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Michel Onfray a-t-il raison de prédire le trépas du christianisme ?

par Dominique Daguet

dimanche 8 janvier 2017

Dans le Figaro d’hier, Vincent Trémolet de Villers nomme « paradoxes du philosophe » les propos tenus récemment par Michel Onfray [1] sur le « trépas » de la civilisation judéo-chrétienne, donc de l’Église, vieilles femmes âgées de deux mille ans, considérant qu’elles ont fait plus que largement leur temps… ce qui ne s’impose point actuellement quand on suit pas à pas l’évolution du monde chrétien… mais je suppose que le philosophe a d’autres chats à fouetter que de prendre le temps de s’informer sur la vie interne de ce qui, à son avis, est en train de disparaître de nos écrans…

Il tente donc d’imposer, en contemporain trop épris de cette contemporanéité, sa vision de ce christianisme comme fatalement en agonie, malgré les quelques deux milliards de chrétiens répartis dans le monde entier dont un milliard trois cents millions sont catholiques, sans oublier que ces derniers gagnent plusieurs millions de nouveaux fidèles chaque année [2]... Pour ce philosophe si bien adapté à notre époque – ce qui signifie peut-être qu’il disparaîtra dès sa mort acquise ? – il est certain que la religion chrétienne est bien en voie d’extinction, épuisée par les innombrables difficultés et catastrophes, trahisons et désertions qu’elle eut à subir et vaincre : précisant étonnamment et un peu trop rapidement que la plupart de ses fidèles n’ont qu’une conviction plus ou moins lézardée.

Je regrette pour cet athée qui ne nous voit que de son œil myope de n’avoir pas été présent à notre messe de ce matin : la nef et les transepts de notre église étaient noirs de monde ; le Gloria et le Crédo furent comme clamés avec ferveur, les Sanctus et Agnus Dei chantés avec vigueur ! Lors de la consécration, centre capital de l’Office, silence intense, regards non moins significatifs tendus vers les mains du célébrant. J’ai vu, qui en somme m’accompagnaient en mon agenouillement, plusieurs fidèles autour de moi prendre cette position de respect et d’amour, les autres restant debout avec une dignité qui n’évoquait en rien un quelconque désordre de l’âme.

Rien en eux tous, des plus vieux au plus jeunes, ne faisait penser à l’extinction de leur foi : sans qu’il soit question de civilisation, ici non concernée.

Me souvenant des récents et nombreux déplacements que j’ai effectués depuis trois ans, et devant donc participer aux offices en des églises inconnues, partout j’ai assisté à de ces manifestations de ferveur. Là encore, si l’on m’avait parlé du « trépas » de la catholicité j’aurais simplement dit : « Regardez et voyez »…

Oui, Michel Onfray ne tient compte que de son désir, quoiqu’il en dise, de ses certitudes dévoyées du réel. Dommage pour lui qu’il ne se soit pas précipité dans l’une des « Journées mondiales de la jeunesse » (JMJ) dont la dernière, à Cracovie en Pologne, fut remarquable alors que l’on pouvait deviner que le déplacement de deux millions de jeunes gens venus du monde entier avait pu être pour beaucoup coûteux et fatigant.

Certes, nous sommes loin d’être aussi nombreux que, par exemple, à la fin de la dernière guerre [3], mais nous sommes plus sérieux dans la pratique de notre foi : les chrétiens ne viennent plus à l’église surtout pour y être vus...

Ce n’est pas parce que l’orgueilleux pourvoyeur de nouvelles désastreuses « croit » fermement en ses pauvres déductions qu’elles ont valeur d’une vérité mortuaire. Il écrit par exemple : « Une civilisation, je vais vous dire une vérité de La Palice, vit tant qu’elle résiste à ce qui veut sa mort… Notre civilisation a deux mille ans, c’est honorable pour un trépas ».

Ce seul « détail » laisse entrevoir un infini désordre dans les pensées de ce philosophe qui nous donne à contempler un intellectuel en une déroute savamment camouflée sous des cataractes de brillants paradoxes. Qu’il apprenne donc que si ses prophéties avait la moindre chance de se réaliser, même si ne restait en France qu’un seul catho, moi par exemple, alors l’Eglise de France serait toujours vivante !

En fait, l’essentiel de ce qu’il prédit commence par une première illusion : le christianisme ne fut jamais et ne sera jamais en son cœur une civilisation, même si dans les marges ou les bas-côtés de la foi on peut penser, et même vérifier, que peuvent coexister à partir de lui diverses civilisations. Mais elles ne concernent pas la plus profonde réalité de la Foi.

Le christianisme en Chine a ouvert depuis longtemps, en des souterrains de la pensée, des façons secrètes de laisser la Foi se rendre invisible aux yeux des potentats de Pékin : sans qu’il soit nécessaire de bâtir de ces « meubles conceptuels » que Michel Onfray croit nécessaire pour maintenir les apparences de la Foi et donc ne s’éteigne pas : mais l’intello de « non-foi » qu’il est ne peut qu’avoir beaucoup de peine à concevoir ce que le chrétien commence en ne nourrissant pas en lui des idées, pas plus des concepts : il se découvre soudain stupéfait de reconnaître en lui l’admirable Présence qui habite chaque membre de l’Église universelle.

