Les élections en Inde

par Philippe Delaroche

lundi 20 février 2017

La même semaine où, relayant l’agence Fides, France Catholique soulignait le succès rencontré par le rassemblement pour la paix qui a mobilisé 10 000 jeunes catholiques à Mangalore, capitale de l’État du Karnataka, théâtre de violences antichrétiennes, j’invitais jeudi 16 février Régis Anouil, rédacteur en chef d’Églises d’Asie (Missions étrangères de Paris), Jean-Joseph Boillot, spécialiste de l’économie et de la société du sous-continent. Thème de l’émission : « Élections législatives en Inde : le parti nationaliste hindou en sortira-t-il renforcé, et si oui, quelles conséquences pour les minorités ? » C’est le renouvellement de l’assemblée de l’Uttar Pradesh, parce qu’il est l’État le plus peuplé avec ses 220 millions d’habitants, qui fait figure de test. Le scrutin se déroulera en sept phases. Il s’est ouvert le 11 février. Il se poursuivra jusqu’au 8 mars. Les résultats du dépouillement ne seront pas publiés avant le 11 mars.

L’Inde, qualifiée de « plus grande démocratie du monde » eu égard à ses 1,2 million d’habitants, dont la structure fédérale et le patchwork confessionnel contraste avec le régime centralisé de l’autre superpuissance (tantôt rivale, tantôt complémentaire, soulignera Jean-Joseph Boillot) que représente la Chine, est depuis 2014 sous le contrôle du BJP, le Baaratiya Janata Party, et de son leader, Narendra Modi, l’actuel Premier ministre. La fibre nationaliste et l’épopée spatiale ont toujours fait bon ménage. Modi a dit quelle fierté lui inspirent, à lui et à ses compatriotes, les succès de l’industrie spatiale indienne. C’était au soir du lancement d’un bouquet exceptionnel, avec pas moins de 104 satellites mis sur orbite, pour le compte de clients de plusieurs pays, dont les États-Unis et Israël.

Le fait que cet exploit coïncide avec l’ouverture du processus électoral ne doit rien au hasard. En s’érigeant en champion de la fierté nationale, le BJP s’attend à consolider sa position face aux deux autres grandes formations ou alliances : le BSP (Parti de la société majoritaire), dirigé par Behan Kumari Mayawati, surnommée « la reine des Intouchables » (ou Dalit) ; l’alliance nouée entre le Parti du Congrès et le SP, le Samajwadi Party, socialiste. Or rien n’est moins sûr, pronostique Jean-Joseph Boillot. Le Premier ministre Modi, du parti conservateur hindou, a sans doute poussé le bouchon trop loin : en effet, plus il fait de l’hindouisme le critère surdéterminant de l’identité nationale indienne, et plus il s’écarte de l’esprit même de la constitution du pays et de son histoire. D’une part, les Indiens de tradition hindoue n’en demandent pas tant. Leur rapport à l’hindouisme est parfois assez lâche. Autant dire que la surenchère du BJP devient progressivement contre-productive, y compris parmi les Indiens de tradition hindoue. Ces derniers préfèrent mettre l’accent sur l’Union indienne, au lieu de laisser se creuser la séparation entre une majorité et les autres (les 19% de musulmans et les 2,5 à 3% de chrétiens).

Corrélativement, le BJP rencontre un autre écueil : loin de jouer le jeu du fédéralisme, Modri est chaque jour plus tenté par le centralisme et l’autoritarisme, le centralisme et l’autoritarisme « à la chinoise » principalement. à seule fin de renforcer cette fameuse volonté d’hindouisation, qu’il s’agisse de faire adopter un code civil digne de l’hindutva, ou de mettre au pas l’ensemble des établissements d’enseignement au titre de la National Education Policy lancée en 2016. Un programme qu’a vivement contesté l’Église catholique, qui gère pas moins de 25 000 établissements dans tout le pays. Pas de meilleur indicateur de l’autoritarisme de Modri que ce fait : à aucun moment l’Église, le deuxième acteur de l’enseignement en Inde, n’a été consultée.

à la poussée centralisatrice s’ajoutent une atteinte à la laïcité, avec l’introduction obligatoire des mathématiques védiques, et une prime à l’élitisme, l’inscription des élèves ne dépendant que de leurs performances scolaires. Un facteur aggravant quand on sait le barrage (« reservation ») auquel se heurtent les minorités, chrétiennes notamment, au seuil des universités.

Pour toutes ces raisons, Jean-Joseph Boillot estime que le parti conservateur hindou court à l’échec. Rendez-vous à la mi-mars pour le dénouement. ■

«  Décryptage  », Radio Notre-Dame, 100.7,

du lundi au jeudi, 18h17-19h10.

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