Liberté d’expression et sacralité

par Gérard Leclerc

jeudi 5 février 2015

L’organisation Reporters sans frontières vient de demander aux responsables du culte en France de signer la proclamation sur la liberté d’expression qu’elle a rédigée, et où il est stipulé que « nul ne peut imposer son sacré à autrui » et que « chacun est libre d’exprimer des critiques, même irrévérencieuses, envers tout système de pensée politique, philosophique ou religieux ». On comprend aisément l’attachement de journalistes à la liberté d’expression, sans laquelle il n’y aurait pas de sens à leur métier. Personnellement, j’ai toujours considéré que ma liberté était entière et que je n’admettrais nulle censure qui contredirait mes convictions intimes. Pour autant, cette liberté s’exerce dans un certain champ social, où elle doit éprouver son exercice responsable. Un tel exercice suppose nécessairement des interdits, ceux que je m’impose à moi-même, ne serait-ce que pour respecter autrui et conjurer certaines forces du mal contraires à l’intégrité de notre humanité.

Fort opportunément, Élisabeth Lévy, dans l’éditorial de Causeur de février, rappelle à François Hollande, qui avait déclaré qu’en France la liberté d’expression ne se négocie pas : « Sauf le respect que je dois au Président, elle se négocie tous les jours à la 17e chambre correctionnelle du tribunal de Paris, où les juges doivent apprécier si les prévenus ont ou pas franchi les limites de la loi. »

Par ailleurs, je mettrais en cause la notion de sacré qui est ici alléguée. Pardon, chers confrères mais il semble qu’il y a une sorte de sacré qui s’impose pour vous et pour nous, de façon inconditionnelle, et c’est précisément la liberté absolue d’expression. Qu’on le veuille ou pas, il y a des principes intouchables qui font la garde autour de notre dignité et qui l’empêchent de se défaire. Parmi ceux-là, la défense de l’innocence des enfants, l’interdit du meurtre et plus généralement ce qu’on appelle les droits de l’homme. Notre liberté, pour inconditionnelle qu’elle soit, est aussi, aurait dit Sartre, en situation. Quant au sacré religieux, c’est une autre affaire, qui regarde d’abord les intéressés. Ceux qui, par exemple, s’adressant à Dieu, prononcent : « Que ton nom soit sanctifié ! »

Chronique diffusée sur Radio Notre-Dame le 5 février 2015.

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