeur, homme d’esprit, d’âge et de bonnes mœurs, capable de bien monter cet important service.  » Tous sont des prêtres, en exil ou cachés pendant la Terreur, et sont nés entre 1740 et 1768 ; comme le premier aumônier nommé à Écouen puis à Saint-Denis, l’abbé Joseph Alexis Gauthier, né en 1740, quarante ans curé de Montlhéry, réfractaire, vivant dans la clandestinité aux heures sombres.

Retrouvez l’intégralité de l’article dans le magazine.

Messages

  • Comment penser que le rapport de Napoléon à la religion ait été autre que cynique ? Le système éducatif qu’il a voulu avait pour but le "gouvernement des esprits" ; il a été largement inspiré par le modèle militaire : marcher au pas, ce qui n’a rien de pédagogique, ni de spirituel. Nous subissons encore les conséquences du système éducatif "le meilleur du monde", dont la France est fière, compte tenu de son admiration majoritaire pour le conquérant qui a mis l’Europe à feu et à sang. Certes il a mis fin au chaos révolutionnaire, mais il ne faut pas pour autant en oublier le prix payé par la France.

  • En effet, on peut penser que "le rapport de Napoléon à la religion ait été autre que cynique" quand il est évident qu’on ignore tout des écoles relevant de la "Légion d’Honneur". Juger Napoléon au regard des guerres, des victoires et des défaites, du sang versé, l’accuser d’avoir "décimé la France" est une chose et chacun reste bien entendu libre de ses choix. Mais serait-il intellectuellement honnête de jeter sur lui le discrédit en avançant qu’à travers les écoles de la Légion d’Honneur l’empereur ait voulu imposer le "gouvernement des esprits" ?

    Si "marcher au pas" relevait du seul "modèle militaire" et "n’a rien de pédagogique ni de spirituel", le laisser-aller dans le vocabulaire, la façon de s’adresser aux éducatrices et éducateurs, de se comporter envers eux, se vêtir idem pour aller à l’école pour étudier et pour aller à un bal masqué ou à une "rave-party", bref, cet étrange éventail de pseudo-libertés serait-il pédagogique et émancipateur ?

    D’aucunes et d’aucuns assureront que le fait d’avoir porté un uniforme dans leurs années d’école dissipait les différences de degrés dans l’échelle sociale, fortune et titres, encourageait l’esprit d’équipe et d’égalité et incitait à la coopération et au respect mutuel entre les élèves.

    Comme quoi le discernement et faire la part des choses sont aussi des valeurs de moins en moins suggérées - pour éviter "inculquées" - aux jeunes de ce début du XXI s. On n’attend pas que l’avenir le dise...

  • Madame Campan apprenait à ses élèves, le vocabulaire, la géométrie, l’histoire (Tacite : ose penser par toi-même") la géographie de chaque pays du monde : géographie physique, histoire de la religion, nature du gouvernement, productions et richesses, anglais et rédiger en anglais (d’après le livre : Henriette Campan de Geneviève Haroche-Bouzinac)
    Au lycée, le professeur d’histoire nous apprenait : le régime de l’empereur s’appuyait sur 3 forces : l’armée, la police et l’Eglise, pour l’Eglise, il s’en est assuré par le concordat.
    Quant aux femmes, on sait que sa sœur Caroline est aussi allée chez Madame Campan déjà adolescente et qu’elle ne savait pas lire en y arrivant. Les femmes de la légion d’honneur n’avaient besoin que de paraître si elles étaient filles de maréchaux, les autres apprenaient à travailler dans une autre classe

  • Les dernières lignes du message de Gilberte signifieraient-elles que du temps de Mme Campan seules les filles de maréchaux étaient admises à ses classes et que les élèves de rang social inférieur étudiaient séparément ? Ce que l’on sait, c’est que les établissements scolaires pour filles de militaires supérieurs sous le régime de la Légion d’Honneur créée par Napoléon comprenaient chacun une école séparée réservée gratuitement aux jeunes filles de famille modeste et aux orphelines.

    Il y a aussi des écoles fondées par des religieuses qui ont été classées sous la bannière "Légion d’Honneur", on pense aux "Dames du Sacré-Coeur", fondatrice Sophie Barat, ou encore celles de "La Mère de Dieu", fondatrice Marguerite Lézeau, et d’autres. Ces congrégations ont connu les situations de leur temps : dispersées puis revenues en France, elles quittent le pays au tout début du 20e s. et... elles essaiment dans le monde entier. Leurs écoles reçoivent les enfants de familles de rang social élevé, alors que des écoles séparées dirigées par ces religieuses accueillent des filles de familles pauvres et des orphelines pauvres.
    Les époques passant, ces écoles élargissent leurs admissions d’enfants de famille de classe moyenne et parfois très moyenne - on dirait aujourd’hui qu’elles se démocratisent, n’est-ce pas - et, toutes origines confondues, les jeunes filles reçoivent la même qualité d’enseignement et la même éducation. Ne pas oublier qu’en pays d’islam les jeunes filles musulmanes de familles aisées sont confiées aux religieuses de ces écoles chrétiennes au vu, non seulement de la qualité et du sérieux du système éducatif mais aussi du niveau de l’enseignement prodigué. Et, de l’aveu des anciennes de ces établissements, les élèves évoluaient dans un contexte propice à l’appropriation des valeurs comme le respect mutuel. En avouant aussi que dans ces écoles la fermeté et le règlement ne souffraient aucune fantaisie, ces anciennes parlent volontiers des amitiés solides nées pourtant entre jeunes filles de sensibilités spirituelles différentes...

    Ces lignes auraient peut-être dû commencer par : "il était une fois..."...

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