Les migrants et la guerre

par Gérard Leclerc

lundi 7 septembre 2015

Lors des belles journées mariales du Moutier d’Ahun, en Creuse (cf. le dossier du prochain numéro de France Catholique - n°3458), l’assistance a connu un moment de particulière émotion, avec le témoignage de plusieurs chrétiens irakiens sur les événements terribles qui ont fondu sur leurs communautés. Des documents photographiques donnaient encore plus de présence à cette évocation d’un véritable martyre. Je pensais à ce moment à l’avertissement que confirment tous les chrétiens issus de cette région : vous n’avez pas conscience de la menace qui, inéluctablement, va se déplacer jusque chez vous. Si nous n’avons pas cet avertissement en tête, nous ne comprenons pas la signification du déferlement actuel de réfugiés sur l’Europe. Fermer nos esprits et nos cœurs à la détresse de ces pauvres gens, ce n’est pas seulement faire preuve d’insensibilité coupable, c’est refuser d’envisager, dans ses véritables dimensions, la tragédie internationale qui bouleverse déjà notre présent et ouvre les plus sombres perpectives.

Le problème n’est pas de «  culpabiliser  ». Il n’est pas vrai que nous soyons responsables de la mort de ce petit garçon de trois ans dont l’image hante tous les médias. En revanche, l’appel qui nous est ainsi lancé concerne la gravité d’une situation qui nécessite l’engagement total de nos pays. Le pape François, en demandant aux paroisses d’accueillir les réfugiés, se recommande des purs préceptes évangéliques. Mais ces réfugiés pourraient n’être que l’avant-garde de millions de déplacés, fuyant la terreur d’un régime inhumain auquel il faut mettre fin, de la façon la plus urgente. C’est pourquoi il m’est impossible de suivre Marine Le Pen dans ce refus obstiné de tendre la main aux persécutés. Non seulement ils sont nos frères, mais si nous les laissons périr nous donnerons tout le champ libre au totalitarisme islamique, que de simples mesures de police intérieure ne sauraient juguler.

Nos dirigeants sont forcément conscients de l’enjeu. Le président François Hollande vient enfin de prendre la décision de faire intervenir notre aviation en Syrie, ce qu’il refusait obstinément dans la crainte de servir les intérêts du président Assad. Mais il n’est plus possible de transiger. Si l’on ne réduit pas au plus vite l’abcès de l’État islamiste, c’est le monde méditerranéen qui sera durablement déstabilisé et les foules de migrants se multiplieront, en assiégeant une Europe qui ne trouvera plus les moyens de faire face même si l’Allemagne se mobilise de manière exemplaire. Accomplir les gestes qui sauvent à l’égard des exilés d’aujourd’hui, c’est une obligation impérative. Mais il est plus impératif encore de mettre fin à la tragédie qui risque de nous submerger.

Pour aller plus loin :

Messages

  • Merci à Gérard Leclerc de nous faire part de l’émotion éprouvée lors des témoignages de plusieurs chrétiens irakiens.

    Sur un autre plan, je suis tout à fait d’accord qu’il ne faut pas "culpabiliser" et j’avais ajouté que cela ne servait absolument à rien du tout. Nous ne sommes pas responsables de la mort du petit garçon sur la plage, c’est certain. Toutefois, il y a eu quelque part, disons, comme un manque d’attention à quelques signaux qui n’ont pas été compris, ou qu’on n’a pas su décrypter. On ne peut pas nier qu’il y a eu des avertissements très nets - il me vient à l’esprit une interview que le père Henri Boulad avait accepté de donner sur France 24 il y a deux ans environ, sauf erreur -, il y a eu des personnes, bien avant tout ce flux migratoire, qui avaient mis en garde, lors de débats, lors de rencontres etc... Qu’est-ce donc qui a fait qu’on n’ait pas prêté attention à tout cela ?

    Ne pas culpabiliser, non, mais on il n’est pas exclu de se poser quelques questions sur notre façon d’écouter ou de ne pas écouter, d’entendre ou de ne pas entendre. Bien des associations humanitaires ont écrit, ont lancé des alertes, envoyé comme des SOS sur ce qui se passait ici et là et là-bas. J’avais entendu une phrase quelque part :"l’expérience des autres ne sert à rien".
    Pourrions-nous au moins reconnaître que notre réaction a eu lieu...lorsque nous nous sommes trouvés face à ces flux qui submergent, dit-on, l’Europe, face à ces exilés malgré eux fuyant la barbarie ; la réaction a eu lieu, quand nous nous sommes trouvés face à des centaines d’êtres déplacés. Peut-on nier qu’il y a eu comme une perte de contrôle de la situation, toute l’Europe, tout d’un coup secouée, car elle n’était, qui sait, pas prête à faire face, je ne me permettrais pas de juger, mais de constater, oui, je peux le faire.

    Voilà pourquoi je maintiens mon point de vue exprimé dès le départ, non par entêtement, mais parce que, au risque de me tromper, je vois les choses ainsi : en tous cas, maintenant, pourrait-on encore dire : "je ne savais pas" ? Sans revenir sur le passé, aujourd’hui, à présent, pourrions-nous dire cela ? On pourrait avancer qu’on n’imaginais pas, ou qu’on n’a pas pu croire, c’était tellement loin de nous, et puis tout le monde peut dire tout et n’importe quoi, etc... C’est là où le discernement
    devrait intervenir - me vient à l’esprit un passage d’une prière de Saint-François d’Assise -.

