Le sexisme dans l’Église

par Gérard Leclerc

lundi 27 novembre 2017

En plein séisme mondial provoqué par le scandale Weinstein à Hollywood, est-il opportun de transposer la question féministe à l’intérieur de l’Église ? Pourquoi pas ? Même si l’on pense que le climat de surchauffe actuel n’est pas forcément propice à une réflexion sereine, à bonne distance des durcissements idéologiques. Isabelle de Gaulmyn a eu le mérite de présenter le sujet et même de le propulser dans une intervention à La Croix, à partir d’un titre provocateur : « Et si l’on changeait le Notre Père en Notre Mère ? » Elle prend soin, d’ailleurs, de prendre ses distances avec une telle formule qui ne la satisfait pas : « Reste que la question de ce qu’une culture, et ici une religion peut, à travers son langage, véhiculer comme présupposés sexistes, me semble pertinente. L’Église qui affirme être dans le monde, ne pourra pas s’exonérer de ces débats qui traversent notre société sur l’inégalité homme-femme. » Il y a un siècle, une telle interpellation aurait paru curieuse, parce que, précisément, l’Église était considérée généralement comme une affaire de femmes, ce qui explique que la République laïque refusait obstinément le suffrage féminin, par crainte d’une submersion catholique de ses institutions. Il est vrai aussi qu’à l’époque la prédominance des congrégations religieuses féminines, omniprésentes dans le tissu social, conférait à l’institution ecclésiale son visage largement féminin. Se souvient-on même qu’une grande partie des enfants étaient élèves des écoles maternelles tenues par les religieuses, ce qui ne les disposait pas particulièrement à une conception « machiste » de la vie ?

Bien sûr : autres temps, autres mœurs. Nous ne vivons plus dans le même monde. Les conditions sociales ont radicalement changé, les problèmes se posent tout à fait autrement et dépendent largement des débats que l’on appelle sociétaux. Est-ce à dire que « les études de genre » seraient susceptibles de nous éclairer sur une promotion des femmes dans l’Église, comme le veut Isabelle de Gaulmyn, qui y voit le moyen de mieux discerner les causes d’une perpétuation d’un système patriarcal ? On pourrait adhérer à une telle proposition, si les disciplines en cause n’avaient été colonisées dès l’origine par des courants idéologiques très typés. Cela n’empêche pas, bien sûr, tout un travail de discernement, qui pourrait heureusement contribuer, par exemple, à ce féminisme intégral proposé par le dernier numéro de Limite, la revue écologiste d’inspiration chrétienne. Un féminisme qui n’ignore pas la différence de la femme justement, puisque le paradoxe présent veut que l’on préconise l’émancipation féminine à l’heure même où l’on nous explique que la féminité est pure construction arbitraire. Un autre imaginaire est-il possible, qui mette en évidence ce qu’il y a de créatif et non d’aliénant dans la grâce d’être femme ? 

Messages

  • "Le sexisme dans l’Eglise" "... sujet qu’Isabelle de Gaulmyn a eu le mérite de présenter et même de propulser dans une intervention à La Croix à partir d’un titre provocateur "Et si l’on changeait le Notre Père en Notre Mère ?". Elle prend soin, d’ailleurs, de prendre ses distances avec une telle formule qui ne la satisfait pas." explique G. Leclerc. Le "titre" de l’ intervention, est une question, une proposition, mais une fois ce "titre provocateur propulsé" l’auteure se dépêche de s’en éloigner : "cette formule ne la satisfait pas". Pourquoi donc l’avoir propulsée ?

    La place des femmes dans l’Eglise ? Celle-ci en est encombrée, des femmes s’y bousculent ! En vrac : Thérèse d’Avila, Hildegarde de Bingen, Catherine de Sienne, Elizabeth de la Trinité, Thérèse de Lisieux, Edith Stein, Mère Thérésa et, et, et...

    Se profilerait-il pas à l’horizon un retour aux revendications de l’ordination des femmes, du mariage des prêtres, etc... Inutile cependant de s’engager dans cette voie puisqu’il s’agit ici seulement de remplacer le Notre Père par Notre Mère. Pourquoi, mince, se casser la tête ? Notre Dieu "Père, Fils et Esprit", n’est-ce pas suffisant ?

    "Dieu n’est pas le dieu-despote, le roi-pharaon. Dieu est tout amour, tout don.
    Il n’est pas moins mère que père. Il est trinité d’amour...". (Père Maurice Zundel).

  • Ras le bol, oui, vraiment ras-le-bol de cet alignement des médias chrétiens sur les thèmes de prédilection de la propagande au service de la pensée unique !

    Si dérives sexiste il y peut y avoir au sein de l’Eglise, elles ne sont jamais que le produit de la pression qu’exerce la société sur les individus (éducation scolaire, médias, "police de la pensée",...).

    Ce sexisme n’est en rien généré par l’Église elle-même dont l’axe unique est le message évangélique (antagoniste de tout sexisme).

    Jamais le Christ n’est tombé dans les pièges subtils que lui tendaient ses adversaires.
    Les rédacteurs de la presse chrétienne seraient bien inspirés de s’inspirer des réactions et de la conduite du Christ face aux injonctions comminatoires de ceux qui prétendaient l’étrangler dans les lacets des hypocrisies et des codifications de la morale sociétale de son temps.

    Ne tournons pas autour du pot. Ce qui est visé derrière toutes ces escarmouches autour d’un prétendu sexisme, c’est la masculinité du clergé. Masculinité intolérablement en décalage avec les gadgets sociétaux du moment.

    On peut transformer l’Eglise en société civile (et commerciale) avec des actionnaires, un système électoral, des contraintes de stricte parité sexuelle (y compris dans l’épiscopat et la papauté), des stock-options et tout le toutim.

    C’est le désir d’un certain nombre d’individus qui n’ont en perspective que des appétits de pouvoir séculier et des objectifs de carrière.

    En moins d’une génération il ne restera alors plus rien de l’Eglise instaurée par Jésus-Christ ! Et le kérygme supplanté par des slogans publicitaires, vaguement humanistes, au profit exclusif de la société de consommation et de quelques astucieux gourous affairistes...

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