Munich et Avignon

par Gérard Leclerc

mercredi 2 mai 2018

Simultanément, deux informations viennent d’être publiées, que l’on est bien obligé de rapprocher, même si elles concernent deux pays différents, et font part de décisions complètement contradictoires. D’un côté, il y a la Bavière, cette région allemande réputée pour sa culture catholique, et dont le ministre président vient d’annoncer l’installation obligatoire du crucifix dans tous les bâtiments officiels. De l’autre, il y a notre bonne ville d’Avignon, elle aussi très marquée par son passé religieux, dont témoigne la présence massive du fameux Palais des papes. Mais à Avignon, au rebours de Munich, l’intention est inverse. Plutôt que d’insister sur l’identité chrétienne de la ville, il s’agit de l’estomper, en changeant les noms des écoles publiques qui se rapportent à des figures de la sainteté.

La mairie socialiste voudrait ainsi débaptiser les écoles Saint Roch et Saint Jean, et encore Saint Gabriel, Saint Ruf et Sainte Catherine. Du coup, la colère gronde et parfois l’ironie se fait mordante. On suggère à la municipalité des noms de remplacement, tels que Che Guevara, Lénine, Karl Marx ou même celui du dictateur nord-coréen très à la mode. En Bavière, c’est l’inverse. La polémique enfle contre la volonté de faire de la Croix un simple symbole culturel : « La Croix n’appartient pas à la CSU », rétorque un rédacteur du site de la Conférence des évêques allemands, qui va jusqu’à dénoncer une profanation blasphématoire. Pourtant, l’Allemagne n’est pas la France et ne se réclame pas de la laïcité, concept spécifiquement français et difficilement transposable dans les autres pays européens.

Faut-il voir dans cette opposition entre Munich et Avignon quelque chose d’essentiel se rapportant à une identité, revendiquée ou déniée ? Peut-être bien. Mais une identité oblige, elle ne se limite pas à une simple étiquette, sous laquelle on peut fourguer n’importe quoi, et notamment un programme politique assez indifférent à ce que signifie la Croix du Seigneur. Cela dit pour Munich. En ce qui concerne Avignon, le déni du passé historique n’est pas non plus anodin, dès lors qu’il consiste à refouler une mémoire qui n’a rien de folklorique, mais renvoie à des sources vives, ou à ce qu’Emmanuel Macron appelle « la sève » qui monte des racines vivantes de la chrétienté.

Chronique diffusée sur Radio Notre-Dame le 2 mai 2018.

Messages

  • A Avignon saint Jean est saint jean de Matha, du 13e siècle qui fonda l’ordre des trinitaires qui existe toujours, chargés de racheter les chrétiens prisonniers esclaves des musulmans ; voila ce qu’il convient de taire aux élèves venus de pays anciens esclavagistes. Cela est plus compliqué pour saint Roch, qui est aussi le nom d’une commune d’Indre- et- Loire : ses habitants seront-ils sommés de changer ce nom pour satisfaire les socialistes ?. Quand à saint Ruf, c’est aussi le nom d’un footballeur très connu, Nicolas Saint-Ruf qui joue actuellement à Bourg-en-Bresse : sa carrière prendra-t-elle fin pour cacher son nom contraire à la laïcité ? sainte Catherine est plus facile à escamoter : c’était la fête des jeunes filles de moins de 25 ans, espèce en voie d’extinction. saint Gabriel est dans un mauvais lieu au mauvais moment

  • Le service public et la culpabilisation de l’homme blanc, une longue histoire d’amour. Qui se prolongera jeudi 10 mai à l’occasion d’une « Après midi spéciale » et de la projection sur France 3 Pays de la Loire et France 3 Aquitaine d’un reportage sur Le service public et la culpabilisation de l’homme blanc, une longue histoire d’amour. Qui se prolongera jeudi 10 mai à l’occasion d’une « Après midi spéciale » et de la projection sur France 3 Pays de la Loire et France 3 Aquitaine d’un reportage sur l’esclavage intitulé « l’Archipel de la mémoire"
    Pour rappel, l’historien français de l’esclavage, Olivier Pétré-Grenouilleau, estime à plus de 17 millions le nombre d’êtres humains déportés par les négriers musulmans entre 650 et 1920
    Saint Jean de Matha : au secours !!!

  • Pourrait-on se permettre - sous toutes réserves - deux petites remarques pour mieux situer des faits et leur contexte suite à "Munich et Avignon" :

    1. Dans le message du 7 mai 20:58 à propos des noms de saints : ici, la sainte
    Catherine "plus facile à escamoter", est probablement sainte Catherine née à Alexandrie "vierge et martyre" qui, selon la tradition, fut décapitée parce qu’elle avait refusé de renier sa foi chrétienne. Alors que dans le contexte "avignonnais", on peut penser qu’il s’agit de sainte Catherine de Sienne qui avait réussi à convaincre le pape de quitter Avignon pour s’installer à Rome. (Catherine de Sienne a été nommée sainte patronne de l’Europe par JPII).

    2. En fin de l’article de G. Leclerc on lit, "...les sources vives, ou à ce qu’Emmanuel Macron appelle "la sève" qui monte des racines vivantes de la chrétienté", fort probablement en référence au discours du président devant les évêques. Cette "image" de botanique avait été utilisée par François de Salignac de la Mothe ou tout simplement Fénelon, dans un Traité (dont, pour la petite histoire, quelques lignes ont fait l’objet, il y a quelques années, d’une des dictées les plus ardues proposée à des élèves).

    On voudra bien excuser s’il y avait erreur(s) dans ces deux remarques. Merci.

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