Les échanges de l’évangélisation

par Gérard Leclerc

lundi 20 juillet 2015

Scène inattendue dans une église d’une ville de la France profonde, que la sociologie d’aujourd’hui rapporterait à la France périphérique… Un jeune prêtre d’origine vietnamienne, ordonné la veille dans la belle cathédrale du diocèse, célèbre sa première messe. Au premier rang, ses parents venus spécialement du pays, accompagnés par sa sœur elle-même religieuse, rejointe par six autres membres de deux congrégations vietnamiennes. Autour du nouveau prêtre, une dizaine d’aînés dans le sacerdoce, dont la moitié de compatriotes. Eh oui, il y a aujourd’hui une belle vitalité de cette Église de l’autre bout du monde, à laquelle nous sommes attachés par des liens profonds, même s’ils ont subi l’épreuve d’une histoire tragique. Pourtant, le régime du Vietnam est toujours communiste et la liberté religieuse n’est pas vraiment garantie. Elle est même explicitement limitée, puisque des quotas de séminaristes sont fixés chaque année par le gouvernement. C’est ainsi que Joseph s’était trouvé refoulé du sacerdoce, avant qu’un évêque français, averti de son cas, ne l’invite à venir chez nous réaliser sa vocation.

Ce cas singulier en rejoint beaucoup d’autres. Nous sommes de plus en plus habitués à cette présence dans nos paroisses de prêtres venus d’ailleurs. Du Vietnam et plus encore d’Afrique. Il n’est pas rare, aujourd’hui, de voir des prêtres africains curés de vastes secteurs ruraux. C’est une prédiction qui est en train de s’accomplir et que j’ai entendue autrefois : « Vous êtes venus nous évangéliser, il est normal que nous venions à notre tour chez vous, vous réévangéliser dès lors que vous avez perdu le don de la foi que vous nous aviez transmis. » Nous vivons désormais en régime d’échanges et de communion directe entre Églises du monde. Et c’est une grâce pour laquelle il faut remercier le Ciel.

Certes, il s’agit d’accueillir au mieux ces prêtres et ces religieuses venus de loin. Pour certains, l’adaptation est moins facile, surtout lorsque la transplantation d’un pays à l’autre est brutale. Il faut ménager des espaces de transition, ne serait-ce que pour faciliter l’apprentissage de la langue française à ceux et à celles qui n’en ont pas l’usage courant. Attention à ne pas placer dans des conditions difficiles, psychologiquement et moralement, des personnes qui pourraient mal vivre des réalités auxquelles elles n’étaient pas préparées. L’obstacle n’est pas insurmontable, il suffit de la fraternité des paroisses et des communautés pour apporter le réconfort nécessaire et l’accoutumance progressive qui s’impose. Ces échanges se révèlent, à l’expérience, extrêmement riches. Je puis l’attester, en connaissance de cause, l’expérience urbaine s’ajoutant à l’expérience rurale ! 

Messages

  • C’est effectivement un signe de la vitalité de l’Eglise catholique et un grand enrichissement que cet arrivage de prêtres des jeunes Eglises. Une vraie leçon de foi ! Mais j’aimerais ajouter une simple réflexion de prêtre au contact de la véritable pauvreté de l’Eglise en France. Bienheureux les pauvres, encore faut-il ne pas toujours vivre en gosse de riches...

    En effet concernant le manque de prêtres en France, je trouve encore injuste que l’on reprenne comme une consolation la formule « c’est à vous maintenant de nous évangéliser ». Notre rapport au prêtre n’est pas vraiment purifié.

    A moins de 30 mn en France tout chrétien peut participer à la messe le dimanche (encore faut-il organiser le covoiturage des aînés), alors qu’au Vietnam certaines communautés chrétiennes font 30 kms à pieds (avec bivouac le samedi soir) pour avoir LA messe du dimanche !

    Un curé en milieu rural peut célèbrer 3 messes ou plus entre samedi et dimanche pour rejoindre, allez, 80 personnes.
    En Afrique noire un curé seul célèbre LA messe pour 3000 fidèles !

    Non, le problème n’est pas le manque de prêtres, c’est un problème de foi. Et la vision très « service publique du religieux » que nous, fidèles ou laïcards, avons du prêtre continue à faire de nous de riches consommateurs sur le dos des jeunes Eglises... dont nous réclamons bien évidemment l’élite du clergé pour qu’elle s’adapte et puisse tenir chez nous !

