Michel Zink, académicien

« Le trésor spirituel de Notre-Dame »

propos recueillis par Aymeric Pourbaix

vendredi 31 mai 2019

Le 5 juin prochain, un hommage à Notre-Dame sera rendu sous la Coupole de l’Institut de France. Parmi les orateurs, Michel Zink. Médiéviste de renom, l’académicien est aussi un spécialiste de Maurice de Sully, évêque de Paris qui a entrepris la construction de Notre-Dame de Paris au XIIe siècle.

Vous avez beaucoup travaillé sur Maurice de Sully ; quel type d’homme était-ce ?
Michel Zink : J’ai travaillé non sur l’homme Maurice de Sully (avant 1120-1196), mais sur ses sermons au peuple, principalement sur leur version en français, dans le cadre d’une thèse sur les débuts de la prédication en langue vulgaire. L’idée que je me suis ainsi faite de lui est un peu différente, je crois, de celle que suggère l’étude de son administration épiscopale et de son rôle politique.

C’est-à-dire ?
Je voyais ce fils d’un pauvre paysan ou bûcheron de Sully-sur-Loire qui, par ses capacités intellectuelles, s’était élevé dans une carrière que nous dirions aujourd’hui «  universitaire  », grâce à ce que nous appellerions aujourd’hui un «  élitisme républicain  », qui était alors le fait de l’Église, jusqu’à devenir évêque de Paris. Un évêque de Paris qui avait eu le double souci de rassembler le peuple des fidèles dans une nouvelle cathédrale et de l’instruire dans la foi en fournissant aux prêtres un instrument qui pût les aider dans leur prédication, dimanche après dimanche et pour les grandes fêtes.

En réalité, Maurice de Sully semble avoir été aussi un homme de pouvoir et un prélat politique, soucieux de son influence sur le roi, rêvant peut-être de jouer auprès de lui le même rôle que, quelques années plus tôt, le prestigieux abbé de Saint-Denis Suger, désireux de faire reconnaître le rang éminent de l’évêque de la Paris, la capitale du royaume. Bien qu’en ce temps Paris n’eût, précisément, qu’un évêque [et non un archevêque ndlr], suffragant de l’archevêque de Sens. Le lancement en 1163 de la construction d’une nouvelle cathédrale vouée à la Vierge, en remplacement de l’ancienne cathédrale Saint-Étienne, entrait probablement dans ce calcul. Au tympan du portail Sainte-Anne de Notre-Dame, sculpté sous son épiscopat, vers 1170, l’évêque n’est-il pas debout à la droite de la Vierge, tandis que le roi est agenouillé à sa gauche ? Cette Vierge à l’enfant hiératique qu’Henri Focillon disait n’être «  ni romane ni gothique, mais carolingienne  ».

On sent une déception...
Cela ne change rien. Dieu sait tirer parti du pauvre matériau humain et, comme disait Hegel, la vérité de l’intention, c’est l’acte. Quel qu’il ait été, Maurice de Sully nous a offert Notre-Dame, cathédrale de pierre, ainsi qu’une cathédrale spirituelle, ses sermons aux simples gens, qui ont survécu presque aussi longtemps.

Retrouvez l’intégralité de l’entretien dans notre magazine.

Un message, un commentaire ?


Les forums restent ouverts durant 15 jours après la date de publication

modération a priori

Ce forum est modéré a priori : votre contribution n’apparaîtra qu’après avoir été validée par un administrateur du site.

Qui êtes-vous ?
Votre message

Ce formulaire accepte les raccourcis SPIP [->url] {{gras}} {italique} <quote> <code> et le code HTML <q> <del> <ins>. Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.