Les sources de l’attentat de Christchurch

par Gérard Leclerc

mardi 19 mars 2019

Le quinze mars dernier, un terroriste a commis un terrible attentat à Christchurch en Nouvelle-Zélande, tuant cinquante personnes musulmanes dans deux mosquées de la ville. La population locale a été d’autant plus bouleversée qu’elle vit dans un pays paisible qui ne connaît pas d’affrontement religieux. L’auteur du massacre Brenton Tarrant, a expliqué son geste dans un manifeste intitulé Le grand remplacement, où il dénonce l’invasion de populations immigrées. Une invasion qui mettrait en danger les habitants d’origine européenne. Immédiatement, on a établi la relation avec l’écrivain français Renaud Camus qui a popularisé ce concept de « grand remplacement », lui attribuant la responsabilité idéologique de l’attentat.

L’intéressé a vivement réagi, récusant avec horreur pareil massacre. Mais toute une polémique est née, prenant pour cible le courant intellectuel qui, en France, s’inquiète de la difficulté d’intégration dans ce qu’on appelle les quartiers perdus de la République. Même un Alain Finkielkraut a été mis en cause comme coupable d’alimenter ce qu’on appelle l’« islamophobie ». On peut s’interroger sur la probité intellectuelle de pareille imputation. Jean-Yves Camus a fait une mise au point, montrant que le manifeste du terroriste puisait en fait dans plusieurs sources. Stéphane François, historien spécialisé, a expliqué dans Le Monde qu’en fait « l’auteur s’inscrivait dans l’héritage du courant nativiste anglo-saxon, promouvant à la fin du XIXe et au début du XXe siècle la nécessité de favoriser les populations blanches ». On parle aussi à son propos de suprémacisme blanc.

Il n’empêche qu’il est bien difficile d’échapper à la tentation de l’amalgame. Alain Finkielkraut n’a rien à voir avec le suprémacisme blanc, et se montrer inquiet de la difficulté d’intégration des populations émigrées, c’est une exigence du bien commun qu’aucun politique responsable ne peut esquiver. Jérôme Fourquet vient de publier à ce propos un essai intitulé L’archipel français (Seuil), qui hors toute polémique, décrit l’évolution actuelle du pays. Il constate une fragmentation sociale, avec un affaiblissement du socle commun des références et des valeurs. Face à un véritable bouleversement anthropologique, il ne s’agit pas d’attiser les oppositions mais d’œuvrer pour une paix sociale qui nous garantisse contre ce que François Hollande appelle « un danger de sécession ».

Chronique diffusée sur Radio Notre-Dame le 19 mars 2019.

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Photo : Mosquée de Christchurch © Schwede66

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