Les « Foulards rouges » contre les violences des « Gilets jaunes » radicaux

par Denis Lensel

lundi 28 janvier 2019

Environ 10000 « Foulards rouges » ont manifesté dans Paris pour « défendre la démocratie et les institutions républicaines », derrière une banderole « Stop aux violences ». C’était au lendemain même de l’ « acte XI » des rendez-vous hebdomadaires des « Gilets jaunes » les plus radicaux dans les rues, qui avait donné lieu à de nouveaux heurts avec la police, ou même entre extrémistes de droite et de gauche, comme à Bercy. Nouveaux venus sur le pavé parisien, les « Foulards rouges » ont défilé en scandant les slogans « Le fascisme ne passera pas » et « Oui à la démocratie, non à la révolution ! ». Ils répondaient à l’appel d’un jeune ingénieur de Toulouse, ville particulièrement touchée par les débordements des casseurs depuis près de deux mois.

Tous entendaient protester contre les excès successifs des violences urbaines, des menaces de morts, des agressions contre des élus ou des journalistes, et des blocages systématiques préjudiciables pour l’économie du pays, outre la profanation de l’Arc-de-Triomphe qui a choqué beaucoup de citoyens.

Cependant, de nombreux « Foulards rouges » participant à cette manifestation pacifiste admettent qu’ils partagent plusieurs revendications des « Gilets jaunes », mais s’élèvent contre les menaces que les dérives extrémistes font peser sur les institutions démocratiques. Certains d’entre eux se déclarent proches du gouvernement Macron, d’autres s’en démarquent, mais tous exigent un retour au calme, dans le contexte des possibilités nouvelles de débat en faveur de réformes sociales.

Engagé dans le processus du « grand débat national » avec un espoir de conciliation et d’apaisement, le gouvernement avait gardé une grande réserve à l’égard de cette initiative des « Foulards rouges » : il avait évité de soutenir officiellement cette manifestation. Seuls certains élus de « La République en Marche » se sont joints au défilé parisien, mais ceci à titre privé, sans exhiber leur écharpe tricolore.

La veille encore, au cours du onzième épisode – « l’acte XI » - du feuilleton des « Gilets jaunes » radicalisés sur les thèmes de la démission de Macron et du « Referendum d’initiative citoyenne », on a encore déploré des blessés graves, notamment un « Gilet jaune » grièvement atteint à l’œil à la Bastille et des policiers à Paris et en province, notamment plusieurs CRS attaqués par des émeutiers à coups de jets d’acide en Bretagne. Partisan d’actions répétées, le meneur Eric Drouet avait prévu une « Nuit jaune » Place de la République à Paris avec le soutien du dirigeant trotskiste Alain Besancenot, mais elle a vite été interrompue dans un climat d’affrontement avec la police. Sous la pluie, mais aussi sous l’aspersion d’un canon à eau et de grenades lacrymogènes.

Des émergences plus constructives parmi les Gilets jaunes

Cependant, deux représentantes de l’aile modérée du mouvement des Gilets jaunes ont fait preuve d’une volonté de jouer le jeu de la légalité républicaine, et ceci malgré des menaces physiques répétées : l’une, Ingrid Levavasseur, jeune aide-soignante normande énergique de 31 ans, a décidé de présenter une liste de candidats aux élections européennes du 26 mai prochain, avec déjà dix premiers noms de personnalités diverses ; l’autre, la Bretonne Jacline Mouraud, célèbre pour être à l’origine du mouvement initial contre les hausses de taxes sur les carburants, a lancé son propre parti politique à Orléans, sous le nom « Les émergents » : dénonçant « le règne de l’argent », elle parle de travailler à « une meilleure répartition des richesses » et de « refaire de la politique avec du cœur et de l’empathie ». Quitte à être taxée de naïveté par les politiciens cyniques des partis de l’establishment, voilà un discours qui apporte au moins un souffle d’air frais dans un monde sclérosé.

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