Marrakech en question

par Gérard Leclerc

mardi 18 décembre 2018

Emmanuel Macron avait prévu, dans un premier temps, que la question migratoire serait au programme de la grande concertation nationale organisée pour examiner toutes les dimensions de la crise que nous vivons. Cette question a été depuis retirée, à la suite de vives contestations dont le secrétaire général de la CFDT, Laurent Berger, s’était fait notamment l’interprète. Il est vrai que le sujet est explosif. Cette décision n’empêche pas, parallèlement, que le débat se poursuive. L’actualité se charge sans cesse de le mettre en avant. C’est le cas du pacte de Marrakech, un pacte mondial proposé par l’Organisation des Nations unies en présence des représentants de quelque 160 pays. La France a signé ce pacte qui concerne les migrations alors que les États-Unis et plusieurs pays européens s’y refusaient. On reproche à Emmanuel Macron de n’avoir même pas saisi le Parlement d’un sujet aussi grave. Et la polémique fait rage.

Pourquoi s’alarmer d’un pacte qui n’imposerait aucune obligation à la France puisqu’il n’est en rien contraignant ? Ce à quoi les lanceurs d’alerte rétorquent qu’on se demande pourquoi l’ONU se serait donné tant de mal. Et de démentir l’innocuité de ce pacte, en analysant son contenu, qui prévoit notamment 23 objectifs et 200 mesures spécifiques. Sur le terrain de la polémique, les partisans de Marrakech ne craignent pas de hausser le ton, en parlant d’hystérie conspirationniste ! Rien de moins.

Il est vrai que la question migratoire est éminemment sensible. Est-il possible de la dépassionner en se confiant, par exemple, à l’arbitrage des sciences sociales, qui, ayant leurs règles, leurs méthodes et leurs rigueurs protège des écarts par trop idéologiques ? Je n’en suis pas persuadé pour ma part, car il n’y a pas de sciences dans le domaine des choses humaines qui soient complètement pures d’engagements et de choix. Sans doute, vaut-il mieux se tenir au plus près des réalités observables, mais ces réalités sont vivantes et elles prêtent à des interprétations parfois très opposées. On le voit bien à propos de cet événement de Marrakech sur lequel il est impossible d’obtenir une unanimité, chacun disposant de ses argument fondés sur ses propres interprétations. Cela ne veut pas dire qu’il n’y a pas de possibilité de tendre vers un consensus inspiré par la sagesse. Mais il est terriblement difficile à obtenir.

Chronique diffusée sur Radio Notre-Dame le 18 décembre 2018.

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Photo : Camp de la caravane de migrants au Mexique.

© Moon Mandel / Unsplash

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