Portrait de Jocelyne Khoueiry

Le soldat de Marie

par Nathalie Duplan et Valérie Raulin

vendredi 16 juillet 2021

Photo d’archive montrant Jocelyne Khoueiry (à droite) en train de combattre dans le centre-ville de Beyrouth.

Ancienne combattante durant la guerre du Liban, puis membre de l’Académie pontificale mariale, Jocelyne Khoueiry nous a quittés il y a un an, le 31 juillet 2020. Née un 15 août, elle a obtenu la consécration du Proche-Orient à la Vierge.

Tous ceux qui ont eu le privilège de rencontrer Jocelyne Khoueiry ont été frappés par sa personnalité très riche : sa simplicité, son humilité et sa douceur. Autant de qualités apparemment incompatibles avec cette image de combattante d’à peine vingt ans, qui lutte avec les commandos pour défendre Beyrouth dans les années 1975-1978. Icône de la Résistance libanaise, Jocelyne Khoueiry prend les armes pour sauvegarder la souveraineté de son pays durant ce conflit long de quinze années (1975-1990). Elle s’illustre dans des batailles mémorables qui contribuent à forger sa légende. Mais même en ces circonstances tragiques, elle réintroduit le message évangélique, la formation chrétienne, le réarmement moral, dans la milice qui est alors la sienne, les Forces libanaises de Bachir Gemayel. Car Jocelyne Khoueiry ne cherchera qu’une chose durant son existence : servir le Liban et secourir ses compatriotes. En temps de guerre, elle risque sa vie pour défendre cette cause. En temps de paix, elle se tue littéralement à la porter.

Quand elle quitte l’univers militaire, en 1985, elle cofonde – avec d’anciennes militantes dont elle a été le chef – le mouvement marial La Libanaise-Femme du 31 mai afin de «  défendre la vie dans toutes ses dimensions : corporelle, morale, spirituelle  », créant notamment le Centre Jean-Paul-II qui vient en aide aux familles en difficulté. Elle sera aussi docteur en théologie, membre du Conseil pontifical pour les laïcs, membre de l’Académie pontificale mariale, elle participera au Synode pour le Moyen-Orient en 2010, et, en tant qu’experte, à celui pour la famille (2014-2015).

Les grandes lignes de ce destin hors du commun ne peuvent être comprises à leur juste valeur qu’en considérant un élément essentiel : l’abandon de Jocelyne Khoueiry entre les mains de la Vierge. Elle lui consacre sa vie dans un acte privé, et aura comme préoccupation, jusqu’à la fin, de mieux la faire connaître. Elle aurait souhaité guérir de cette terrible maladie qui l’a emportée, dans ce but : continuer à écrire sur Marie.

Jocelyne Khoueiry en 2015. © Nathalie Duplan / Valérie Raulin

Amour inconditionnel pour Marie

Plus qu’une dévotion, Jocelyne voue un amour inconditionnel à la Vierge. Comme tous les Libanais, elle lui est attachée, mais c’est une manifestation concrète de la Mère de Dieu qui marque réellement le début de cette relation. La nuit du 6 mai 1976, Jocelyne tient une barricade sur le front de Beyrouth avec six filles plus jeunes qu’elle, lorsque des centaines de Syriens et de Palestiniens, lourdement armés, lancent une attaque d’une extrême violence contre leur position. La petite équipe aurait dû être anéantie. Elle sortira vainqueur de l’affrontement.

Quelques heures avant l’offensive, pressentant le danger, Jocelyne est montée sur le toit de l’immeuble qu’elles occupent. Brusquement, elle se sent envahie par une sensation étrange. Une brise légère, vive, la transperce de part en part. Au loin, très loin, et se rapprochant, elle entend comme des hymnes, des roulements de tambour indéfinissables. Et puis une «  Présence  » extraordinaire la pousse à s’agenouiller. Elle tend les bras vers le Ciel et elle prie. Confiante. Elle implore la Vierge Marie : « Protégez les filles, faites que je ne doive jamais me rendre chez les parents de l’une d’elles pour leur annoncer sa mort. » Combien de temps reste-t-elle ainsi ? Impossible de répondre.

Chrétienne d’origine – parce que son état civil en avait décidé ainsi –, Jocelyne éprouve pour la première fois dans sa chair ce que cela signifie réellement. Cette « présence » lui insuffle un courage serein qui ne la quittera jamais. Elle ravive sa volonté de se défendre, mais ses actions seront désormais dépourvues de toute agressivité. Cet état d’esprit s’installe à son insu. Avec un corollaire nouveau lui aussi : si Dieu existe, elle ne peut continuer à faire la guerre comme si de rien n’était.

Retrouvez l’intégralité de l’article dans le magazine.

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Jocelyne Khoueiry l'indomptable, Nathalie Duplan et Valérie Raulin.Jocelyne Khoueiry l’indomptable, Nathalie Duplan et Valérie Raulin, éd. Le Passeur, coll. « Le Passeur Poche », 268 p., 8,90 €.

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