Macron sous le scalpel de Taguieff

par Jacques Rollet

mardi 10 octobre 2017

Pierre-André Taguieff bien connu dans le monde des politologues pour ses travaux sur le racisme, sur le progressisme, sur les mythes de la modernité, a travaillé tout l’été pour nous donner fin août un ouvrage de 362 pages (dont 292 de texte) intitulé : Macron : Miracle ou mirage, (éditions de l’Observatoire).

L’auteur avant d’entrer dans son analyse critique, nous rappelle quelques données : Le nouveau président dispose de 352 élus en comptant ceux du Modem, dont 308 de la République en marche. Il a été élu avec 66,1% des voix au second tour de la présidentielle. Il est le résultat de la crise du système politique. Le fait que la gauche fasse 27,67 % au premier tour de la Présidentielle en est une illustration. Ce nouveau président a la faveur de Cohn-Bendit et Madelin, ce qui ne manque pas d’être étonnant. Il est compatible avec la gauche et la droite, un tiers des Français se considérant autant de droite que de gauche. Précisons encore que l’abstention aux élections législatives a été de 51,29 % au premier tour et de 57,4 % au deuxième tour, ce qui est problématique. La République en marche ne recueille que 15 % des inscrits au premier tour de ces élections.

Pour Taguieff, Macron est apparu comme un rempart contre le FN. Il représente un coup d’Etat BCBG et il opère une exclusion d’une partie de la population. Sous des aspects lisses, Macron sait se montrer arrogant, par exemple vis-à-vis du général de Villiers. Le progressisme est son idéologie de base. Il a ainsi déclaré qu’il fallait « faire avancer le progrès » et, le 6 janvier 2015, il avait déclaré aux Echos : « Il faut des jeunes Français qui aient envie de devenir milliardaires ».
 
Trois hypothèses sont avancées par l’auteur pour rendre compte du phénomène Macron : miracle, symptôme, mirage.

C’est un miracle, c’est un symptôme, à savoir le résultat d’un long processus d’effacement su clivage droite-gauche ; Macron défend à la fois le libéralisme économique de la droite et le libéralisme culturel de la gauche (mariage homosexuel et PMA pour les homosexuelles et les célibataires). Il opère sur les clivages suivants : ouvert-fermé, cosmopolites-nationalistes, progressistes-conservateurs, réformistes-immobilistes, optimistes-pessimistes...

C’est enfin un mirage, Macron prenant en fait le relais d’une Gauche réformiste. Pour Taguieff, Macron est l’homme de la marche forcée vers la mondialisation, il incarne l’illusion démocratique et fait comprendre que la gauche néo-libérale ne diffère en rien de la droite également néo-libérale. Pour le journal Le Monde, la victoire de Macron est une réponse au Brexit et à Trump ; il est le sauveur de la France contre le FN. Le jugement de fond émis par Taguieff est que le progressisme rhétorique n’est qu’un leurre : on célèbre le changement pour le changement dans un affaiblissement dramatique de l’esprit critique. Il s’agit d’échanger et de changer pour avancer !...

L’ouvrage de Taguieff, bien que trop long à mon goût, a le mérite de déconstruire méthodiquement l’engouement à l’égard du phénomène Macron, engouement qui n’empêchera pas des retournements contre le nouveau président.

Messages

  • "rempart contre le FN"... Quelle blague !
    Comme hier l’épouvantail du PCF - précurseur des chars soviétiques s’apprêtant à occuper la Lorraine jusqu’à Brest - permettait à la droite de se maintenir au pouvoir, depuis 36 ans, le Front National est l’ingrédient indispensable au marigot libéralo-social-démocrate et bobo pour remporter les élections.
    Un FN fort (dans les sondages) était le gage d’une victoire en 2017 de ce marigot tremblotant pour la pérénité de ses sièges et de ses sinécures.

    Macron - l’intrigant téléporté par l’oligarchie financière, qui a su habilement miser sur les convoitises avides du marigot - n’a pas été vainqueur par sa propre force mais par l’indigence pathétique du parti qui se prétendait "le premier opposant de France". Le pitoyable débat du second tour en est la cruelle (pour les électeurs qui ont cédé aux sirènes marines) illustration.

    Aujourd’hui, c’est la France Insoumise de Mélenchon qui joue le rôle de répulsif utile auprès d’un électorat frileux puisque le FN, englué dans ses propres règlements de comptes d’après boire, a perdu et de sa crédibilité (toute relative) et de sa force urticante.

    Le gobe-mouches Macron s’illusionne pourtant sur sa propre puissance d’attraction. Et à force de vouloir tout avaler, il pourrait se trouver quelque guêpe ou frelon fort indigeste parmi le tout...

  • l’analyse gauche ou droite est dépassée,
    Macron est le pur produit de l’étatisme garanti par l’ENA construit par Debré, commencé par Giscard, poursuivi par Chirac et Hollande et jalmais remis en cause.
    Ces brillants esprits, ils savent ce qui est bien et font marcher le système, forcement au mieux même si c’est vers la faillite.
    Colbert l’a démontré avec sa compagnie des Indes : l’intervention de l’état mène à la faillite mais nous continuons a croire ce mensonge de nos élites que l’état peut et doit nous sauver même contre nous même.
    Tant pis !

  • Les Naifs ont sous estimé Macron et ses manips diaboliques
    C’est une réalité objective sa déclaration sur la colonisation française en Algérie, . Pas seulement un coup de « com », mais Macron aurait fait un petit calcul électoral de banquier. Ses déclarations à propos des crimes commis par la France, « est tout sauf un cri humaniste antiraciste ou pro-algérien ». Macron Guidé par ses « conseils »s’en fut seul candidat à se propulser en Algérie pour faire « soumission et SVP dans une radio privée FLN ;tenter de ravir des voix présumées pour Mélenchon qui auraient contribué…à mettre ce dernier sur orbite !
    Macron à Alger seul candidat à y aller !
    Grande réussite des officines de communication mondialistes ; après étude de la sociologie française le candidat Macron en audience faible dans les "quartiers" ( Ministre sortant ;financier de la banque Rohtschild ;position ambigue sur la Palestine, sans idéologie "anti colonialiste"affirmée ) la mise maxi semblait etre pour l"anti colonialiste populiste Mélenchon face au "repoussoir"FN qui pouvait le propulser au 2em Tour ;Donc obligation de lui grappiller quelque % nécessaires ;choix de la tournée en Algérie bien orchestrée avec déclaration forte et ciblée pour un futur chef de l’Etat Français !

    Mélenchon avait une chance d’être au second tour …MAIS IN FINE 3% DE MOINS POUR MELENCHON 3% EN PLUS POUR MACRON après L’ ALGERIE = 6% D’ECART QUI L’ONT PROPULSE AU 2 EM TOUR 24.01% Emmanuel Macron, 19.58% Jean-Luc Mélenchon, 21.3% Marine Le Pen, FN sans espoir d’avoir ces voix AU 2EM TOUR RECORD D’ABSTENTION 26 % SE SOUVENIR ET A SUIVRE Bouteflika A félicité Macron ; en tant que Président Reconnaitra-t-il les crimes du colonialisme en Algérie (pourquoi ne pas remonter aux siécles d’occupations Musulmanes et de piratage en méditérranée Faisant fi des accords d’Evian et d’une amnistie réciproque votée aux référendums en 1962 et devenu "Traité International "

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