Les ennemis du Pape

par Gérard Leclerc

mardi 18 octobre 2016

Le pape François a-t-il des ennemis ? La lecture de mes confrères de La Croix pourrait me donner quelques inquiétudes à ce propos. Nicolas Senèze, correspondant du journal au Saint-Siège, a interrogé le journaliste italien Nello Scavo auteur d’un livre au titre redoutablement explicite : Les ennemis du Pape. Spécialiste du crime organisé, ce dernier pourrait nous donner la chair de poule. Y aurait-il vraiment du danger de ce côté-là ? « J’ai longtemps travaillé sur la mafia. Et je n’oublie pas cette phrase du juge anti-mafia Giovanni Falcone, assassiné en 1992 : “On commence par vous discréditer, puis on vous isole, et enfin on vous tue.” » Mais la mafia n’est pas seule en cause, et François n’est pas le premier Pape à l’avoir dénoncée.

Scavo parle aussi de groupes financiers aux États-Unis qui se sentent visés par les critiques du Pape contre le libéralisme ou à propos de la crise écologique. Faut-il entendre que pourrait se constituer un véritable lobby des ennemis du Pape, d’autant plus redoutable qu’il ne s’agit pas seulement de faire part d’un désaccord idéologique, mais de défendre des intérêts et de passer ainsi à l’offensive directe contre François ? Il faudrait pourtant s’entendre sur ce point. Ceux qui formulent des objections contre certains propos du Pape ne sont pas forcément des lobbyistes prêts à faire feu de tout bois.

Un autre article de La Croix, que je dissocie d’ailleurs de l’entretien avec Nello Scavo, évoque « ces catholiques que le pape François dérange ». Il est vrai que les réseaux sociaux en France répercutent des critiques parfois très dures à l’encontre du Pape. La violence catholique que François a mise en parallèle avec la violence musulmane (dans l’avion retour des JMJ) a suscité de rudes commentaires, bien au-delà du milieu tradi, puisque Jacques Julliard a vertement répliqué au Pape sur ce point. Un Pape pour lequel il a pourtant beaucoup d’estime. La personnalité du pape argentin, avec sa liberté de langage, peut provoquer parfois le trouble. On peut admettre la discussion que François est le premier à solliciter, sans s’associer à des campagnes de dénigrement qui vont jusqu’à la calomnie. Il faut tout de même savoir si l’on est catholique ou pas.

Chronique diffusée sur Radio Notre-Dame le 18 octobre 2016.


Quelques articles dans Marianne :

Le président de la Coordination des chrétiens d’Orient en danger (CHREDO) et élu LR au conseil régional d’Ile-de-France, Patrick Karam, lance une lourde charge contre le pape François dans "le Figaro" de ce 2 août. La comparaison entre "violence islamique" et "violence catholique" opérée par le pape deux jours plus tôt ne passe pas.

http://www.marianne.net/pape-relativise-terrorisme-comparaisons-absurdes-100244762.html

http://www.marianne.net/islam-violence-pape-francois-c-est-macedoine-il-y-100244750.html

http://www.marianne.net/contre-accueil-refugies-nadine-morano-s-prend-meme-au-pape-100242202.html

http://www.marianne.net/quand-pape-se-mele-laicite-france-100240723.html

Pour aller plus loin :

Messages

  • - premièrement, l’article 212 §2-3 du Code de Droit canonique (qui pour le moment n’a pas encore été abrogé) spécifiant que “les fidèles ont la liberté de faire connaître aux Pasteurs de l’Eglise leurs besoins surtout spirituels, ainsi que leurs souhaits. Selon le savoir, la compétence et le prestige dont ils jouissent, ils ont le droit et même parfois le devoir de donner aux Pasteurs sacrés leur opinion sur ce qui touche le bien de l’Eglise et de la faire connaître aux autres fidèles, restant sauves l’intégrité de la foi et des mœurs et la révérence due aux pasteurs, et en tenant compte de l’utilité commune et de la dignité des personnes.”

    - deuxièmement, la demande formulée par le Pape François lui-même : “Je vous demande d’importuner vos pasteurs, de nous déranger, nous tous, les pasteurs.”

    http://christroi.over-blog.com/2016/10/sur-les-droits-des-fideles-article-212-2-3-du-code-de-droit-canonique.html?utm_source=flux&utm_medium=flux-rss&utm_campaign=economy-finance-legal

    • Il semble que toute interrogation concernant des propos pontificaux touchant à des matières où la diversité des opinions est légitime soit considérée comme non recevable par les médias habituellement hostiles à l’Eglise ou ceux qui,"catholiques", sous Jean Paul II ou Benoit XVI n’ont eu de cesse, sournoisement, de ronger l’autorité de ces papes.
      Pharisien celui qui s’interroge à propos de tel ou tel chapitre d’AL ou populiste, peureux et égoiste celui qui ose s’interroger sur l’articulation entre charité individuelle et prudence politique en matière d’accueil des migrants....
      Jamais le discours moralisateur n’a été aussi répandu de la part de ceux qui, dans l’Eglise ou hors de celle-ci, détestent la Morale...

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