Louis et Zélie Martin

par Gérard Leclerc

lundi 19 octobre 2015

La canonisation de Louis et Zélie Martin, le 18 octobre à Rome, ne pouvait qu’être mise en relation étroite avec le synode qui se déroule en ce moment sur la famille. Et l’exemple a le mérite de recentrer les regards sur ce qui fait l’originalité essentielle du mariage chrétien. Pour le comprendre, il me semble qu’il faut d’abord s’abstraire de toute considération de type sociologique. Non que celle-ci n’ait pas d’importance, bien au contraire. Mais le propre du mariage sacramentel est d’inscrire à l’intérieur de toute configuration sociologique une nouveauté radicale qui en modifie les données. Il s’agit, en effet, de la démarche volontaire d’un homme et d’une femme qui décident devant Dieu de s’engager dans une alliance pour la vie. Le terme d’alliance, irréductiblement biblique, se rapporte d’abord à l’union de Dieu avec le peuple choisi.

Bien sûr, l’analogie doit être comprise pour ce qu’elle est. Il n’y a pas d’équivalence entre le mari et Dieu, l’épouse et le peuple. Il n’empêche que la comparaison rend compte de la force de l’union, qui est de nature sacramentelle, c’est-à-dire opérée en quelque sorte sous le sceau divin. Cette alliance est élective, elle suppose l’amour. Un amour présent dans la décision initiale mais qui se déploie dans des relations qui ne cessent de le faire vivre et de l’enrichir. L’exemple de Louis et de Zélie Martin illustre merveilleusement cette alliance conjugale. Car il s’est agi, dès le départ, d’une rencontre amoureuse au sens le plus fort, consacrée et garantie par la Providence aimante de Dieu, et qui s’est déployée dans l’accueil des enfants qui sont nés de cette alliance.

Thérèse disait de ses parents qu’ils étaient plus dignes du Ciel que de la terre. Elle les avait donc, d’emblée, canonisés. Mais par sa vie, sa doctrine même, elle est le fruit éclatant de l’amour que ses parents se sont donné et lui ont donné dans le même mouvement. Le message de ce Docteur de l’Église se concentre dans la primauté absolue de l’amour au sein de la vie chrétienne, un amour qui suscite la miséricorde dans son sillage. Une miséricorde plus grande que la justice elle-même. C’est bien le fond de la question synodale. Seul l’amour est digne de foi. Encore faut-il qu’il soit vécu en acte et en vérité.

Pour aller plus loin :

Messages

  • "Seul l’amour est digne de foi. Encore faut-il qu’il soit vécu en acte et en vérité...."
    Certes mais cette proposition est tout sauf simple.

    L’amour de la mise en couple, le seul qui est pris en compte dans notre société (puisqu’il est le seul supposé présidé au mariage -ce qui n’a rien de général historiquement ni géographiquement, ni peut-être de totalement sage -), n’est pas l’amour installé dans la durée et se mouvant selon les moments du cycle de vie, ni celui qui est supposé perdurer jusqu’à la mort, de plus en plus repoussée.
    L’amour mis en acte certes, mais en l’occurrence il faudrait dire mis en actes illimités dans le fil de milliers et de milliers de jours, et "en vérité", cela va de soi, il n’y a pas d’amour sans vérité. Hélas la conjonction de ces deux exigences est devenu explosive.
    C’est au nom de leur vérité (ou de celle d’un des deux conjoints) au constat qu’il n’est plus là, que les couples contemporains se défont dans la bonne conscience d’avoir respecté les deux exigences énoncées.
    Même si nombre d’incroyants au cours des siècles ont pu vivre, en se bricolant des demies vérités, il faut, en tout cas en ces temps que nous vivons, le miracle d’une grâce sacramentelle pour surmonter cette contradiction.
    Les historiens de la famille n’ont pas totalement tort quand ils mettent en corrélation l’apparition de la norme du mariage d’amour et la précarisation massive des couples, quoiqu’il faille cependant constater que la moitié finalement perdure, avec ou sans amour, ce qui dans une civilisation du délitement de tous les liens, un exploit.

