Loi de Dieu et loi de la République

par Gérard Leclerc

jeudi 4 février 2021

Antigone donnant la sépulture à Polynice.
© VladoubidoOo / CC by-sa

Gérald Darmanin n’a rien arrangé en opposant loi de Dieu et loi de la République. Au contraire il a contribué à échauffer les esprits alors qu’ils faudrait les apaiser en montrant qu’il devrait y avoir accord entre les citoyens sur les exigences du bien commun.

Gérald Darmanin, notre ministre de l’Intérieur, est en charge de dossiers pour le moins brûlants, quant à la sécurité publique et à la lutte contre le séparatisme islamiste. Raison de plus pour surveiller son langage et ne pas employer des expressions qui risquent d’enflammer les esprits, sans aider à la solution des problèmes. Déclarer par exemple que les croyants devraient considérer la loi de la République comme supérieure à la loi de Dieu constitue une provocation, non seulement à l’égard des musulmans mais aussi à l’égard de ceux qu’on appelle les croyants. J’aurais presque envie de dire que c’est une sottise absolue, parce que M. Darmanin confond les ordres. Et loin de prévenir les conflits, il les aggrave, car il sous-entend qu’il y a incompatibilité entre ce qui relève de la foi et ce qui relève du bien commun.

Bien sûr, il peut y avoir confusion dans l’esprit de certains entre l’ordre religieux et un certain ordre social et politique incompatible avec notre conception du droit. Mais c’est alors qu’il conviendrait de faire comprendre qu’adhérer à notre État de droit, ce n’est nullement renier sa foi. C’est même, à beaucoup d’égards, se conformer à des exigences de justice et de fraternité qui découlent de l’ordre spirituel.

Donner à penser, par ailleurs, que le religieux relève d’une sorte d’irrationnel dangereux, c’est pousser à la révolte ceux qui sont attachés à une respiration intérieure, sans laquelle ils ne pourraient pas vivre. C’est aussi donner à penser que la République est fondamentalement hostile à ce qu’elle ne saurait maîtriser. Laisser le soupçon que la République c’est Créon contre Antigone.

Chronique diffusée sur Radio Notre-Dame le 4 février 2021.

Messages

  • Créon contre Antigone, ou le consensus contre la méfiance !
    La république s’est fondée sur des valeurs immatérielles, transcendantes et souveraine.
    La chrétienté d’avant se construisit sur une échelle des valeurs du droit impérial qui a su conserver ses origines sans les supprimer, les amender sans les abandonner, les enrichir sans les renier.

    Loi de dieu et Loi de la république ne se refusent à l’intelligence des hommes, des situations et des entendements.

    Le sujet religieux est à chaque élection nationale le prétexte récurrent évoqué pour croiser le fer, attiser les opinions ou pire vouloir lever la croisade laique contre les communautés spirituelles du pays, les croyances contre les athéismes militants.

    Danger et perversité dont on ne mesure le travers que lors des hostilités entretenues entre des partisans irréconciliables sur de tels débats toxiques ou vénéneux.

    Loi de dieu et loi de la république sont faites pour s’enrichir mutuellement dans des échanges nécessaires pour le bienfait d’un pays, divers, pluriel et complexe.
    L’appartenance des deux entités réunies est dans l’ordre de la normalité en bonne intelligence pour chacune.

    Le croyant et le citoyen ne sont pas deux sujets antagonistes, ni antinomiques, en chaque personne.
    Il y a un temps pour chacune de ces adhésions.

    Les réduire au mépris de l’altérité serait réducteur de la faculté de savoir agencer en chaque être humain sa faculté de se connaitre, comparer et choisir librement les enjeux de son destin.

    L’anticléricalisme pédant, le laïcisme sachant, et la prétention de vivre sans même les comprendre ne correspondent au monde dans lequel nous sommes conduits à vivre, en harmonie avec ceux qui ne nous ressemblent pas, ont d’autres origines, une autre histoire et des convictions personnelles différentes.

    Qui oserait penser aujourd’hui que l’uniformité, l’acquis sans recul sur le pensé, le contentement sans esprit critique en chacune de nos vies, donne satisfaction entière à notre vie ?

    L’être humain change, grandit, se développe et se jauge par lui même à ses propres codes de conduites au fil de sa vie.
    La loi de dieu et celle de la république ont besoin l’une de l’autre, par les temps que nous traversons.
    Ni l’une ni l’autre n’aurait intérêt pour sa survie à s’en dédouaner, et croire que l’on pourrait vivre sans l’une ni l’autre, en bonne intelligence, de la raison et de la grandeur d’âme !

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