Mystère de l’eucharistie

par Aymeric Pourbaix

vendredi 15 février 2019

Ces derniers jours, plusieurs églises ont été saccagées en France. Avec pour certaines, la profanation et le vol des saintes hosties. Comme l’a souligné sur Twitter Mgr Olivier Ribadeau-Dumas, porte-parole des évêques de France, « nous ne pourrons jamais nous habituer (…) à ce que nous avons de plus beau et de plus précieux, le corps du Christ, soit piétiné ».

Mais l’effet de loupe de l’actualité ne doit pas faire oublier qu’hélas, ces profanations ne datent pas d’hier. Dans le Morbihan, quelques décennies plus tôt, une religieuse, résistante et mystique, Mère Yvonne-Aimée de Malestroit, avait reçu un charisme extraordinaire de recherche des hosties profanées. Au point de fortement impressionner l’écrivain Julien Green, qui en parlait comme d’une « femme admirable », morte en odeur de sainteté en 1951.

Pour le père Paul Labutte, son proche confident, ces faits surnaturels sont là pour rappeler « la tradition constante de l’église » au sujet de la présence réelle du Corps et du Sang du Seigneur. Et aussi pour les chrétiens, ajoutait-il, le respect inconditionnel dû à cet admirable sacrement, fût-ce au péril de leur vie. L’histoire des missions, l’art sacré – celui de la Contre-Réforme exaltant l’eucharistie – ainsi que le martyrologe romain en témoignent : c’est dans cette hostie sainte que réside le secret de l’extraordinaire dynamisme de l’église, sans cesse renaissant de ses très nombreuses épreuves.

Au début du IVe siècle, le 12 février 304, quarante-neuf martyrs sont morts à Abitène, dans l’actuelle Tunisie, pour avoir participé à une messe clandestine. Cette ultime persécution sous Dioclétien, une des plus sanglantes, a aussi précédé de peu la paix constantinienne de l’édit de Milan, en 313. « Pour nous non plus, avait commenté Benoît XVI à Bari en 2005, il n’est pas facile de vivre en chrétiens (…). Sachons tirer de la participation à l’Eucharistie l’élan nécessaire pour un nouvel engagement dans l’annonce au monde du Christ, notre Paix. »

C’est pour cela qu’il faut se réjouir de la célébration par le pape François, à Abou Dhabi, de la première messe en public aux émirats arabes unis, devant une centaine de milliers de personnes. L’action diplomatique du Saint-Siège peut sembler déroutante parfois, comme avec l’Ostpolitik vis-à-vis de l’URSS. Aux émirats comme derrière le rideau de fer, la liberté religieuse – celle de se convertir – est encore loin d’être pleinement assurée. Mais les fruits de cette politique nous échappent aussi bien souvent : au moment même où ces profanations se produisaient en France, une église était inaugurée fin janvier à Cuba. Une première depuis l’avènement du régime de Fidel Castro, en 1959.

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Photo : © Robert Cheaib

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