Les cardinaux et le service de l’Église universelle

par Gérard Leclerc

mercredi 15 janvier 2014

Dès le début de son pontificat, le pape François a beaucoup insisté sur sa qualité d’évêque de Rome. Certains ont cru voir là une volonté de restreindre l’autorité de la papauté, en vue d’un exercice plus modeste de la primauté. Si cet exercice peut connaître à travers l’histoire diverses variations de modalités, il n’en demeure pas moins irréductiblement lié au charisme pétrinien qui ne cesse d’assurer l’unité de l’Église dans le temps. François, comme ses prédécesseurs, reçoit ce charisme parce qu’il a la charge du siège de Rome. Le langage de François est donc d’une exactitude théologique scrupuleuse. C’est parce qu’il est évêque de Rome qu’il est pape, c’est-à-dire investi d’une mission universelle. Il n’est pas un «  super-évêque  », il est le premier des évêques. Son enracinement romain a des conséquences fondamentales et inaliénables. Ainsi les cardinaux qui l’ont élu sont eux-mêmes symboliquement intégrés dans l’Église particulière de Rome. D’une façon imagée, François dit qu’ils sont «  les prêtres du pape  ». C’est une façon de préciser que, représentant la diversité des Églises locales, ils n’en assument pas moins la fonction d’électeurs dans le cadre de l’Église particulière fondée par les apôtres Pierre et Paul.

Dans un passé pas si lointain, des personnages qui s’imaginaient en réformateurs s’étaient avisés d’imaginer un autre processus de désignation du chef de l’Église catholique. Celui-ci aurait soi-disant mieux correspondu à la dimension mondiale de l’Église. Ils envisageaient un corps électoral beaucoup plus étoffé et représentatif. Une réflexion théologique sérieuse leur a fait comprendre qu’ils étaient en train de dérailler, en substituant à l’évêque de Rome une sorte de président élu mondialement. Le cardinalat a cet avantage de concilier l’irréductible dimension romaine du successeur de Pierre avec la dimension universelle de sa charge. C’est donc une médiation précieuse qui permet à l’Église de vivre selon sa stature d’Église monde. L’historien Fernand Braudel avait conçu l’expression d’«  économie monde  » à propos de l’histoire de la Méditerranée. Il entendait par là une organisation spécifique à un espace géographique. Il ne s’agissait pas encore de l’espace mondialisé d’aujourd’hui. On pourrait reprendre analogiquement sa formule, en disant que l’organisation propre à l’Église catholique constitue un monde en soi, structuré par ses coordonnées propres : collège épiscopal, primauté romaine. Mais il se trouve, en même temps, que cette Église monde s’identifie aussi aujourd’hui à l’espace entier de la planète. Ce qui correspond à sa vocation initiale.

La promotion cardinalice que vient de décider le pape François correspond à cette double définition car elle renforce la représentation mondiale du Sacré Collège et parce que cette représentation s’insère dans l’organisation institutionnelle qui s’ordonne autour de la primauté romaine.

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