Traduit par Bernadette Cosyn

Le véritable temps de l’Avent

par le père Jeffrey Kirby

mercredi 5 décembre 2018

Les récents événements dans l’Eglise, et un manque d’action compensatrice, ont produit une intense confusion et de la colère au sein du Peuple de Dieu. Beaucoup se sentent frustrés et désespérés. Des croyants ordinaires posent des questions extraordinaires : quelque chose arrivera-t-il au cardinal corrompu ? Ses amis en Amérique et à Rome seront-ils toujours protégés ? Pourquoi personne ne fait rien ?

Ces questions mènent à d’autres encore plus troublantes : qu’est-il en train d’arriver à l’Eglise Catholique ? Arrivons-nous à la fin des temps ? Comment des abus et des dissimulations aussi horribles restent-ils sans frein ? Les pasteurs se soucient-ils de leur troupeau ? Nous n’avons pas les réponses. A la place, nous ressentons de l’exaspération et nous nous débattons avec un sentiment de défaite.

Alors qu’il faut que les chefs de l’Eglise soient sensibles à la déception et à la contrariété croissantes parmi les membres les plus loyaux de l’Eglise, les croyants ont des options supplémentaires. Les ministres ordonnés répondront de leurs péchés (et des péchés de ceux qu’ils couvrent). Pendant ce temps, les croyants peuvent transformer cette période d’attente et de souffrance en un grand bien. Il est providentiel, d’une façon que nous ne pouvons même pas entièrement imaginer, que nous entrions aujourd’hui dans le temps de l’Avent.

Liturgiquement, l’Avent est une période incluant quatre dimanches avant Noël portant trois fonctions essentielles : rafraîchir notre mémoire sur la Nativité de Jésus-Christ il y a deux millénaires, honorer sa présence continue parmi nous dans les sacrements et faire grandir une attente joyeuse de son Retour.

L ’aspect commémoratif de ce temps, joint à l’intérêt actuel qui se concentre sur le plaisir des congés, ont conduit beaucoup de catholiques à oublier que l’Avent est un temps pénitentiel, une sorte de mini-Carême. A dire vrai, l’Avent lui-même est maintenant complètement ignoré par de nombreux croyants. Des catholiques, qui devraient être mieux informés, sont devenus la proie d’une observance très agressive d’un Noël laïc, qui n’a strictement rien à voir avec ce qui touche à Jésus-Christ.

A la lumière de l’état problématique de l’Eglise et du besoin urgent de la grâce par l’intermédiaire du Corps du Christ, – cette année, plus que jamais – est pour nous un bon moment pour réclamer un véritable temps d’Avent. Et pour le réclamer dans son entier, la pénitence et le reste.

Si nous voulons véritablement du changement dans l’Eglise, alors nous savons, grâce à l’enseignement divin et à la science des saints, qu’il n’y a pas de source plus authentique et plus grande pour se réformer que la sainteté. Ce sera la sainteté des baptisés, en dépit de la faiblesse et de la négligence de certains pasteurs, qui ouvrira pour l’Eglise une nouvelle période de réforme profonde.

Si les fidèles entendent cet appel et reprennent les rênes de l’Avent, l’Avent nous comblera de leçons et de grâces qui permettra à notre longue souffrance de devenir rédemptrice pour nous-mêmes et pour la sainte Eglise de Dieu. Quelles sont ces leçons ? Quelles grâces peuvent nous être octroyées durant l’Avent ?

Dans son encyclique « Spe salvi » (Sauvés par l’espérance), le pape émérite Benoît XVI rappelle à toute l’Eglise l’enseignement de l’Evangile, détaillé par Saint Paul, selon lequel nous sommes sauvés par la réception et l’exercice de la vertu théologale d’espérance. Nous avons « de petites espérances » dans la vie de tous les jours, qui impliquent les circonstances, nos aptitudes, nos ressources. Elles sont bonnes et normales à leur place appropriée, mais Benoît dirige notre attention vers une espérance plus grande.

C’est l’espérance qui nous est insufflée par le baptême, une espérance qui dépasse notre condition terrestre et nos aptitudes naturelles.C’est une espérance dans les promesses de Dieu Lui-même : « la grande, la véritable espérance de l’homme, qui tient ferme en dépit de toutes les déceptions ne peut être que Dieu – Dieu qui nous a aimés et continue de nous aimer « jusqu’au bout », jusqu’à ce que « tout soit accompli ». [27]

En espérant au-delà de nous-mêmes, au-delà même du temps et de l’espace, nous plaçons tous les événements de nos vies – joyeux et tristes, enthousiasmants et déprimants – dans les mains de la providence divine. Par l’espérance, nous pouvons voir la présence de Dieu parmi nous et nous pouvons nous réjouir, même au milieu des déceptions et des scandales. L’espérance nous rappelle que Dieu est toujours à l’œuvre dans notre monde et que tout finira bien pour ceux qui L’aiment.

La vertu théologale d’espérance n’est pas réduite à « l’optimisme » ou à une vision positive des choses, mais c’est un feu purifiant et un enseignant exigeant. La plénitude de l’espérance devient le moyen du salut. Dieu le Père, dans son Fis Jésus-Christ, bénira ceux qui le servent, qui misent sur Lui en toutes choses et qui comptent sur Sa justice et Sa miséricorde. Comme le Christ vivait dans l’espérance quand il était sur terre, de même, nous, ses disciples, sommes appelés à vivre dans l’espérance. Par conséquent, l’espérance, quand elle est vécue dans nos vies, est pénitentielle parce que – dans sa forme théologique – elle est un sûr moyen de rédemption en Jésus-Christ. Toutes les petites espérances de cette vie – la sécurité financière, la santé, une famille heureuse, une Eglise corrigée – sont offertes en sacrifice et placées dans cette espérance plus grande de la vie éternelle et du bonheur avec Dieu.

Encore une citation du pape Benoît : « cependant nos efforts quotidiens en poursuivant nos vies et en œuvrant pour le monde futur nous épuisent ou tournent au fanatisme à moins que nous ne soyons illuminés par le rayonnement de la grande espérance qui ne peut pas être détruite par des échecs mineurs ou par un effondrement dans des matières d’importance historique. » [notez les derniers mots]

L’Avent est là, le temps vivace de l’espérance – et il arrive au bon moment parce que nous avons désespérément besoin d’espérance. Non pas simplement l’espérance de changer les structures et les politiques, mais une espérance plus grande dans le changement des cœurs. Et c’est précisément cette espérance plus grande, et la conversion qu’elle apporte, qui est le seul moyen fiable et cohérent que nous ayons pour une véritable réforme de l’Eglise et une rédemption éternelle en Jésus-Christ.

Peu importe comment des choses mauvaises peuvent apparaître dans l’Eglise et dans le monde, l’Avent nous rappelle que Dieu a déjà vaincu le monde et est à l’œuvre dans une forme de réforme très différente et dans la perspective d’une espérance plus grande – une espérance qui nous appelle à l’embrasser, à l’encourager, à la porter partout à chacun plus fidèlement.

Le père Jeffrey Kirby, un nouveau contributeur, est prêtre de la paroisse Notre-Dame de Grâce à Indian Land (Caroline du Sud). Il a écrit plusieurs livres.

Illustration : « L’Avent et le triomphe du Christ » par Hans Memling, 1480 [ancienne pinacothèque, Munich]. Memling avait 50 ans quand il a peint cette représentation de la vie du Seigneur, avec la Nativité au premier plan au centre.

Source : https://www.thecatholicthing.org/2018/12/02/the-true-season-of-advent/

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