Les chrétiens devant la révolte

par Gérard Leclerc

lundi 3 décembre 2018

Notre excellent confrère Henrik Lindell s’indigne de l’absence de réaction officielle de notre Église face à la révolte des gilets jaunes. Mgr Xavier Malle, évêque de Gap, lui répond par une belle citation de Frédéric Ozanam : « Car si la question qui agite aujourd’hui le monde autour de nous n’est ni une question de personnes ni une question de formes politiques, mais une question sociale ; si c’est la lutte de ceux qui n’ont rien et de ceux qui ont trop, si c’est le choc violent de l’opulence et de la pauvreté qui fait trembler le sol sous nos pas, notre devoir, à nous chrétiens, est de nous interposer entre ces ennemis irréconciliables. » (1836)

L’indication est précieuse, car l’exemple de ce catholique du XIXe siècle, béatifié par Jean-Paul II à l’occasion des JMJ de Paris, est typique d’un engagement social inspiré par une sérieuse réflexion à la lumière de l’Évangile. La situation critique de notre pays exige sans aucun doute au plus vite l’engagement des chrétiens sur le terrain, plus que des déclarations de principe qui ne rejoindraient pas vraiment une société qui attend d’abord des solutions de sortie de crise.

On peut, certes, envisager une déclaration justifiée par la gravité des événements, appelant à la paix civile, au dialogue social en référence aux obligations propres à l’État et à celles propres aux parties en conflit. Serait-elle entendue ? Ce n’est pas certain et il y aurait sans doute des initiatives prioritaires qui seraient bienvenues dans le contexte actuel. Pensons notamment à la connaissance précise du terrain de la France périphérique, tel que le définit un Christophe Guilluy. Nos diocèses ruraux en font partie intégralement et leurs évêques ne cessent de le labourer, en liaison avec les prêtres et les fidèles, proches de toutes ses réalités, ses responsables et la vie quotidienne des habitants. Ils pourraient être consultés avec profit par les autorités civiles, dans le cadre des consultations qu’Emmanuel Macron et son gouvernement envisagent.

Par ailleurs, les chrétiens solidaires des revendications des gilets jaunes, du fait même de la culture qui est celle de la doctrine sociale de l’Église, devraient être en quête des médiations qui manquent aujourd’hui cruellement au mouvement. Jacques Julliard écrit à juste titre dans son carnet du Figaro : « Leur incapacité à s’organiser, à faire régner l’ordre dans leurs propres rangs, à formuler des revendications et à désigner des représentants pour les porter, c’est le degré zéro de l’intelligence sociale. » Sans vouloir revendiquer le moins du monde on ne sait quel leadership, n’y a-t-il pas un appel particulier non à dominer mais à servir, en aidant la revendication à se structurer, à clarifier ses objectifs et entrer dans les cadres d’une négociation raisonnable ?

L’esprit de l’Évangile peut inspirer ainsi des hommes et des femmes de bonne volonté, en aidant par priorité la révolte actuelle à ne pas s’enliser dans une guerre civile qui est la pire des solutions.

Pour aller plus loin :

Messages

  • Merci à Xavier Malle, Mgr, pour ce regard sur le passé, sur un chrétien du passé engagé dans la situation sociale de son temps pour nous éclairer sur nos responsabilités, chacun a notre niveau. S’interposer ? Cela ne nous entraine-t-il pas à aller à la rencontre de gilets jaunes, à la mesure de nos responsabilités ou de nos opportunités ?
    Non, X Malle, Mgr, n’est pas le seul évêque à s’exprimer sur les gilets jaunes : cf l’interview de l’évêque de Beauvais, Jacques Benoit-Gonnin, Mgr, hier sur Radio Notre Dame. cette information devrait permettre que Henrick Lindell retrouve son calme.

  • GILETS JAUNES

    En fait , nous vivons des moments de grande gravité … Notre président fait peu de cas des ‘’ corps intermédiaires ‘’ Ces organismes existaient peu en 1848 , or, l’archevêque de PARIS Mgr AFFRE cru bon de mettre en application l’EVANGILE.

    L’historienne française Anne Bernet, dans sa biographie consacrée à Catherine Labouré, livre un récit minutieux de cette scène tragique :
    « Dans la journée du 25 juin, Frédéric Ozanam, incapable de supporter plus longtemps ce massacre fratricide, se précipite à l’archevêché, et supplie Mgr Affre, unique autorité morale unanimement respectée de la capitale d’intervenir. Bouleversé au récit que lui fait le fondateur de la Société Saint-Vincent-de-Paul, le prélat accepte de jouer les médiateurs, de tenter de négocier une trêve, ne serait-ce qu’afin de sauver quelques vies. Il se fait conduire place de la Bastille, s’avance vers la barricade qui ferme l’entrée du faubourg Saint-Antoine. En voyant surgir sous la mitraille l’archevêque en robe violette, croix d’or en sautoir, les belligérants, pareillement stupéfaits, cessent le feu. Mgr Affre marche vers les émeutiers, les mains tendues en un geste paternel. On lui ouvre le passage, on l’aide à escalader le tas d’objets hétéroclites, on l’acclame. C’est alors que la troupe s’en mêle. S’est-elle imaginé que le prélat était en danger ? A-t-elle pensé l’occasion trop belle d’enfoncer la défense adverse un instant désarmée ? Des mobiles chargent les émeutiers, qui ripostent. Soudain pris entre deux feux, Mgr Affre s’écroule, mortellement blessé. Il succombera trente-six heures plus tard. L’on ne peut imputer aux ouvriers du faubourg la mort tragique du prélat... Il n’empêche. Le drame vient de réveiller d’un coup toutes les anciennes terreurs. » Fin de citation.
    Je conclus….
    Nous ne sûmes jamais avec certitude d’où venait ce coup de feu ? Des similitudes avec aujourd’hui, il y en a ! Le cahier de revendication des G..J. est hétèroclite , que dire en ce moment des syndicats ? et de trop d’hommes politiques PLUS attachés à leur prébendes et à leurs revenus , qu’à la charge de leur mandat …. Eu égard à mon âge , il m’est difficile d’être présent sur le terrain comme je le fus naguère . Il ne me reste plus qu’un refuge : PRIER ….
    Puissiez- VOUS faire Ô SAINTE VIERGE , auprès du Père , de votre fils JESUS et du SAINT-ESPRIT , bref, que la SAINTE TRINITE suscite dans notre pauvre pays : LA FRANCE , que vous aimez tant , connaisse enfin des dirigeants politiques , économiques et sociaux qui ne manient pas avec allégresse le mensonge , l’abus de confiance et autres qualités de leur dieu préféré Mammon .

  • Merci encore à mgr Xavier Malle
    Grand merci aux évêques de France qui depuis plusieurs années vont rendre visite aux agriculteurs à l’occasion du salon de l’agriculture à Paris. Geste beau et important ; c’est une manière de l’Eglise d’être présente à la France profonde, ces territoires qui ne sont pas assez écoutés.

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