Les rapports police-État

par Gérard Leclerc

jeudi 11 juin 2020

© Ella_87 / Pixabay

Que les policiers soient en colère à la suite de déclarations de Christophe Castaner, ministre de l’Intérieur et donc leur ministre, se conçoit aisément. Ils s’estiment désavoués en une période d’extrême tension psychologique. Qu’un « soupçon avéré d’acte ou de propos raciste » entraîne systématiquement une suspension, selon les propos du ministre, leur est intolérable. Qu’est-ce qu’un soupçon avéré ? Un soupçon est un soupçon. S’il est confirmé par une vérification sérieuse, ce n’est plus un soupçon, c’est une vérité. On ne suspend pas un policier sur un soupçon. Et par ailleurs, nos forces de l’ordre s’estiment également désarmées pour procéder à des arrestations de personnes violentes, si on leur interdit certaines pratiques physiques. Une menace plane dans l’air : tout simplement laisser fuir les individus, dès lors que les moyens adéquats sont refusés à la police par le ministre de l’Intérieur.

Les polémiques actuelles semblent désarçonner le gouvernement et le président lui-même qui, pour le coup, ne veulent pas encourir le soupçon de complaisance pour le racisme. D’où d’autres propos pour le moins curieux de Christophe Castaner déclarant que des manifestations interdites peuvent être tolérées du fait d’une « émotion saine ». L’émotion primerait donc le droit ? Il n’est pas seul en cause. La garde des Sceaux, Nicole Belloubet, s’est exposée à la critique en invitant la famille d’Adama Traoré à venir parler avec elle place Vendôme. Elle a d’ailleurs reçu un refus bien ajusté d’Assa Traoré, la sœur d’Adama, qui a rappelé tout bonnement les règles juridiques élémentaires.

C’est que le climat actuel est malsain, en dépit du grand mouvement anti-raciste que beaucoup saluent. S’il y a des actes et des propos racistes de la part de certains policiers, ils doivent être sanctionnés. Mais il y a aussi urgence pour un pays de retrouver sa confiance envers ceux qui protègent sa vie quotidienne. Et cela d’autant plus qu’ils sont, depuis des années, soumis à rude épreuve. Que l’on songe à leur mobilisation incessante contre le terrorisme, aux débordements de certaines manifestations dues souvent aux fameux black-blocs. Aux surveillances nécessitées par le confinement… Le gouvernement risque d’être en difficulté, s’il a perdu durablement la confiance de sa police.

Chronique diffusée sur Radio Notre-Dame le 11 juin 2020.

Messages

  • Sujet complexe que celui de l’Etat et de la Police.

    Etat -Police - Justice nouent des liens vitaux dans un pays en campagne électorale.

    Ne nous leurrons pas, les circonstances présentes ne favorisent l’harmonie de rapports de force, de décisions et de missions qui ne se renvoient les unes contre les autres mais peinent à se coordonner les unes avec les autres.

    Du policier agent médiateur de questions sociétales, au juge convié à déclarer le droit de toute justice, aux décideurs du politique entrainés par le cours des événements qui se complexifient, le piège se referme comme une issue sans sortie honorable, pour personne.

    L’Amérique et ses vieux démons de racisme, de xénophobie ou de sectarisme, engendre son lot de "réactions épidermiques" de la question sociale, sans que les raisons invoquées des deux côtés de l’Atlantique soient identiques.

    Lorsque le débat porte sur la couleur de la peau et le faciès indélébile de tout citoyen sans distinction, le dérapage est inévitable.

    On juge le profil et non plus l’objet du différent.

    On se livre à une propagation virale de la détestation subjective qui n’a plus sa place dans une société fraternelle, libre et égalitaire.

    Au sortir de la pandémie, la question sociale change de couleur, de ton et d’image.

    Les vieux oripeaux du sectarisme, du racisme et de la ségrégation s’affichent dans des rassemblements que des élus de la république entretiennent parmi d’autres comme objets de leurs campagnes insalubres.

    La France au cours de son passé colonial a mérité mieux, plus et davantage.

    Les nouvelles générations minoritaires la voudraient coupable du passé, et des sectaires adeptes de la pire homophobie, promeuvent une révolution active contre l’Etat, sa Justice et ses Serviteurs.

    Danger, danger, si par mégarde on laissait prise à des fléaux raciaux de ce bas étage.

    Le confinement récent, l’angoisse du lendemain pour tous, un sentiment national terne ont quelque chose à voir avec le jeu politique de ceux qui exacerbent ces sujets pour les rendre invivables dans une démocratie partagée.

    Attention, ne nous égarons pas !

    La fraternité républicaine demande plus que des démonstrations pénibles et publiques du moment.
    On ne justifiera jamais l’odieux des crimes commis, mais on ne pourra tolérer que le remède soit pire que l’affection curable et subie !
    Mais toute campagne élective n’est pas favorable à l’apaisement de ces confrontations.

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