Est donc en chacun de nous la présence d’un Vivant qui est à la fois vrai Dieu et vrai Homme : mais comment l’intello pur pourrait-il saisir ces quelques mots qui démolissent tout son échafaudage artificiel ? Il avoue en toute candeur qu’il aurait bien aimé avoir la foi, et même qu’il a fait tous les efforts possibles pour l’acquérir, l’obtenir : là encore, erreur tragique d’aiguillage. Nous ne commençons à désirer la foi que déjà elle est en nous depuis longtemps parce qu’offerte directement par Dieu et qu’Il l’éclaire en nos neurones quand Il lui plaît que sa Vie s’incarne en nous.

Inutile d’en dire davantage : entre la planète Onfray et la mienne, l’abîme n’est pas franchissable. C’est pourquoi je prierai pour lui afin qu’il sache laisser Dieu lui faire comprendre que s’il désire réellement « contempler sa Sainte Face », comme l’écrit le psalmiste, ainsi qu’écouter et aimer son Fils unique son chef-d’œuvre – comme Il nous invite à le faire en haut du Mont de la Transfiguration – il lui suffira de ces quatre mots.

Peut-être d’ailleurs que le Christ s’occupe déjà de lui.


[1Ces propos évoquent naturellement le texte beaucoup plus fournis de son livre « Décadence » qui vient de paraître. Mais je n’aurai certainement pas le temps de le lire.

[2D’après les statistiques du Vatican. Certes, les catholiques, pour l’instant, perdent des fidèles en Europe, mais ils en gagnent en Chique bien plus qu’il ne s’en perd chez nous.

[3…mais beaucoup plus nombreux qu’à la sortie de la Révolution française !…

Messages

  • Et si on cessait d’utiliser ce nom inadapté de "judéo-chrétien" ?
    Voir ce post de blog :
    http://www.derniersparus.com/onfray-judeo-christianisme/

  • Les prophéties de Michel Onfray, c’est vraiment de la gnognotte à côté de ce qu’on lit dans le catéchisme de l’Eglise catholique. Car l’Eglise n’a jamais promis un triomphe dans l’histoire.

    De plus, il y a des vieux qui font des prodiges : De Gaulle a redressé la France après 70 ans...et ne parlons pas de Saint Jean-Paul II...

    Disons que les épreuves actuelles sont un bon entraînement...C’est quand nous nous savons faibles que nous sommes forts mais d’une force qui ne vient pas de nous...une grâce suffisante...

    Bref, je crois qu’on peut laisser pisser le mérinos...L’important, c’est le "petit reste". Si les Juifs avaient dû se décourager en raison de leur infériorité numérique, on ne serait pas là...

    Souhaitons-nous la même persévérance que les juifs en ce début d’année ! Ils montrent la voie...


    Citation :

    L’Épreuve ultime de l’Église

    675 Avant l’avènement du Christ, l’Église doit passer par une épreuve finale qui ébranlera la foi de nombreux croyants (cf. Lc 18, 8 ; Mt 24, 12). La persécution qui accompagne son pèlerinage sur la terre (cf. Lc 21, 12 ; Jn 15, 19-20) dévoilera le " mystère d’iniquité " sous la forme d’une imposture religieuse apportant aux hommes une solution apparente à leurs problèmes au prix de l’apostasie de la vérité. L’imposture religieuse suprême est celle de l’Anti-Christ, c’est-à-dire celle d’un pseudo-messianisme où l’homme se glorifie lui-même à la place de Dieu et de son Messie venu dans la chair (cf. 2 Th 2, 4-12 ; 1 Th 5, 2-3 ; 2 Jn 7 ; 1 Jn 2, 18. 22).

    676 Cette imposture antichristique se dessine déjà dans le monde chaque fois que l’on prétend accomplir dans l’histoire l’espérance messianique qui ne peut s’achever qu’au-delà d’elle à travers le jugement eschatologique : même sous sa forme mitigée, l’Église a rejeté cette falsification du Royaume à venir sous le nom de millénarisme (cf. DS 3839), surtout sous la forme politique d’un messianisme sécularisé, " intrinsèquement perverse " (cf. Pie XI, enc. " Divini Redemptoris " condamnant le " faux mysticisme " de cette " contrefaçon de la rédemption des humbles " ; GS 20-21).

    677 L’Église n’entrera dans la gloire du Royaume qu’à travers cette ultime Pâque où elle suivra son Seigneur dans sa mort et sa Résurrection (cf. Ap 19, 1-9). Le Royaume ne s’accomplira donc pas par un triomphe historique de l’Église (cf. Ap 13, 8) selon un progrès ascendant mais par une victoire de Dieu sur le déchaînement ultime du mal (cf. Ap 20, 7-10) qui fera descendre du Ciel son Épouse (cf. Ap 21, 2-4). Le triomphe de Dieu sur la révolte du mal prendra la forme du Jugement dernier (cf. Ap 20, 12) après l’ultime ébranlement cosmique de ce monde qui passe (cf. 2 P 3, 12-13).

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