Les élections au regard de la providence divine

David G. Bonagura Jr., traduit par Bernadette Cosyn

mardi 5 janvier 2021

« Sir Thomas More et sa fille » par John Rogers Herbert, 1844
[Musée Tate, Londres]

note : nos amis d’outre-Atlantique ont écrit énormément d’articles à propos des élections de leur président : enjeux, pronostics, craintes de fraudes ou d’émeutes. Nous ne traduirons que celui-ci, parce que les idées abordées nous concernent également.

Les élections ont des conséquences. L’espoir d’une chose, la crainte d’une autre, certaines conséquences nous poussent à voter. Maintenant, avec des résultats toujours contestés, nous spéculons et nous tracassons sur la façon dont notre pays, nos états, nos villes et nos vies seront affectés.

Les élections nous importent beaucoup. Elles importent pour Dieu également – bien que pas de la manière que nous attendons. C’est Son point de vue éternel, et non les nôtres, limités, que nous devrions adopter pour traiter cette élection, et toutes les autres.

Nous savons que Dieu se soucie infiniment de chacun de nous, jusqu’aux cheveux de nos têtes. Nous savons également que chacun de nos actes, même minime, a des conséquences éternelles. « Quoi que vous fassiez à l’un des plus petits de mes frères, c’est à moi que vous le faites » dit le Seigneur. Par conséquent, les résultats des élections ont des conséquences éternelles parce qu’elles modèlent le monde dans lequel Dieu nous a envoyés pour faire Sa volonté.

Cependant, nous nous trompons si nous imaginons Dieu assis dans le Ciel soutenant avec nous des candidats particuliers. Par le don du libre arbitre, Dieu nous permet de choisir ce que nous pensons être bon pour nous ; cela inclut, pour les citoyens en république, de choisir les fonctionnaires que nous pensons être les meilleurs pour nous gouverner. Pendant que nous expérimentons les conséquences de nos actions en temps réel, Dieu, à travers nos choix dirige activement toutes Ses créatures vers leur finalité désignée. Nous appelons cette activité divine la providence de Dieu.

« Rien ne se contente ’d’arriver’ dans la mesure où Dieu est concerné » explique le père John Hardon, S.J. « Tout sert un projet mystérieusement prévu et ordonné d’avance par Dieu ».

Les résultats des élections font partie de la providence de Dieu, pour le meilleur ou pour le pire. Pourtant nous demandons : sûrement, Dieu qui est infiniment bon doit vouloir les fonctionnaires que veulent les catholiques – ceux qui honorent Dieu comme notre créateur et la source véritable de leur autorité, qui travaillent pour protéger la vie humaine de la naissance jusque la mort naturelle, qui protègent la famille et qui encouragent le libre exercice de la religion sans menace de représailles ?

Oui, Dieu désire ces choses. Mais en nous accordant le libre arbitre, Il nous permet d’accéder au bien, non par une voie facile, mais par les défis qui nous sont présentés par un monde déchu et des créatures faillibles qui font trop souvent du mal leur bien. Dans la providence de Dieu, la gloire de Pâques ne vient qu’après le Vendredi Saint. Et la gloire de Pâques n’est pas que les choses tournent bien dans ce monde ; elle concerne l’union éternelle avec Dieu dans la vie à venir.

Par conséquent, tous les résultats d’élections sont la volonté de Dieu pour nous, même si nous pensons que ces résultats vont jusqu’à offenser le nom de Dieu. Comme part de son attention providentielle, Dieu nous envoie des défis et des souffrances qui sont prévus pour nous mener au salut, même si nous sommes incapables de voir pourquoi ou comment.

Alors que devons-nous faire ? « Le moment présent est l’ambassadeur de Dieu pour annoncer Ses instructions » conseille le père Jean-Pierre de Caussade, et c’est en accomplissant ces instructions que nous sommes sanctifiés. Donc notre première tâche est de prier et d’accepter pieusement le résultat de l’élection comme étant ce que Dieu veut pour nous maintenant. Nous devons nous rappeler, selon les mots mêmes de Caussade que « tout ce qui m’arrive sera une nourriture pour ma faim, une eau pour me laver, un feu pour ma purification et un canal de grâce pour tous mes besoins ».

Deuxièmement, au moyen de cette prière, nous devons discerner comment Dieu veut que chacun d’entre nous s’implique dans le moment présent. Certains peuvent souhaiter s’engager dans les affaires locales. D’autres pourront ressentir un appel à plus de prières et de pénitence. D’autres encore vont mettre les bouchées doubles dans les trois vérités qui forment les âmes saines et par extension les sociétés saines : la foi, l’espérance et la charité.

Troisièmement, nous devons nous souvenir que, depuis que Notre Seigneur a quitté la terre, Dieu a envoyé des régimes politiques pour tester Ses fidèles comme on éprouve l’or dans une fournaise. De la Rome antique jusqu’à l’Afrique du Nord au Moyen-Age, de l’Angleterre protestante aux régimes sournois de Hitler et Staline, jusqu’au Moyen-Orient et à la Chine actuelle, les catholiques ont fait face aux plus cruelles formes de discrimination, à la torture et à la mort aux mains de régimes politiques. Ce n’est pas une prédiction alarmiste ou apocalyptique des choses à venir aux États-Unis. C’est un sombre rappel que les fins heureuses n’ont jamais été garanties aux croyants dans l’arène politique et sociale.

Pour finir, bien que nous ne puissions jamais comprendre complètement Ses voies, Dieu permet le mal uniquement pour en tirer un bien plus grand. C’est seulement à la lumière de la providence que nous pouvons appeler le péché d’Adam une « bienheureuse faute » (felix culpa). Le mal qu’a souffert Thomas More, pour ne citer qu’une seule mort politique célèbre, a été une grande force pour le bien durant presque 500 ans. Avant sa mort, More a dit à sa fille : « Rien n’arrive que Dieu ne veuille et cela me rend très certains que quoi que cela soit et si mauvais qu’il semble, cela sera le meilleur. »

Ceci est le point de vue de ceux qui font confiance à la providence divine. Comme nous allons de l’avant, notre réconfort ne réside pas dans une victoire politique mais dans les mots de Jésus Lui-même qu’Il adresse à ceux qui sont dans le danger, le doute ou le désespoir : « Ne craignez pas ceux qui tuent le corps mais qui ne peuvent pas tuer l’âme... quiconque me reconnaît devant les hommes, je le reconnaîtrai également devant mon Père des Cieux ; mais qui me renie devant les hommes, je le renierai également devant mon Père des Cieux » (Matthieu 10:28,32-33).


Voir en ligne : The Catholic Thing

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