Les lois de la religion sont-elles supérieures à celles de la République ?

par Gérard Leclerc

jeudi 20 février 2020

Emmanuel Macron
© Kremlin

À Mulhouse, mardi, le président de la République a énoncé un principe d’une clarté totale, afin de bien démarquer les territoires respectifs du politique et du religieux. « On ne doit jamais accepter que les lois de la religion puissent être supérieures à celles de la République. » Emmanuel Macron n’est pas le premier à proférer une telle affirmation. Elle s’adresse d’évidence à nos compatriotes musulmans dans les circonstances qui sont les nôtres. Mais son caractère général semble bien s’adresser aussi à toutes les religions. Non sans une pointe de provocation. Dans cette primauté revendiquée, n’y a-t-il pas une forme de provocation à l’égard de ceux qui croient au Ciel ? Comme si Dieu ne devait pas être premier servi, selon Jeanne d’Arc. Oui mais, dans la tradition chrétienne, la distinction du religieux et du politique a toujours été opérée, même si elle a donné lieu à des conflits incessants.

Dès les textes du Nouveau Testament, l’obéissance aux autorités civiles est instamment recommandée, alors que celles-ci se réclament du paganisme. Saint Paul est particulièrement net à ce sujet : « Que chacun se soumette aux autorités qui nous gouvernent », écrit-il aux Romains. Et il insiste : « Celui qui s’oppose à l’autorité résiste à l’ordre que Dieu a établi. » Si l’on songe que l’apôtre désigne alors l’Empire romain incarné dans la personne de Néron, on mesure la singularité d’un tel commandement. Et saint Pierre ne tient pas un autre langage. La notion de théocratie est donc étrangère à la tradition chrétienne, ce qui la distingue de celle de l’islam. Et ce n’est pas impiété mais distinction de ce que Pascal appelait « les ordres ». « La tyrannie, observait-il, consiste en un désir de domination universelle et hors de son ordre. » C’est qu’il y a péril d’accaparement de la part du spirituel qui risque ainsi de se compromettre en perdant son âme.

Cela ne veut pas dire que l’Église renonce par ailleurs à rechercher l’éclairage de la foi dans le domaine temporel. Mais pour exercer une telle mission, il lui importe, écrivait le cardinal de Lubac, de repousser un mode d’intervention qui ravalerait sa pureté d’instance spirituelle. Cette distinction des domaines n’est pas indemne de possibles conflits, lorsque la loi morale est en cause. Mais cela renvoie au chapitre de l’objection de conscience, lorsque ladite conscience se trouve blessée par une législation injuste.

Chronique diffusée sur Radio Notre-Dame le 20 février 2020.

Messages

  • En ne séparant pas le domaine spirituel et le domaine temporel, E. Macron exprime une petite envie de concordat qui a été la tentation de tous les présidents depuis quelques années. Posséder les deux pouvoirs serait une assurance de stabilité.
    Un Chrétien n’a pas vocation à combattre le mal, où plutôt, il ne peut le combattre que par l’amour. Le mal n’est pas le contraire du bien, il est le signe de l’absence d’amour comme le bien est le signe de sa présence. La haine est également le signe de l’absence d’amour, de la même manière que le froid n’est pas le contraire de la chaleur, mais le signe de son absence. La parabole du bon grain et de l’ivraie nous indique bien que le mal ne peut être combattu en ajoutant du mal au mal. Les forces du mal sont plus fortes que nous et existeront jusqu’à ce que Jésus détruise le mal. Face à des structures de péché, il faut aussi savoir se retirer si ces structures peuvent nous entraîner vers le péché. Si la loi ou votre patron vous oblige à refuser l’amour, se retirer ou démissionner est un geste d’amour.

  • En France lois civiles, les lois religieuses, parfois les deux imbriquées ou séparées par principe, cohabitent dans le droit et les faits.

    L’histoire ne nous a épargné à tout un chacun la collusion, les ruptures, les divisions et les guerres idéologiques de deux espaces de l’esprit qui se toisent, sans se médire mais entretiennent le confort personnel du quand je veux, comme je le peux, et pour qui je le pense.

    Mon maire préféré disait en privé, ici c’est Moi la laïcité, Vous c’est l’autre qui me comprenez !

    Dans ce jeu de rôle où l’on s’arrange faute de conformer ce regard altruiste dont les intérêts ne sont pas convergents, les ambitions parfois sont opposées.

    En temps électoral les inversions du genre civil et religieux établissent des conventions partagées qui ne font pas disparaître les dispositions personnelles et établissent un modus vivendi du vivre ensemble qui peut évoluer au fil des ambitions de l’autre.

    On appelle tout cela le rapport démocratique, où l’on dispose de quelque liberté de conscience pour ne pas enrayer la machine des assurances du lendemain.

    Vouloir opposer lois républicaines et lois religieuses n’est pas en conformité avec l’esprit français, mais penser à l’abord que leur entendement soit facile et accessible à tout un chacun, est un leurre.

    Le réflexe de l’esprit entretient cet échange qui ne satisfait totalement la décision civile ni les principes spirituels, qui entretiennent l’éducation reçue d’une prime enfance.

    Oser fixer les limites de la supériorité est aussi téméraire que prétendre l’infériorité de l’une vis à vis de l’autre.
    L’exercice du temps est une gageure, un défi et une audace qui se heurte aux contradictions individuelles de la vie.

    Selon les cas, selon les circonstances on se joue bien souvent de civilité et de religiosité dans ce mode de penser particulier à la tradition de la culture française.

    Mais il y a l’imprévisible, les menaces à l’unité d’une nation, les leçons de l’histoire passée qui réveillent des postures et des réflexes de défense, qui mêlent le religieux et le civique, dans un rapport contrasté et inattendu pour chacun.

    Que réserve le rapport à venir d’un vivre ensemble inconnu pour l’heure ?

    Le passé entretient la mémoire mais ne peut se suffire à dénoncer les risques de positions définitives de l’ambivalence de l’esprit, qui ne voulant choisir, se refuse à décider de son destin.

    L’heure a bien changé désormais et la disposition à la rigidité de la pensée civile et religieuse ne trouve l’écho satisfaisant de ceux qui cherchent à donner sens à leur vie, et ne savent pas, encore lequel !

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