Élections

Malaise dans la civilisation

par Gérard Leclerc

vendredi 17 juin 2022

© GodefroyParis / CC by-sa

Les élections, présidentielles ou législatives, sont destinées à donner au pays les moyens d’être gouverné. Mais elles sont aussi l’occasion d’une radiographie de la société française. Sans doute convient-il, pour cela, d’avoir recours à des sociologues spécialistes de géographie humaine pour décrypter, derrière les chiffres, les réalités de terrain. Ainsi, il apparaît que la composition du pays a changé de façon très sensible en ce début du XXIe siècle. L’effacement des anciennes formations politiques – à droite les Républicains, à gauche le Parti socialiste – au profit du Rassemblement national et des Insoumis, n’est pas seulement, comme l’on dit, le signe d’une évolution vers les extrêmes. Il renvoie aussi à de véritables mutations anthropologiques.

En 2019, Jérôme Fourquet montrait dans L’archipel français que l’effondrement de la pratique religieuse avait déterminé un changement de civilisation, sensible ne serait-ce que par le changement des prénoms – ceux à consonance musulmane prenant la place de ceux à consonance chrétienne, avec la quasi-disparition du vocable de Marie. Parallèlement, l’effondrement de l’univers communiste signifiait la fin d’un environnement social fortement structuré.

La France «  périphérique  »

Mais un autre type d’analyse mené par le géographe Christophe Guilluy a mis en évidence l’existence d’une France périphérique, se distinguant de celle des grandes métropoles caractérisées par leur insertion dans les flux économiques de la mondialisation. Emmanuel Macron rassemblerait autour de lui cet univers des grandes métropoles, ainsi que ceux attachés à une conception libérale de l’économie – notamment les retraités. Marine Le Pen serait la porte-voix de cette France périphérique, en concurrence avec Jean-Luc Mélenchon, ce dernier étant à l’intersection de courants plus divers, qui ne trouvent leur cohérence que dans une véhémence oppositionnelle. On doit noter aussi qu’au premier tour de la présidentielle, Mélenchon a bénéficié de près de 70 % des suffrages de l’électorat musulman.

Oui, en quelques décennies, la France a changé. Faut-il en déduire que le changement de civilisation qui en résulte est facilement déchiffrable ? La querelle actuelle sur le «  grand remplacement  » montre assez que nous ne sommes pas près de conclure à des projections définitives.

Le défi missionnaire

En ce qui concerne les chrétiens, le défi missionnaire qu’impose cette période de bouleversement est donc lié à un «  malaise dans la civilisation  ». Que peut être une France post chrétienne ? Aucun indice ne montre que le christianisme puisse être remplacé par une source équivalente d’inspiration.

C’est d’ailleurs la grande leçon qui résulte de l’émotion considérable provoquée par l’incendie de Notre-Dame de Paris. Quelque chose a brusquement changé dans notre climat, ne serait-ce qu’à l’égard des prêtres qui étaient souvent insultés dans les rues et à qui on montre désormais meilleur visage. Ce n’était pas seulement le glas qui résonnait pour Notre-Dame, mais une interrogation sur notre identité profonde.

Messages

  • Le grand remplacement touche aussi les partis politiques eux mêmes ; déstabilisés à leur base par le jeu d’alliances inédits, des promesses de campagne inachevées, des horizons inconnus.
    La vie sociale bouge, les repères et les fondations institutionnelles sont remises en jeu et les perspectives de leur équilibre est encore incertain.
    Dans un paysage national inachevé les villes et les campagnes sont en vis à vis, les classes sociales, mot remis au goût du jour réapparaissent.
    On reprend le déroulé des idéologies d’antan, que l’on croyait dépassé et abandonné.

    Un vocabulaire purgé ou amendé par des intentions fleure un discours circonstancié de projets qui ont des coûts matériels et humains encore improbables.
    Le vocabulaire emprunté aux religions, périphérie, et croyances, adhésions à la foi individuelle et culturelle des populations entrave le sentiment dit de laicité préventive française, qui y voit davantage de menaces inter personnelles que de projets positifs pour la communauté nationale.
    Oui nous serions dans un archipel d’éthnies, de provenances étrangères, ou de migrations inattendues.
    Oui nous serions sur un embarquement nécessaire du pays qui ne sait où il va, avec qui il emprunte le passage du gué, et s’aventure vers l’inconnu.

    Qui pourrait en prédire le voyage emprunté tant les inconnus ou les avatars du voyage sont légion.
    Les influences venues de l’étranger, la guerre en Europe, et la pression internationale qui espère des jours meilleurs, dans un temps de tempête en cours, sont encore des menaces récurrentes.
    Sur un sol mouvant, il faut rechercher des bases stables, sur une mer agitée il faut attendre que la météo redevienne praticable.
    Le défi démocratique des uns, celui missionnaire des autres empruntent le même couloir de survie.
    Il faut avouer que ce chenal est encore bien incertain !

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