À l’occasion du centenaire de la mort du Cardinal Lavigerie

Messe de la Fête du Christ-Roi

par le Père Joseph Perrier

mercredi 20 novembre 2019

Statue du Cardinal Lavigerie à Bayonne par Alexandre Falguière
CC by : Bruno Barral

HOMÉLIE PRONONCÉE LE DIMANCHE 22 NOVEMBRE 1992
Messe de la Fête du Christ-Roi (Année C)
célébrée à la cathédrale de Bayonne (Pyrénées-Atlantique)

Il Samuel V, 1-3
Colossiens l, 12-20
Luc XXIII, 35-43

Fêter le Christ-Roi, c’est vraiment exprimer le désir de voir rayonner partout l’esprit du Christ, l’esprit de l’Évangile. Et cela convient bien à ce jour, où nous voulons évoquer la figure du Cardinal Lavigerie, en cette ville de Bayonne où il est né, et en ce mois de novembre où il est mort il y a 100 ans : c’était le 26 novembre 1892, à Alger.

En évoquant aujourd’hui le personnage qu’il fut, je voudrais simplement évoquer son zèle extraordinaire pour le Règne de Dieu, son grand souci des droits de l’homme, et sa tolérance.

Ce zèle apostolique, Lavigerie va le montrer très tôt, lorsque quittant son enseignement de l’histoire de l’Église à la Sorbonne, il va accepter d’être Directeur de l’Œuvre des Écoles d’Orient, dont le but était de venir en aide aux Chrétiens du Proche-Orient. Il a alors 31 ans. Quatre ans après, voilà qu’un drame épouvantable va le jeter dans l’action, lorsque des dizaines de milliers de Chrétiens sont massacrés dans les montagnes du Liban et à Damas, et que des milliers d’autres se cachent où ils peuvent, ayant tout perdu. Lavigerie va alors organiser les secours, et il ira les porter lui-même au Liban. Ce sera son premier contact avec « la Mission » en dehors de la France. Il en restera profondément marqué, et plus tard il dira, en pensant à saint Paul : « J’ai trouvé là-bas mon chemin de Damas ! »

Mais ce zèle passionné pour l’Évangile et pour les hommes, il va le montrer d’une façon encore plus éclatante lorsque, évêque de Nancy, il accepte de quitter ce diocèse riche et prospère, qui a presque un millier de prêtres, pour le diocèse d’Alger, un diocèse récent et pauvre. " Il a alors 42 ans. Ce diocèse d’Alger n’a rien de comparable avec le diocèse de Nancy ... Mais pour lui, selon ses propres mots, c’était « une porte ouverte sur un continent... » En acceptant l’évêché d’Alger, c’était bien à toute l’Afrique qu’il pensait. La preuve, c’est que l’année suivante, en 1868, il va fonder la Société des Missionnaires d’Afrique - qu’on appellera très vite « les Pères Blancs », à cause de leur habit ; et un an après ce sera le tour de la Congrégation des Sœurs missionnaires, qu’on appellera très vite aussi « les Sœurs Blanches ».

Jeune prêtre, il avait enseigné l’histoire de l’Église à la Sorbonne. Maintenant, comme archevêque d’Alger et comme fondateur des Pères Blancs et des Sœurs Blanches, il va écrire une page de l’histoire de l’Église ! Ce sera une belle et grande page. Il envoie alors ses missionnaires en Afrique Centrale, puis en Afrique Occidentale.

Un jour, même, il voudra aller jusqu’au bout de ce zèle missionnaire. Il écrit au Pape, en 1877, pour lui demander de pouvoir démissionner de son évêché d’Alger et de tous les honneurs qui y sont attachés, pour devenir simplement « un Père Blanc », Mais le Pape ne va pas l’autoriser à le faire, et Monseigneur Lavigerie devra rester archevêque d’Alger !

Ce zèle d’apôtre s’est aussi traduit, chez lui, par le grand combat qu’il a mené contre l’esclavage en Afrique. Ce fut vraiment un combat pour les droits de l’homme. On ne peut pas oublier qu’il a été à l’origine d’une énorme campagne antiesclavagiste au cours de laquelle il a remué ciel et terre, utilisant la Presse, multipliant les conférences en France, en Angleterre, en Belgique ... provoquant finalement cette conférence internationale de Bruxelles qui devait, en 1890, mettre fin - officiellement au moins - à l’esclavage en Afrique.

Respectueux des droits de tout homme, il exigeait que dans l’action missionnaire on respecte bien l’identité des Africains. Dans une Instruction qu’il envoie, en 1879, aux missionnaires d’Afrique Centrale, il leur disait :
« Qu’aurait-on pensé de saint Pierre et de saint Paul s’ils avaient voulu faire des Hébreux, des enfants des premiers néophytes de Rome ? Et que dirions-nous de saint Irénée s’il avait voulu faire des Grecs, des enfants de Lyon ? Ce serait-là absurdité même. Il ne s’agit pas de faire des Chrétiens, des Européens à peau noire. Les Chrétiens, en Afrique, doivent être chrétiens et africains. C’est leur droit. Et c’est aussi notre devoir ! »

Parce qu’il était dévoré de zèle, on l’a parfois accusé de prosélytisme. Pourtant, toutes les consignes qu’il donnait aux prêtres, aux religieuses et aux missionnaires allaient toujours dans le sens de la tolérance.

Lorsqu’il fonda, à Carthage, le Collège Saint-Louis, pour y accueillir aussi bien les Juifs et les Musulmans que les Chrétiens, il donna des instructions où il était bien précisé que, si on devait donner aux Catholiques l’enseignement religieux auquel ils avaient droit, il n’était pas question de donner cet enseignement aux Israélites et aux Musulmans contre le gré de leurs parents. Mais on devait, au contraire, leur laisser la liberté matérielle de suivre les préceptes de leur religion.

Et c’est d’Alger qu’il écrivait un jour cette phrase à un Ministre : « Monsieur le Ministre ... à aucun degré je ne veux ni de la force ni de la contrainte ni de la séduction pour amener les âmes à une foi dont la condition première est d’être LIBRE. »

Si Lavigerie était un géant de l’apostolat, il était vraiment le contraire d’un fanatique ! C’est d’ailleurs dans cet esprit de tolérance et de paix que, deux ans avant sa mort, il demandait aux catholiques de se rallier à la République, puisque c’était le régime que la majorité du peuple de France avait choisi.
Il était un homme qui ne regardait pas en arrière, mais devant lui.

Je voudrais terminer cette brève évocation en laissant la parole à un évêque Africain, Monseigneur Runiga, du Zaïre. Cet évêque a eu l’idée d’offrir, cette année, à tous les curés de son diocèse, une photo du cardinal Lavigerie, en leur écrivant ceci :

« Si nous savons lire et écrire aujourd’hui, c’est Charles Lavigerie qui l’a payé de ses fatigues, pour le salut des Africains…

Si nous connaissons le Dieu vivant de notre Seigneur Jésus Christ, défenseur de l’homme, source première de liberté et de respect mutuel entre les hommes, c’est Charles Lavigerie qui l’a payé de son sang ! »

Si on l’a un peu oublié en Europe… grâce à Dieu on ne l’a pas oublié en Afrique

Frères et Sœurs si nous pouvons admirer l’apôtre et l’homme que fut Lavigerie, puissions-nous, chacun à notre place, imiter quelque chose de son zèle plus qu’ordinaire, quelque chose aussi de son immense respect de l’homme et de sa tolérance

AMEN

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