Menace religieuse sur l’école ?

par Gérard Leclerc

mardi 9 février 2016

Il y aurait une menace religieuse sur l’école. C’est ce qu’indique, en tout cas la couverture du dernier numéro de L’Obs. La presse se fait aussi l’écho d’une enquête, menée par le CNRS et Sciences Po Grenoble. L’appartenance religieuse serait un marqueur dominant chez les jeunes. L’échantillon choisi semble assez conséquent, puisque 9000 collégiens ont été interrogés, venant principalement des grandes agglomérations. On relève que parmi eux 39 % se déclarent sans religion, ce qui relativise quelque peu l’identification confessionnelle. 30 % seraient catholiques et 26 % musulmans, ce qui est tout de même assez impressionnant, car si l’échantillon n’est pas représentatif de l’ensemble de la population française, il l’est, selon les enquêteurs, du milieu urbain. C’est donc qu’un nouvel équilibre démographique s’est instauré dans nos grandes métropoles, nous obligeant à prendre conscience du modèle social qui est désormais le nôtre.

Il nous est indiqué que les musulmans se sentent le plus définis par leur religion, deux fois plus que les catholiques. Les mêmes musulmans sont très fiers de cette religion, à plus de 90 %. Là, j’avoue avoir envie de mettre en cause les catégories de l’enquête. C’est d’ailleurs un travers généralisé. L’emploi du critère religieux s’applique en fait à des univers culturels très différenciés, où les mots n’ont pas les mêmes contenus, où les conceptions de la vie renvoient à des valeurs et à des pratiques hétérogènes. Souvent, d’ailleurs, il est patent que c’est l’islam qui sert, en quelque sorte, d’étalon religieux, sur lequel on aligne arbitrairement les autres appartenances au risque de tout brouiller. Prenons un exemple : les rapports des religions avec l’État ne sont pas identiques. Si certains ont plus de mal à intégrer la laïcité, c’est que la séparation du temporel et du spirituel leur est difficilement perceptible, eu égard à leur religion particulière, et non pas en raison d’un facteur religieux généralisé.

Mais il est difficile de dire que c’est l’islam qui pose aujourd’hui des problèmes à l’école. On préfère dire que c’est la religion en général. On échappe ainsi à l’accusation de discrimination, mais on risque de produire une confusion générale. Avant toute enquête, il conviendrait de procéder à un examen lexical rigoureux, par simple souci déontologique.

Chronique diffusée sur Radio Notre-Dame le 9 février 2016.

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