    En tous cas, pourrait-on dire que nous voilà devant un fait accompli et qu’il y a urgence à gérer une situation qu’à présent, en tous cas, nous pouvons, qui sait, en mesurer une petite partie de la difficulté ? La coalition, les avions, les bombardements, les survols des Rafales pour observer, etc... Il n’est pas dans mon intention de revenir sur tout cela, mais sur une seule certitude, pour moi en tous cas, et sans me permettre d’obliger, par hasard, quiconque à en être d’accord : c’est que la solution valable ne peut être que politique. Si les responsables ne se mettent pas à table pour discuter, évaluer, débattre et avancer des propositions urgentes et convenables et commencer à les mettre en route et les appliquer, tout le reste ne serait que rafistolage.

    Mme Mogherini aurait dit : "Ce va durer encore longtemps". Je ne l’ai pas entendue, mais je l’ai lu dans plusieurs media. Alors, quand on peut avancer une telle certitude, c’est qu’il y en a, comme on dit, qui en savaient un bout de tous ces malheurs que personne, et encore moins les victimes de ces drames humains, ne pouvait prévoir.

    Suite à cette phrase de Mme Mogherini, si elle a bien été prononcée, que les personnalités concernées prennent, chacune à leur niveau, leurs responsabilités.

    Et comme l’a écrit un internaute : "Sinon, qu’ils s’en aillent".

    • En fait le probleme est très simple et pourrait être d’une grande opportunité pour l’occident CHRETIEN. L’Eglise et tous les Etats chrétiens européens (mais la France a-t-elle encore la mémoire de se dire chrétienne ?) devraient dire ceci aux migrants :
      "chers amis, vous avez traversé de grands dangers pour échapper à l’incurie de vos dirigeants et au nihilisme des radicaux de l’Islam. Vous venez vous refugier sur nos terres prospères, tolérantes et pacifiées et nous vous accueillons après vous avoir sauvé la vie. C’est l’Europe de tradition chrétienne qui vous accueille et vous a sauvé. Comme nous voulons que l’Europe reste chrétienne et unie par le christianisme et ses valeurs, nous vous demandons en échange de notre secours et de notre hospitalité que vous CHANGIEZ DE RELIGION ET DEVENIEZ CHRETIENS A VOTRE TOUR."
      C’est la chance de l’Europe chrétienne : le renouveau démographique à condition d’être surs de ses valeurs, de sa tradition, de son identité. Angela Merkel commence à le comprendre. Le christianisme européen survivra et grandira si et seulement si il se passe un METISSAGE chrétien en Europe. Seulement voilà, il faut commencer par être et agir en chrétien sans fausse humilité et avec le sens de la responsabilité. Le Pape doit parler en ce sens et pas seulement jouer sur le registre de la compassion.

    • Cette blague est d’un goût plutôt douteux et n’a rien de percutant.

      Pour ce qui est de dire au Pape ce qu’il doit faire et ne doit pas faire, à chacun ses idées...

      Mais ne serait-il pas plus astucieux de demander à ceux-là, reconvertis en "voyagistes" pour croisières de luxe en Méditerranée inondant ainsi l’Europe de vagues de "touristes" inattendus et sans bagages, ne serait-il pas plus astucieux de s’adresser à qui de droit pour demander des explications, ou, et pourquoi pas, exiger des comptes ?....

      Ne pas se tromper d’adresse.

  • Ne faudrait -il pas , comme le P Boulad, s’interroger sur les facteurs qui sont à l’origine de cette crise et demander à la classe politique des comptes
    sur son ralliement à la politique américaine au Proche Orient qui s’est traduit par la destruction de l’IRAK et de la SYRIE....

    • Le père Henri Boulad avait répondu aux questions posées par l’intervieweur de France 24, Gauthier Rybinsky, selon sa propre expérience vécue. Il avait clairement dit que ce problème atteindrait l’Europe, et plus loin le Canada, les Etats-Unis, l’Australie... Nous y sommes. Le père H. Boulad ne nous a donc pas servi des salades. (Pour l’anecdote : en pleine discussion sur l’Islamisme, Monsieur Rybinski avait eu cette phrase savoureuse, je cite : "...Autrement dit, les musulmans devront mettre de l’eau dans leur vin..." fin de citation, alors que le Coran interdit l’alcool... Dans sa délicatesse, le père Boulad n’a pas relevé la chose mais a dû bien rire dans sa barbe - attribut dont il se dispense d’ailleurs, je parle de la barbe).

      Sur ce forum il y a échanges d’idée, de questions, on évalue, on réfute, on écrit son accord, etc... D’autre part, nous sommes en situation d’urgence à laquelle il faut répondre au mieux. Ce qui est du ressort des seuls responsables politiques. Pour l’instant, et afin de ne pas donner raison à, qui sait, de ceux-ci ou ceux-là qui seraient ravis de voir se dessiner un ou des conflits internes, il serait, à mon avis, plus avisé de laisser le temps et l’opportunité aux autorités de mener à bien, on l’espère, leur action.

      Pour le reste, il est, en général, dans de tels cas inévitable d’avoir un jour ou l’autre des "comptes" - comme écrit - à rendre, en tous cas des explications à donner sur telle ou telle politique suivie, et comment et pourquoi. (cela est un aspect que n’a jamais abordé le père Boulad).

      "Chaque chose en son temps". Les Anglais, eux, disent : "Wait and see", n’est-ce pas...

      Jean de la Fontaine avance que : "Patience et longueur de temps font plus que force ni que rage".

      Au bout de ce temps - dont nul ne connait la durée - une chose me semble certaine : c’est le Seigneur qui aura le dernier mot.

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