    • Devrais-je l’avouer.. : j’ai lu et relu l’article sur les époux Martin. Pourquoi "relu", n’est-il pas assez clair ? Serait-il difficile d’accès ? Justement, rien de tout cela. L’article est d’une limpidité remarquable et c’est la raison pour laquelle j’ai été encouragé à une deuxième et, peut-être, une troisième lecture. Comme pour m’en imprégner. Il ne s’agit pas d’une explication de ce sacrement véhiculé par la qualité de l’amour réciproque de Zélie et Louis Martin. En ce qui me concerne, je n’ai pas eu l’impression d’apprendre, comme une leçon, ce que couvrait le titre de l’article. Bien au contraire, des mots et des phrases simples, m’ont comme invité à participer à une aventure dont... J’ai peur de ce que je voudrais dire... dont j’ai l’impression de n’en être pas sorti indemne. Ni coups ni blessures, qu’on soit rassuré. Mais d’abord, je prendrais la liberté dont on voudra bien m’excuser, de décrire l’amour tel que je le rencontre tous les jours, plusieurs fois par jour :

      "J’aime...j’aime ma banque. Quand on s’est rencontré elle m’a donné sa carte. Depuis, nous somme connectés. Oui, j’aime ma banque..."
      Et surgit en gros plan le visage d’un jeune homme fort, sympathique par ailleurs, et dont l’expression reflète vraiment, on dirait, la sincérité et la fidélité.

      "Aimez votre lave-vaisselle !" Suivent photos et présentation d’une pastille, ailleurs d’un flacon d’un produit-miracle.Le philtre...

      "Montrez votre attention pour vos orteils : entourez-les de ...".

      Est-ce cela l’amour en 2015 ? Non, il parait que ces trois exemples sont parmi les plus innocents...Alors, revenons vite à Zélie et Louis !
      Et à mon "aventure" : "Le propre du mariage sacramentel...la démarche volontaire d’un homme et d’une femme qui décident devant Dieu de s’engager dans une alliance pour la vie."

      "Démarche volontaire" "devant Dieu" "de s’engager" "dans une alliance"... Et G. Leclerc de rappeler l’Alliance : union de Dieu avec son peuple. Cette alliance suppose l’amour...Et...

      Allons, je vous laisse plutôt face à cet amour qui va se déployer, comme une vague qui avance vers le rivage en charriant des trésors de tendresse qui va donner la vie, des vies...

      Qu’on est loin de ces romances sucrées et de ces passions violentes, possessives et dévastatrices. On comprend tout de suite cette route ensemble sous le regard de Dieu (G. Leclerc a cité quelque part la "Providence aimante", ce mot "Providence" que bien d’entre nous aiment à se remémorer et prononcer en présence de Celui qui peut tout. La Providence...).

      L’article de G. Leclerc m’aura-t-il fait rêver... Eh bien, non, c’est tout le contraire : cet exemple des époux Martin réveille à la beauté de l’existence, de la vie partagée, des fruits qui vont éclore. J’ai alors pensé à ces couples, engagés volontaires eux aussi sous le regard de Dieu et qui, au milieu des difficultés, des problèmes, des joies et des petits bonheurs furtifs, avançaient avec la prière pour GPS. Et comment oublier Marie, la Mère de Dieu, qui les accompagnaient. C’était il y a longtemps... La double canonisation serait-elle de nature à rappeler la signification du mariage sacramentel et, partant, sa dimension à tous les niveaux...

      Combien sont-ils autour de nous, ces couples avec enfants ou dans l’attente d’enfants, unis par un contrat administratif et devant qui M. le maire récite les mots usuels. Combien sont-ils, ces femmes et ces hommes, qui se sont engagés, bien sûr, mais à qui il manque comme le souffle nécessaire pour continuer la route ensemble, jusqu’au bout...En regardant des émissions de jeux à la télé, je suis toujours aux anges d’entendre répondre à la question de l’animateur :"Mariés depuis combien de temps ?" "45 ans" (parfois moins ou plus) et l’autre de s’exclamer : "Que c’est beau !"
      Et ça me donne à réfléchir... Combien on a besoin d’amour...

      On a parfois l’impression que ce monde, en dépit de tout ce qui est entrepris pour faire de nous des consommateurs et des objets de consommation et...et...on a parfois l’impression que ce monde ne pourra pas être totalement et pour toujours détaché de sa source
      véritable et première. Ne serait-ce qu’un impression ?

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