Un livre de Daniel Pittet

« Mon Père, je vous pardonne. Survivre à une enfance brisée »

par Frédéric Aimard

mercredi 15 février 2017

éditions Philippe Rey, 240 pages, 18 €.

Le combat de Daniel Pittet contre la pédophilie n’est en rien un combat contre l’Église. Il n’en est que plus convainquant.

Faut-il avoir connu personnellement de telles abo­minations pour rebondir aussi haut ? C’est la question que l’on se pose parfois en lisant l’extraordinaire témoi­gnage d’un bibliothécaire de 57 ans, père de six enfants et l’un des grands acteurs de l’apostolat laïc en Suisse. Il raconte comment, de 9 à 13 ans, il a été le jouet sexuel d’un prêtre capucin et comment cela a conditionné toute sa vie.

Le pervers avait repéré la fragilité psychologique de cet enfant de chœur dont la vie familiale était plus que bousculée. Mais n’est-ce pas ce que font tous les pédophiles ? Souvent ceux-ci ont été eux-mêmes violés dans leur enfance et c’est une explication classique, voire une circonstance atténuante... La question est abordée et reçoit, en l’espèce, une réponse plutôt inattendue à l’occasion d’un des retournements dont ce livre est riche...

On s’en voudrait d’ailleurs de dévoiler trop de ce récit plein de suspens, admirablement construit et écrit, sans pourtant jamais s’écarter de la simplicité des faits. Ceux-ci sont déroulés crûment, mais aussi dans une lumière spirituelle éblouissante qui baigne tout le livre.

Car Daniel, victime d’un prêtre et de l’aveuglement de tout un milieu catholique, dans cette cité si particulièrement bourgeoise de Fribourg, a reçu le don de la foi et a fait, dans l’Église, quelques rencontres qu’on ne peut pas qualifier autrement que de providentielles, et qui lui ont permis de se reconstruire et de donner le meilleur de lui-même.

Il garde une reconnaissance éternelle aux moines bénédictins d’Einsiedeln qui lui offriront comme une famille de substi­tution et grâce auxquels sa famille naturelle sera prise secrètement en charge par un riche homme d’affaires...
Il nous fait chaud au cœur de savoir que, dans cette histoire, le cardinal Journet, le père Guy Gilbert, le père Daniel-Ange, Jean Vanier, sœur Emmanuelle, mais aussi les papes Jean-Paul II, Benoît XVI ou François jouent parfaitement le rôle qu’on espère d’eux. D’où une très belle préface du pape François lui-même !

Mais que dire de la sainte figure de ce Georges de Reyff, bibliothécaire qui lui offre un métier et une indéfectible amitié  ? Et de Valérie, la femme qu’il épousera en 1995, après un long discernement spirituel que le père Bernard Genoud, futur évêque, sut conduire avec finesse ? Cette amitié-là, au sommet de l’Église suisse, permettra à Daniel Pittet de triompher de bien des obstacles, quand il se décidera, à partir de 1989, à intervenir auprès de la justice de l’Église pour protéger un petit garçon de dix ans, dont il avait compris qu’il était, vingt ans après lui, victime du même prêtre violeur.
L’Église ne réagit pas bien au début et le prédateur, déplacé au lieu d’être mis hors d’état de nuire, aura encore le temps de faire des victimes avant que Daniel ne devienne un dénonciateur public chevronné, et recherché par les médias, à partir de 2002. Le tsunami de la révélation des scandales pédophiles dans l’Église a commencé ici aussi.

Daniel Pittet nous apprend beaucoup de choses sur la souffrance psychologique et physique à long terme de certaines victimes d’agressions sexuelles et sur leur incompréhensible silence parfois durant des dizaines d’années. Il nous explique tout le courage qu’il faut, après avoir reconstruit sa vie, pour se remettre en cause en mettant au jour un passé qu’on avait dépassé, sinon soigneusement enfoui. Il arrive à faire témoigner son agresseur dans le livre même ! Oh ! certes, c’est décevant car le monstre nous apparaît vraiment comme un pauvre type. Mais tout de même, quel exploit et quelle piste pour l’avenir !

Avec une riche réflexion sur le pardon, Daniel met aussi le doigt sur la nécessité d’une réparation pécuniaire par l’institution. Une chose comprise en Amérique, en Allemagne ou en Suisse, mais qui décontenance encore du point de vue français.

Messages

  • Ce témoignage est tellement poignant qu’il me rassure dans mon amour pour le Christ et son Eglise, malgré tout ce que je reproche à l’église des hommes qui font semblant d’agir in personna chisti et détruit l’héritage de Dieu. Et je ne regrette pas ma fidélité à l’église tout en restant très critique.

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