Les kiss-in

par Gérard Leclerc

mercredi 9 juin 2010

Les « kiss in » sont des manifestations où des couples homosexuels s’embrassent sur la bouche, pour mieux revendiquer une reconnaissance morale et publique. Plusieurs « kiss in » ont eu lieu récemment à Paris, à Lyon, à Metz, à Sion en Suisse... à proximité des cathédrales de ces villes, presque sur les parvis. C’est dire combien ce genre de manifestants entend provoquer directement la hiérarchie catholique et les fidèles, car c’est le caractère symbolique des lieux qui est ainsi privilégié, la place Jean-Paul II devant Notre Dame ou la place Saint Jean devant la primatiale de Lyon.

La provocation est évidente, elle est délibérée, calculée. Et le danger est grand pour certains de se précipiter afin de répondre aux provocateurs, au risque de se livrer à un processus de violence, quand ce n’est pas à la manipulation de jeunes gens qui n’attendent qu’une occasion pour en découdre et casser de l’homo, comme on cassait hier du bolcho ou du facho. Je ne doute pas de la droiture des sentiments de beaucoup de contre-manifestants qui estiment que l’Église est outragée, et souvent de façon grossière. Mais il faut faire très attention à cette logique de surenchère qui finit par transformer des gens pacifiques en alliés des provocateurs. On a ainsi vu à Lyon des gens à genoux en prière côtoyer des militants faisant d’évidence le salut fasciste. D’ailleurs toute une polémique est née et s’est développée à Lyon sur le sujet. Polémique souvent empoisonnée.

Les autorités ecclésiastiques ne peuvent accepter que la violence réponde à la provocation, au nom de la défense de l’Église. Le cardinal André Vingt-Trois a été très ferme là-dessus. L’évangile ne se prêche pas à coup de poing, a fortiori de battes de baseball. Il faut donc renoncer à toute contre-manifestation qui risque de déraper et de tourner au contre témoignage. Cela ne veut pas dire qu’il est toujours facile d’adopter la bonne réponse en cas de provocation. Mais c’est l’affaire des responsables des lieux symboliques visés. Et c’est l’affaire de la loi, quand il y a outrage au sanctuaire, comme cela s’est produit il y a quelques années à Notre-Dame de Paris où le recteur, Mgr Patrick Jacquin, agressé, a porté plainte.

Il est certain que la question homosexuelle se pose en des termes difficiles, que l’hyper sensibilisation d’un milieu très militant conduit à des affrontements délicats à arbitrer. La violence dans les attitudes, dans les paroles, risque d’attiser toujours plus l’exaspération de gens qui s’estiment rejetés, niés, condamnés par l’Église. C’est pourquoi l’an dernier le cardinal Barbarin avait ouvert les portes de son archevêché à une délégation de militants homosexuels, pour une conversation qui s’était d’ailleurs déroulée dans de bonnes conditions. Ce n’est pas facile, mais c’est plutôt dans cette direction qu’il faut aller.

Messages

  • Je trouve que vous qualifiez les manifestants de "provocateurs" assez hâtivement. Il serait bien approfondir un peu plus le pourquoi des kiss-in (assez bien fait au début de l’article) et surtout le pourquoi de tels lieux.
    Les homos veulent une reconnaissance morale et publique, c’est-à-dire la fin des inégalités, et des discriminations.
    Or nos politiques se retranchent derrière la morale chrétienne pour refuser l’égalité. Tout en sachant que c’est plus par crainte de pseudo-conséquences électorales que par réelles convictions "idéologiques" qu’ils le font.
    De plus, l’Eglise, en tant qu’institution, pèse de tout son poids politique pour que l’égalité n’arrive pas (cf. les dernières interventions du pape au Portugal). Dans un état laïque, ça passe mal.
    Il est donc assez logique que les défenseurs de l’égalité s’expriment devant les symboles du refus : les églises.
    Et ce d’autant plus que des membres importants de Rome mélangent allègrement homosexualité et pédophilie pour se dédouaner d’actes ignobles commis par une minorité de membre du clergé.

  • En France, les personnes souffrant de tendances homosexuelles, qu’elles soient ou non passées à l’acte, disposent des mêmes droits que les autres citoyens. C’est un fait incontestable. Et l’Eglise reconnaît tout-à-fait cette égalité de droits.

    Après, bien sûr certaines restrictions existent à la liberté de faire n’importe quoi, mais c’est pour assurer le bien commun, et non pour instaurer une quelconque inégalité. Ainsi pour l’adoption : le bien de l’enfant est premier, non le désir d’adopter un enfant, parce que c’est son développement et sa maturité affective et psychique qui est en jeu. Mais il n’y a pas de statut spécialement injuste imposé aux homosexuels. Pour les mêmes raisons, le bien de l’enfant, des parents violents peuvent se voir retirés leurs enfants.

    Ou encore le mariage : le mot désigne l’union d’un homme et d’une femme. A partir de là, il est infantile de vouloir en modifier arbitrairement la signification par la loi. Si deux hommes ne peuvent pas se marier c’est juste parce que la condition du mariage est que les contractants soient chacun d’un sexe différent. De même que le jeu d’échecs demande le respect de certaines règles codifiées : le jeu de dames ne peut être nommé « jeu d’échecs ».

    Une fois dit cela, bien sûr, je n’approuve pas les contre-manifestations, encore plus désagréables que les kiss-in. Au moins les militants homosexuels n’organisent pas leurs rassemblements au nom de l’Eglise.

  • affaire de loi, certes, mais pour l’instant ce sont les contre manifestants catholiques qui rendent des comptes devant les tribunaux pour violence. Le tribunal de Paris le 30 novembre prochain se prononcera sur les 8 personnes agressées verbalement et physiquement par un défenseur de Notre-Dame. Un des incriminés comparaît pour violences aggravées.

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