Léon Bloy : Jeanne, modèle de son mari

par Natacha Galpérine

lundi 6 novembre 2017

La parution, en 2010, aux éditions classiques Garnier, de la Correspondance échangée entre Léon Bloy et la jeune Danoise au temps de leurs fiançailles, suivie des Souvenirs rédigés par Jeanne Bloy à la fin de sa vie, permettait de mieux connaître celle qui allait devenir la compagne du « Mendiant ingrat  ».

Pourtant, bien des aspects de cette destinée restaient encore à dévoiler afin de rendre justice à celle dont l’essayiste belge Hubert Colleye disait : «   Les admirateurs de Léon Bloy ne sauront sans doute jamais ce qu’ils doivent à sa femme.  »

Jeanne et Léon Bloy, une écriture à quatre mains vient compléter utilement la Correspondance en mettant en lumière, à partir de ses origines danoises, le rôle joué par elle dans la vie et surtout dans l’œuvre de l’écrivain.

Ainsi, une part du caractère de Jeanne est à chercher chez son grand-père paternel, Christian Molbech, personnage considérable dans le Danemark de 1830, philologue de renom et maître en littérature de Søren Kierkegaard, mais aussi vivante incarnation du romantisme qui allait marquer durablement le caractère et la sensibilité de la jeune Johanne Molbech. Durant sa jeunesse jusqu’à sa rencontre avec Bloy, Johanne est habitée de la même inquiétude, du même besoin de silence et de méditation, de la même intériorité qui vient, avec le romantisme, de succéder à l’apparente superficialité du siècle précédent.

Novalis résume ainsi cette inquiétude qui caractérise la jeune Johanne Molbech et annonce la future Jeanne Bloy : «   Celui qui a cherché Dieu une fois finit par le trouver partout.  » Avec la rencontre de Léon Bloy et sa conversion au catholicisme, elle abandonne le monde confortable dans lequel elle vivait, pour se tourner entièrement vers la seule vie à laquelle elle aspire depuis son plus jeune âge, celle «  ayant Dieu pour terme  ».

Peu de temps après son mariage, la vie de Jeanne Léon Bloy, comme elle se nomme elle-même, se confond, en effet, avec celle de l’écrivain. Les lecteurs du Journal publié de Bloy, et surtout du Journal Inédit, retrouveront bon nombre de ses pensées que Bloy prend soin de retranscrire au jour le jour. Non seulement, le Journal est nourri des rêves et pensées de sa femme, mais celle-ci sert de modèle à la Clotilde de la seconde partie de La Femme pauvre, avant de faire intégralement partie, à partir de 1906, de l’œuvre de son mari. Toutefois, ce sont surtout les carnets que Jeanne commence à tenir en 1903 sur le conseil de Bloy, l’abondante correspondance échangée avec leurs amis, ainsi que les Souvenirs de leur fille cadette Madeleine Souberbielle (1) qui donnent vie à «  l’épouse extraordinaire  ».

Au long des 27 années passées aux côtés de Bloy, le lecteur suit ainsi à travers une vingtaine de déménagements, depuis les pavillons de la banlieue parisienne jusqu’à la maison où vécut Charles Péguy à Bourg-la-Reine, en passant par les années de Montmartre à l’ombre de la basilique du Sacré-Cœur où vont se déployer «  les Grandes Amitiés  » (Georges Rouault, Ricardo Vinès, Vincent d’Indy, les Maritain…) et les deux séjours au Danemark, tout à la fois l’extraordinaire aventure intellectuelle et artistique du tournant du XXe siècle et l’itinéraire spirituel de celle dont Léon Bloy dira : « Toutes ces pensées admirables que Dieu lui donne pendant la communion et qu’elle écrit aussitôt… Quel livre plus tard ! »

(1) Natacha Galpérine, Jeanne et Léon Bloy, une écriture à quatre mains,
éd. du Cerf, 416 p., 29 e -

Léon Bloy,

Lettres à ses filles,

Madeleine Bloy

Souvenirs d’enfance,

éd. Delatour, 2013.

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