Histoire

Les confréries, hier et aujourd’hui

par Marie-Gabrielle Leblanc

vendredi 9 juillet 2021

Les jeunes confrères de Guéret portant la nouvelle châsse de saint Pardoux (2016).
© Arnaud Guillot

Les années récentes ont vu une surprenante renaissance de ces traditions populaires.

Dans l’Occident chrétien, une confrérie est une association de laïcs qui s’adonnent aux œuvres de bienfaisance, organisent des processions et autres cérémonies, enterrent parfois les morts (Charitons), financent des œuvres d’art sacré. Parmi les plus célèbres, celles de Venise, appelées Scuole, commandèrent à la Renaissance les plus belles œuvres picturales de la ville : Tintoret à la Scuola Grande di San Rocco, Carpaccio à la Scuola Dalmata. Elles pouvaient recruter leurs membres parmi une profession, ou une nation de commerçants étrangers, comme les Dalmates. En France, elles furent abolies le 18 août 1792 en même temps que les ordres religieux et les corporations. Quelques-unes d’entre elles furent recréées au XIXe siècle.

Limousin et Creuse

Les plus importantes sont aujourd’hui les confréries limousines en Haute-Vienne et dans la Creuse, liées à un saint. Elles veillent sur les reliques et organisent, tous les sept ans depuis le Xe siècle, les fameuses Ostensions septennales – vingt grandioses processions sur sept mois, classées depuis 2015 au patrimoine immatériel de l’humanité. Malgré la déchristianisation de la région, elles sont très vivaces. À Guéret en Creuse, de tout jeunes paroissiens ont refondé la confrérie en 2010 après 63 ans d’interruption, et organisé des Ostensions en 2016. Les prochaines Ostensions limousines sont prévues en 2023. Bien sûr, on ne peut comparer l’importance de ces confréries à celle qu’elles avaient avant la Révolution : le Limousin était alors la seule province française où tous les chefs de famille appartenaient à une confrérie.

En France et ailleurs

Des confréries de pénitents sont également présentes dans le sud-est de la France (Nice, Perpignan, Montpellier, Avignon, Monaco, Corse…). De nos jours, les plus connues sont les confréries (hermandades) de Castille et Andalousie, qui organisent les somptueuses processions de la Semaine sainte (Valladolid, Séville, Cordoue, Malaga…), avec des dizaines de milliers de pénitents – les nazarenos – processionnant toutes les nuits des Rameaux à Pâques. De semblables processions et confréries, quoique plus modestes, existent aussi dans les Pouilles (Italie du Sud).

En Belgique, la confrérie du Saint-Sang à Bruges, fondée en 1400, est la plus ancienne, et la plus célèbre pour la somptueuse procession de cette insigne relique du Christ rapportée de Terre sainte. À l’Ascension, elle met en scène toute la Bible. Les pénitents de Furnes, également en Flandre, évoquent la Passion le dernier dimanche de juillet.

En Bavière, les confréries de saint Léonard organisent le 6 novembre les fameuses chevauchées, les Leonhardiritt.

Depuis quelques décennies, les confréries s’ouvrent progressivement aux femmes (à Limoges, en Andalousie…).

Messages

  • En Corse elles ont commencé à renaître dans les années 70 avec le mouvement du Riacquistu. On en compte une centaine, regroupant environ 3000 personnes, soit 1 % de la population. Elles jouèrent un grand rôle contre la gallicanisation de l’île après la conquête française, il y a 250 ans, d’où une lutte constante de l’État contre elles. On en comptait près de 220 du Nord au Sud de l’île. À peu près une par paroisse.

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