    Cet apport de clergé d’Eglises vivantes doit certainement nous faire rendre grâce pour ce don de Dieu, mais n’entretiendrait-il pas une mentalité qui nous a finalement éloignés de l’Evangile et de la foi ?

    • cf. : 21 juillet 18:15

      Tout d’abord un grand merci à G. Leclerc dont l’article donne comme un souffle nouveau d’espérance, et où l’émotion justifiée trouve sa place dans l’exemple qui est donné travers le jeune prêtre vietnamien. La conclusion de ce billet est d’une sagesse remarquable.

      Pour en venir au message ci-dessus signé "padre tonio", je peux comprendre d’abord, l’amertume de l’intervenant qui trouve, je cite "...injuste que l’on prenne comme consolation la formule "c’est à vous maintenant de nous évangéliser". Mais je n’ai nulle part lu cette assertion ni même entrevue entre les lignes de l’article. Le sentiment d’injustice de padre tonio pourrait être compris comme venant de quelqu’un qui aurait, par exemple, voué sa vie à sa mission de prêtre, à son apostolat. Mais comme je ne sais rien de padre pio que la signature, je ne vois nulle part dans l’article ce lot de "consolation". Il y a plutôt la citation reprise par des prêtres étrangers qui nous disent que c’est à eux à présent de nous "réévangéliser" comme nous les avions au départ évangéliser. Ce qui a retenu mon attention c’est le verbe : "réévangéliser"... Et c’est cela qui m’a donné à réfléchir sur la situation, je dirais ne serait-ce que sur la pratique religieuse en Occident, plus ou moins accentuée ici ou là. Il m’en souvient avoir eu au cours de mes années au lycée un sujet de dissertation qui posait la question : "France, pays de mission ?"...

      "Le problème n’est pas le manque de prêtres, c’est un problème de manque de foi" est-il écrit dans le message
      plus haut. Il me semble pouvoir comprendre que ces deux "manques" pourraient être liés, mais les raisons de ce "problème" de déficit en nombre de prêtres auraient peut-être des origines bien plus différentes. Sans vouloirrevenir sur la question de pertes de repères, de notre société de consommation, des couples qui se disloquent et du nombre d’enfants qui sont laissés au bord de la route, de ces familles dites "recomposées" qui donnent impérativement l’idée qu’elles étaient "décomposées", bref, et sans porter aucun jugement, et jeter seulement un regard attentif mais sans complaisance sur nos sociétés modernes où l’argent semble avoir remplacé toutes les autres valeurs, où des besoins sont artificiellement créés pour engloutir jeunes et moins jeunes dans ces paradis de plus en plus "terrestres" si je peux ainsi m’exprimer sans faire de jeu de mots, bref, voir dans quelles conditions et quels environnements nous évoluons... Il est trop facile, me dirait-on, de jeter la faute à la société. J’entends bien, mais la société n’est-ce pas nous qui l’encourageons, qui facilitons son emprise sur nos enfants, etc...Nous faisons partie de cette société lorsque nous démissionnons pour aller vers le plus facile, le plus confortable, le moins engageant...

      Pour ma part, je prends en compte la condition de nos prêtres qui est loin d’être facile en tous points. Pas plus tard que tôt dans cet après-midi je suis arrivé devant la télé où étaient expliqués, en lettres et avec une voix "off" ce qu’est l’antisémitisme et l’islamophobie. Aurais-je loupé le début qui aurait expliqué ce qu’est la christianophobie ? Je l’ignore. Mais en tous cas, il faut aussi prendre en compte qu’il existe une christianophobie, d’abord rampante puis de plus en plus agissante. On entend, trois fois hélas, souvent aux "infos" parler avec photos à l’appui d’actes de vandalismes dans des cimetières juifs, ou sur des mosquées. Mais, où sont donc sont passées les "news" concernant le saccage de nombre de nos églises, des faits qui se déroulent pourtant trop souvent et de plus en plus chez nous. Comment expliquer ce silence. Mais, pour en revenir au sujet de nos prêtres, même s’ils ne seraient réduits qu’à une poignée, leur mission est très souvent remarquable. Bien sûr, dès qu’un grave incident est découvert, on pointe immédiatement du doigt le prêtre pédéraste, en invoquant plus que souvent ces événéments comme résultant de la notion de non mariage des prêtres catholiques (qui, d’ailleurs prononcent - me corriger si je me trompais - le voeu de célibat et non comme toujours répété et entendu le voeu de chasteté). Cette parenthèse n’est pas pour "couvrir" le prêtre, quelles qu’en soient les situations, mais juste pour rappel. Et tout cela n’est guère innocent...Comme si le mariage était la panacée unique et universelle contre toutes sortes de déviances, y compris l’homosexualité. Ce qui est en train de se passer dans notre univers paradisiaque fait tomber les masques des toutes les hypocrisies..

