Les traites négrières

par Gérard Leclerc

mercredi 24 juin 2020

Le lycée Colbert-Sophie Germain de Thionville, renommé Rosa Parks.
© Google Street View

Ainsi, la région Grand Est vient de valider le changement de nom du lycée Colbert-Sophie Germain de Thionville, qui s’appellera désormais Rosa Parks, du nom d’une militante afro-américaine, cette personne ayant vécu de 1913 à 2005. Il semble que les élèves de ce lycée aient été associés à ce choix, que l’on peut juger hautement politique et idéologique. Est-il sage et raisonnable d’entraîner les élèves dans ce type de controverses, au risque de les engager dans un militantisme passionnel, sans le contrepoids d’une véritable formation historique, voire philosophique. Certes, l’esclavage constitue, humainement, un des aspects les plus violent de notre passé et de notre héritage. Il y a lieu que l’enseignement lui donne sa juste place dans le cursus des études, mais avec toute la contextualisation nécessaire. Il est périlleux d’associer cet enseignement à une cause contemporaine, ainsi que le montrent les dérapages actuels des études post-coloniales, qui inquiètent, à juste titre, les plus éminents de nos universitaires.

C’est que le sujet est brûlant et que les travaux les plus déterminants à son propos donnent lieu à des polémiques d’une extrême vivacité. On s’en est aperçu, il y a une quinzaine d’années, avec la publication du grand ouvrage d’Olivier Pétré-Grenouilleau sur Les traites négrières qui a été immédiatement dénoncé par des organisations militantes anti-racistes, parce que l’historien n’entrait pas dans leur cadre idéologique. Ainsi affirmait-il que le but des traites n’avait pas de fins meurtrières, puisqu’il s’agissait de promouvoir un négoce. Un négoce, qui avait certes des conséquences meurtrières, notamment à cause des dommages de la traversée de l’Atlantique. Mais pour les militants, il fallait absolument que l’esclavagisme soit foncièrement de nature génocidaire. Et puis il y avait aussi le fait qu’il y avait eu trois formes d’esclavagisme, avec des traites orientales, occidentales et internes à l’Afrique. Le militantisme exigeait qu’il soit uniquement un crime occidental.

J’ai connu pour ma part un Africain, dont je garderai toujours le souvenir et dont j’espère ardemment la future béatification, qui avait été emmené comme esclave, adolescent, depuis sa région natale, le pays Samo dans l’actuel Burkina Faso, jusque sur les rives du Niger. Il avait pu échapper à son maître et avait été recueilli par des Pères blancs et ramené par eux au pays natal. Puisse la figure d’un Alfred Ki-Zerbo nous éclairer pour un juste discernement de cet immense dossier des traites négrières.

Chronique diffusée sur Radio Notre-Dame le 24 juin 2020.

Messages

  • J’apprécie doublement le fondé de cette chronique pour avoir enseigné en Afrique dans une jeune république dans les années 74 et suivantes, l’histoire de ce continent où les conflits inter ethniques dessinaient la trame de leur mémoire.

    Je découvrais in situ que les Africains étaient dépositaires de leurs sources et chroniques écrites ou rapportées au fil des générations de la part de leurs anciens.

    Il n’y avait pour nombre d’entre eux d’interférence étrangère mais le rapport impérial de la lutte d’influence des plus ardents guerriers portée sur les populations.

    On ne transgressait nullement ces informations émanant des ministères de l’enseignement officiel de ces pays désignés, comme l’Afrique du Nord, l’Afrique de l’Ouest, l’Afrique continentale.. où les récits de guerres et de pouvoir émaillaient le passé des populations.

    Pouvait-on parler de racisme ?
    Anti blanc ?
    De génocide, mais contre qui ?

    D’impérialisme, mais de la part de qui ?

    Les imbrications étudiées des civilisations successives qui s’étaient disséminées dans cet immense continent avaient laissé des traces inter ethniques mal soignées.

    On pouvait observer des craintes avouées du passé que les générations scolarisées avaient de souvenirs mal vécus et transmis par les anciens, comme un devoir de mémoire difficile et demeuré conflictuel.
    Il ne nous était donné d’évaluer leur véracité, sinon de présenter leur conformité avec les travaux portés par les universités locales et étrangères.

    Nombre de ces étudiants, étudiantes pour mon cas devenues à leur tour enseignants diplômés de leurs propres facultés, disposaient des éléments comparatifs de la provenance de ces informations,

    Les traites négrières étaient mentionnées, mais ne menaçaient la vérité objective de leur provenance.
    Il ne paraissait pas pour le cas incongru, inqualifié ou partisan de les évoquer pour des étudiants au fait de cette vérité qui intéressait au premier chef leur curiosité intellectuelle.

    On chercherait bien aujourd’hui à percer la raison et les intentions de ceux qui voudraient brouiller le contenu historique du passé, et pour quel usage ?

    Mystère dont on perce parfois l’habileté malvenue de rompre le cours de l’histoire, en divisant et opposant des nations dont tout le reste peine à partager les raisons belliqueuses des ambitions de ceux qui les inventent, pour leur confort intellectuel du présent.
    Mais en vérité, les Africains n’avaient pour nous de telles conduites et nous mêmes n’avions de raisons de le penser !

  • Si l’on veut débaptiser un lycée Colbert (sans débaptiser les lycées Jules Ferry) pourquoi aller chercher le nom d’une personne étrangère et oublier tous les Français qui pourraient représenter un exemple pour tous ? Par exemple, mais ce n’est qu’un exemple, pourquoi ne pas lui donner le nom de Camille Mortenol, ce fils d’esclaves (les deux parents avaient été esclaves), né à Pointe-à-Pitre, premier élève noir à être entré à Polytechnique et dans un très bon rang (avant lui, deux métis avaient été admis dans l’école) et qui ayant choisi la Marine a été un des plus brillants officiers de sa génération ? Cela permettrait aussi de rappeler qu’ayant été appelé par le général Gallieni en 1914 à organiser la défense aérienne de Paris, il a très largement contribué à sauver la capitale.

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