Éditorial

Les deux patries

par Aymeric Pourbaix

mercredi 5 janvier 2022

Monument aux morts, Brevedent, Calvados.
© Philippe Lissac / Godong

Le calme avant la tempête ? Avant que la tornade de la campagne présidentielle n’envahisse les esprits, ce début d’année offre un espace pour souligner des enjeux majeurs pour les chrétiens… Car les relations entre Dieu et César, entre les deux patries de l’homme – la terrestre et la céleste –, pour être essentielles à la paix civile et à celle des âmes, n’ont jamais été simples. Encore faut-il les considérer dans le bon ordre…

Lors de ses vœux, le 31 décembre, le chef de l’État a ainsi soulevé une question vitale : celle de l’enracinement. Et de fait, dans une société matérialiste, mondialisée et désincarnée, qui a perdu tout repère sauf celui de l’argent, le lien avec une terre, une culture et une histoire semble redevenu capital.

Un christianisme sans Christ ?

Mais de quel enracinement parle-t-on ? Certains candidats évoquent la croyance en une laïcité érigée au rang de religion de substitution – face à un islam conquérant. D’autres font allégeance aux racines chrétiennes de la France, mais en excluant de fait, à des degrés divers, leur cœur vivant : la foi en Jésus-Christ. Et avec elle tout l’enseignement de l’Église.

Aux premiers, la philosophe Simone Weil répondait par avance : alors athée ou agnostique, elle dénonçait dans les années 30 la fausse alternative entre religion et laïcité. Car il existe dans le cœur de tout homme, soulignait-elle, un désir de transcendance et d’un bien absolu, auquel doit pouvoir répondre une «  échelle de valeurs conçues en dehors du temps  » [1].

Il ne peut donc y avoir de concurrence entre foi et laïcité. Il s’agit au contraire de rappeler que la laïcité en régime chrétien correspond à une juste distinction entre spirituel et temporel, et non à leur séparation.

Un seul Sauveur

Dans ce débat, l’Église se doit aussi d’attester qu’il n’y a qu’un seul Sauveur, le Christ, à rebours de tous ceux qui seraient tentés de se donner un sauveur en politique. Mais elle doit aussi prôner, de manière très pratique, que la référence à l’héritage chrétien ne saurait être déconnectée de toute réalité concrète. Car la dynamique de l’Incarnation, de Dieu fait homme, a donné pour toujours une lumière incomparable à la dignité humaine. Alors qu’en ce début d’année revient au Parlement l’allongement du délai légal pour avorter, porté à 14 semaines, quelles voix prophétiques retentiront pour réaffirmer les lois de la conscience, de son indispensable liberté, et interpeller les candidats aux plus grandes destinées du pays ?

Dans une société où règne le relativisme, cela demande certes du courage, tant le tabou est grand sur ce sujet. Mais il faut redire qu’une bonne politique ne peut être fondée que sur la vérité, celle du caractère sacré et absolu de la personne humaine. «  Qu’est-ce que la vérité ?  », demandait Pilate avec fatalisme, et avec lui tous ceux pour qui la politique n’est faite que de calculs. «  Quelle est donc cette justice de l’homme, qui dérobe l’homme même au vrai Dieu pour l’asservir aux esprits impurs ?  », lui répondait saint Augustin des siècles plus tard. Écrit après l’effondrement de l’Empire romain, ce livre fondateur, La Cité de Dieu, rappelait que la véritable patrie est au Ciel, mais que dès ici-bas, l’oubli de cette cité de Dieu prive la cité terrestre de tout fondement solide.


[1Enracinement et bien commun, Académie d’éducation et d’études sociales, éd. du Bien commun, janvier 2022.

Messages

  • Il est à craindre que nos évêques dans leur message pré-électoral ne se limitent pas à l’essentiel et à évoquer les critères "non négociables " le respect de la vie de la conception jusqu’à la mort naturelle, la défense de la famille avec un père et une mère dont chaque enfant a besoin etc...
    Il est fort à parier que ces critères essentiels soient amalgamés avec tout un fatras de poncifs politiquement corrects ( vivrensemble, accueil de la différence, accueil des immigrants sans limite etc...) de façon qu’en définitive les catholiques ne s’y retrouvent pas. Plus grave il est possible qu’entre les lignes nos évêques emboîtent le ton des medias et recommandent de s’éloigner des "extrêmes" ; le mot étant une vindicte contre la droite tout simplement, celle qui n’est ni centriste ni extrême.
    Si d’aventure les évêques allaient sur ce terrain là il se lèvera un collectif de catholiques recommandant un boycott du denier du culte et un versement de ce qui devait lui revenir aux chrétiens d’Orient . Les temps sont devenus trop graves pour que les fidèles tolèrent désormais une pastorale de pacotille qui fasse la part belle aux destructeurs de notre culture chrétienne.
    Les catholiques qui aujourd’hui sont obligés de financer des écoles hors contrat parce que l’enseignement diocésain a trahi, considèrent que la coupe est pleine.

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