      Quelle bonheur qu’on on assiste à la prise de voile d’une jeune femme, et à l’ordination d’un jeune prêtre bien de chez nous. Le manque de foi à lui seul n’est pas, d’après moi et sauf erreur, la seule raison du déficit de vocations religieuses dans l’occident repu et déboussolé. Et l’arrivée chez nous de prêtres étrangers, pourrait, qui sait, s’avérer être un de ces vecteurs qui font avancer le bien. Les vues du Seigneur ne sont pas les nôtres. Ce dont on peut par contre être certain c’est qu’Il ne veut que notre bien. A nous aussi de Lui donner un coup de pouce.

      Les bonnes volontés ne manquent pas, mais le mal est plus visible, dit-on, que le bien. Et peut-être que la prière et l’espérance pourraient aider un peu à voir l’émergence de vocations locales. Sans nous croire obligés de demander aux prêtres étrangers de rentrer gentiment chez eux.

      Merci.

    • Exact, Padre Tonio. Chez nous, le problème n’est pas le manque de prêtres mais le manque de fidèles (*) !

      * avec un ratio plutôt affligeant concernant le rapport baptisés / pratiquants (une pratique hebdomadaire ou quasi hebdomadaire, et non cette élastique pratique mensuelle retenue par les statisticiens et les sondeurs)

  • Voici un petit témoignage dans le prolongement de cet intéressant billet : les Échanges de l’Évangélisation.
    En 2009, étant en Côte-d’Ivoire, je suis resté un peu plus de deux semaines à la paroisse de Saint François Xavier d’Abobo à Abidjan, où.
    tous les matins, donc chaque matin de la semaine, à la messe de -6h30- il y avait entre 600 et 800 fidèles venant y assister, pas moins ! Rien que le dimanche matin, entre les différentes messes, plus les activités et les célébrations programmées, quelque 4 500 personnes au total, pas moins ! devaient venir durant la matinée des dimanches pour une raison ou pour une autre à la paroisse Saint François Xavier d’Abobo, l’un des quartiers les plus pauvres d’Abidjan.

    L’année suivante, alors que la terrible crise, pour ne pas dire guerre civile, qui divisa et meurtrit gravement une fois de plus la Côte-d’Ivoire (entre 2010 et 2011) ces événements terribles et meurtriers n’avaient pas entamé cette ferveur à Saint François Xavier d’Abobo dont le clergé qui m’avait reçu l’année d’avant et que j’avais donc connu et admiré, un clergé mûr et avisé, sut faire en sorte que la paroisse de Saint François Xavier d’Abobo restât un lieu sûr et protecteur pour tous en ces moments terribles ou une guerre civile de tous les dangers se propageait dans différents quartiers d’Abidjan.

    Ce sont là des faits qui suffisent à nous donner, à plus d’un titre, la leçon essentielle de la Vie et réduire à néant nos plaintes d’européens nantis, il est vrai maintenant soumis à l’usure ; mais les Africains bien plus encore !

    Il y a je crois, dans différents continents où j’ai parfois l’occasion de me rendre, des exemples d’attitudes, d’attentions au prochain qui, sans idéalisation, ont toutes leurs portées. Rien n’est plus en phase avec les Évangiles quand on constate, in situ, dans la vraie vie et ses tribulations, les attitudes dont nous devrions nous inspirer et qui ne doivent rien — c’est plutôt l’inverse !!— à la mondialisation délétère et aux idéologies toutes frelatées, mais à la Vie telle qu’expliquée dans les Évangiles.

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